«Inspire» – Donnez-lui de l’oxygène

Robin Cavendish (Andrew Garfield, une interprétation de type «oscarisable»), un exportateur de thé en affaires au Kenya en compagnie de son épouse Diana (Claire Foy, un peu trop lisse)
Photo: Entract Films Robin Cavendish (Andrew Garfield, une interprétation de type «oscarisable»), un exportateur de thé en affaires au Kenya en compagnie de son épouse Diana (Claire Foy, un peu trop lisse)

La poliomyélite a longtemps ressemblé à une condamnation à mort, et c’est encore le cas dans quelques pays ravagés par la guerre et la misère. Dans les années 1950, elle a foudroyé Robin Cavendish, un exportateur de thé qui brassait alors des affaires au Kenya en compagnie de son épouse Diana. De retour en Angleterre, ne supportant plus l’hôpital lugubre où sa vie ne tenait qu’à un fil, et à un respirateur artificiel, il est retourné vivre chez lui, défiant tous les pronostics et bousculant toutes les pratiques.

C’est ce combat créatif que raconte l’acteur Andy Serkis (The Lord of the Rings, la trilogie The Planet of the Apes) dans ce premier passage derrière la caméra avec Breathe. Il apparaît essentiel de mentionner aussi que Jonathan Cavendish en est le producteur, et surtout le fils de ce couple qui a connu sa grande part de misères, mais aussi de célébrité.

Robin (Andrew Garfield, une interprétation de type « oscarisable ») a survécu à la Deuxième Guerre mondiale comme soldat, mais ce n’était rien en comparaison de la bataille suivante, pour sa propre survie : paralysé jusqu’au cou et cloué à son lit. Son épouse Diana (Claire Foy, un peu trop lisse) veillait à tout, soutenue par ses frères jumeaux (Tom Hollander en double) et une ribambelle d’amis, dont un brillant esprit épicurien (Hugh Bonneville) qui concevra un fauteuil roulant avec un respirateur intégré, une révolution pour les malades comme Robin.

Inspire affiche d’abord une ambition esthétique à la Out of Africa, enrobant le colonialisme britannique d’une aura quasi idyllique et qui donne le ton à la portion « disease movie », tout aussi édifiante. Celle-ci se transporte progressivement dans la campagne anglaise, parfois perméable au souffle du Swinging London, avec un détour du côté de l’Espagne rurale, flamenco y compris. Tout cela pour rendre particulièrement séduisante, voire aseptisée, cette leçon de courage mise en lumière par le chef opérateur Robert Richardson, un complice de Scorsese et de Tarantino.

Si on ne peut que s’incliner devant la force de ce tandem, et celle de leur fils… Jonathan (qui grandit dans une succession d’ellipses temporelles assez rapides), ce portrait de famille sur quelques décennies souffre d’une propension aux éloges dégoulinants, le scénario de William Nicholson s’acharnant à effacer toute trace d’impatience, de désespoir profond. Bon nombre d’aidants naturels vont sûrement avoir le sentiment d’être parachutés à Walt Disney World — ou plutôt à Downton Abbey, pour rester dans le registre british — devant la facilité avec laquelle les choses s’enchaînent, où l’usure du temps et de la compassion ne semble jamais avoir de prise.

Pendant que Robin Cavendish cherche son air, nous étouffons parfois devant cette abondance de bons sentiments, de couchers de soleil orangés et d’assortiments de thés qui enjolive la vie de cet éclopé, mais neutralise toute profonde compassion à son endroit.

V.F. : Cinéplex Odéon Quartier Latin, StarCité Montréal, Cinéma Beloeil, Cinéplex Odéon Boucherville, La Maison du cinéma, Méga-Plex Pont-Viau 16, Saint-Eustache, Saint-Hyacinthe, Triomphe, Beauport, Le Clap.

V.O.A. : Cinéplex Odéon Cavendish, Cinéplex Odéon Forum (ancien AMC), Le Clap.

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Inspire (V.F. de Breathe)

★★ 1/2

Drame d’Andy Serkis. Avec Andrew Garfield, Claire Foy, Tom Hollander, Hugh Bonneville. Grande-Bretagne, 2017, 118 minutes.