Sophie Bédard Marcotte signe «Claire l'hiver», une première fiction audacieuse

Sophie Bédard Marcotte s’assume. Son cinéma sera fragile et féminin, quoi qu’en pensent les bonzes des festivals.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Sophie Bédard Marcotte s’assume. Son cinéma sera fragile et féminin, quoi qu’en pensent les bonzes des festivals.

« Du Chantal Akerman sur acide », annonce le Festival du nouveau cinéma (FNC) au sujet de la fiction Claire l’hiver. Des mots qui font rire la réalisatrice, Sophie Bédard Marcotte.

Et qui la rassurent. Parce que ce long métrage, son deuxième jusqu’ici après un documentaire peu diffusé (J’ai comme reculé, on dirait), est né dans le doute. Son mentor, Micheline Lanctôt, l’avait avertie à la vue de son premier opus. « Attache ta tuque, ce ne sera pas facile. Ton film est fragile, c’est une écriture très féminine, et ça, ça ne passe pas tout le temps dans les festivals », lui avait signalé l’expérimentée cinéaste et actrice.

« Je me suis dit que si c’est vraiment ça, mon écriture, j’allais faire ça. Claire l’hiver en est la suite. Et c’est ce que je continuerai à faire », dit une convaincante et ambitieuse jeune femme, qui ne souhaite pas se cantonner dans un genre bien défini.

« [Les séquences] animées, ça doit être ça l’acide vu par le FNC », suppose la cinéaste, qui s’avoue par ailleurs flattée par la description proposée. Oui, confiait-elle à deux jours de la première de Claire l’hiver, elle signe un « récit de crise de vie », comme le suggère le festival.

Être associée à Akerman, célèbre pour ses regards intimistes et crus de l’existence, Sophie Bédard Marcotte ne s’y attendait cependant pas, même si le cinéma de la réalisatrice belge est une de ses références.

« Je n’ai pas fait ce film en pensant à Chantal Akerman, même si je pense souvent à elle », nuance-t-elle, avant de proposer son résumé de Claire l’hiver. « Une jeune artiste qui décide de filmer les hauts et les bas de sa vie, le temps d’un hiver. C’est le portrait d’une crise de vie, mais sur la forme… J’aime faire rire les gens », admet celle qui ajoute de la dérision pour éviter « un personnage qui se complaît dans son malheur ».

Les passages animés, signés Joël Morin-Ben Abdallah, et des plans-séquences sur depetites sculptures contribuent à faire du film un objet rare, qui mêle genres et tons. Tourné en partie en caméra subjective, caméra souvent presque abandonnée, Claire l’hiver se nourrit de hors-champ, de quiproquos et de scènes que son auteure qualifie de « temps morts », « détours narratifs » ou « moments inefficaces ».

À l’instar de Chantal Akerman ou Robert Morin, ou d’autres artistes hors cinéma que la diplômée de l’Université Concordia admire, tels que Sophie Calle ou Francesca Woodman, Sophie Bédard Marcotte se met en scène. C’est elle, Claire. Mais Claire n’est pas elle, malgré les ressemblances.

« Ce n’est pas une autofiction, c’est une fiction. Tout est écrit. C’est un scénario que j’ai écrit longtemps, que j’ai peaufiné. Après, je m’inspire de ce que je vis. Une fois écrit, je m’en détache. J’ai envie que le film soit universel et touche les gens, pas juste les artistes du Plateau », dit celle qu’on a rencontrée dans un café du… Plateau Mont-Royal.

La quête

Arrivée au cinéma sur le tard — elle rêvait de devenir femme de théâtre —, Sophie Bédard Marcotte s’est rattrapée pendant ses études. La brique The Filmmaker’s Handbook, elle se l’est tapée en entier, pendant que ses collègues n’ont fait que la feuilleter.

Animée désormais par la passion du 7e art, Sophie Bédard Marcotte est convaincue de son choix de carrière. Celle qui a terminé sa formation en manifestant pendant le Printemps érable apprend à la dure. Mais s’assume. Son cinéma sera fragile et féminin, quoi qu’en pensent les bonzes des festivals.

« Je n’ai pas envie de faire des films de filles, même si ce sont, au bout, des films de filles », dit celle qui partira dans quelques jours à New York écrire le scénario de sa prochaine oeuvre, un road movie documentaire. Celui-ci la mènera, en compagnie de sa directrice photo attitrée, Isabelle Stachtchenko, à la recherche d’une autre de ses artistes modèles, Miranda July.

« Ce sera comme Le magicien d’Oz, mais en version documentaire. Le magicien, c’est Miranda July. On ne sait pas si on la rencontrera, mais ce n’est peut-être pas si important. Ce qui est important, c’est le cheminement qu’on fera », conclut la cinéaste débutante.

Claire l’hiver est présenté au Festival du nouveau cinéma au Cinéma du Parc ce vendredi à 19 h et le 13 octobre à 15 h 30.

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