Guilhem Caillard, fier de l’évolution de Cinemania

Guilhem Caillard dit être particulièrement content de l’offre cinématographique du 23e Cinemania.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Guilhem Caillard dit être particulièrement content de l’offre cinématographique du 23e Cinemania.

Du 2 au 12 novembre se tiendra à Montréal le 23e Cinemania, festival entièrement dévolu aux films francophones. Ces dernières années, l’événement s’est positionné comme un incontournable, avec une programmation se révélant systématiquement de haute tenue. La présence d’invités de marque confère la note glamour requise, mais c’est vraiment la passion cinéphile des organisateurs qui est au coeur du succès de l’affaire. Un constat qui s’impose lorsqu’on discute avec le directeur général de Cinemania, Guilhem Caillard.

Arrivé de sa France natale il y a dix ans, Guilhem Caillard fit un stage de fin d’études à la Cinémathèque québécoise puis décida d’y rester. Embauché comme programmateur à Cinemania en 2011, il en est le directeur général depuis 2014.

« Je n’ai jamais travaillé en France, résume-t-il, amusé. En me nommant à la programmation, la présidente fondatrice Maidy Teitelbaum m’a donné carte blanche. Je voulais faire du développement, notamment ancrer davantage le festival dans l’industrie, trouver plus de partenaires financiers aussi. On y est arrivés, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire sur ce front-là. L’idée n’est pas d’agrandir l’événement, mais plutôt d’assurer sa pérennité en le consolidant. Évidemment, on cherche toujours des moyens d’intéresser le public. On a un public fidèle qu’on chérit, mais il faut veiller à le renouveler : c’est un de nos principaux défis. »

La tâche est en l’occurrence ardue, entre autres avec la multiplication des plateformes de diffusion. À cet égard, Guilhem Caillard donne l’exemple de la trentaine de films français diffusés en salle au Québec l’an dernier, qui ont été vus par moins d’un million de spectateurs. Un creux inquiétant qui, paradoxalement, renforce la pertinence de Cinemania en tant que rendez-vous des amateurs. Cette année, on y présentera 54 films, dont 47 sont des premières diverses.

« En tout, 49 % de ces oeuvres ont des distributeurs ici, ce qui laisse 51 % qui n’en ont pas. C’est dire que Cinemania est peut-être la seule chance de les voir. »

Hazanavicius et Lelouch

Guilhem Caillard avoue être particulièrement content de l’offre cette année. Des films très accessibles, comme Le sens de la fête d’Éric Toledano et Olivier Nakache (Intouchables), côtoient des propositions plus pointues, comme Happy End de Michael Haneke ou encore Barbara, film d’essai de Mathieu Amalric consacré à la célèbre chanteuse que joue Jeanne Balibar, présente pour l’occasion. Il s’agit là de l’un des deux coups de coeur de Cinemania, l’autre étant Lola Pater, de Nadir Moknèche, également présent, et dans lequel Fanny Ardant incarne une transsexuelle.

Claude Lelouch (Un homme et une femme) et Michel Hazanavicius (L’artiste) se succéderont à titre d’invités d’honneur.

« Lors des récentes éditions, nous avons eu comme invités d’honneur des icônes comme Anouk Aimée, Françoise Fabian et Nicole Garcia. Comme on essaie toujours de se réinventer un peu, on a pensé à ces deux réalisateurs français “oscarisés”. J’ai croisé Michel Hazanavicius à Angoulême et il a d’emblée accepté l’invitation en disant adorer Montréal. Claude Lelouch, je l’ai rencontré à New York, et lui aussi a dit oui tout de suite. »

Féminin pluriel

La programmation elle-même rend en outre compte d’une présence féminine très forte, de relever le directeur général. « Il y a énormément de personnages de battantes. Il faut voir La belle et la meute de Kaouther Ben Hania, sur une Tunisienne violée par un policier et qui défend son intégrité une nuit durant ; Jeune femme de Léonor Serraille, qui a remporté la Caméra d’or à Cannes… Numéro une de Tonie Marshall, où Emmanuelle Devos interprète une rare chef d’entreprise admise dans le CAC 40 français ; Kiss and Cry de Chloé Mahieu et Lila Pinell, sur de jeunes patineuses abusées par leur entraîneur… L’incroyable Tadoussac de Martin Laroche, parmi les films québécois, est un récit doublement conjugué au féminin… Il y en a tant ! »

Bref, femmes et hommes parlent de femmes. Bien qu’il se réjouisse de ce fait, Guilhem Caillard précise qu’il ne s’agissait pas d’une décision concertée.

« Sur ce point, je vais citer Maidy, qui répète depuis le commencement : “On ne fait pas les films.” Elle a raison. On réunit la meilleure sélection possible, et c’est souvent après coup qu’on constate des lignes de force, des thèmes communs. »

Diversité culturelle

Au passage, Guilhem Caillard lève son chapeau à celle qui lui donna sa chance. Anglophone francophile, Maidy Teitelbaum continue d’investir de ses propres deniers dans le festival qu’elle fonda en 1995. « En 2006, Maidy a été faite chevalière de l’Ordre des arts et des lettres de France. Or on vient de la nommer officière, le grade juste avant la Légion d’honneur. En créant Cinemania, elle a, il me semble, beaucoup contribué à cette diversité culturelle québécoise qu’on aime tant souligner. »

Tout en louant la collaboration des différents partenaires québécois, Guilhem Caillard remarque en concluant, non sans une pointe d’ironie, que la majorité du financement de Cinemania provient encore de la France.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 novembre 2017 16 h 04

    Une grande femme cette Maidy Teitelbaum

    Chapeau !