«Fabriqué en Amérique» – Usiné à Hollywood

«Fabriqué en Amérique», c’est d’abord et avant tout le tour de piste de Tom Cruise, ce qui n’étonnera personne.
Photo: Universal Pictures «Fabriqué en Amérique», c’est d’abord et avant tout le tour de piste de Tom Cruise, ce qui n’étonnera personne.

Entre 1978 et 1985, la liste des employeurs du pilote d’avion Barry Seal est impressionnante : la TWA, la CIA, la Maison-Blanche… et le cartel de Medellín. L’expression « Faire de l’argent comme de l’eau » prend d’ailleurs tout son sens devant la vie de celui qui n’aurait jamais cru que le petit trafic de cigares cubains (en transitant par Vancouver ou Montréal…) puisse le conduire aussi haut, aussi loin, et, en peu de temps, aussi bas.

Moins connu que le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar ou le lieutenant-colonel Oliver North, Barry Seal représente tout de même une figure importante du gigantesque scandale qui a éclaboussé la présidence de Ronald Reagan. Obsédées de voir l’Amérique latine tomber dans les grosses pattes de l’Union soviétique, les autorités américaines n’ont pas lésiné sur les moyens (douteux) pour alimenter en armes les Contras du Nicaragua afin de déstabiliser les forces sandinistes. En parallèle florissait un gigantesque trafic de drogues, dont Barry Seal était l’un des maillons du côté américain.

Doug Liman, cinéaste polyvalent à qui l’on doit la genèse cinématographique de Jason Bourne, renoue avec Tom Cruise après Edge of Tomorrow, mais dans une tonalité moins spectaculaire. Fabriqué en Amérique n’a tout de même rien de l’exercice de style dépouillé qu’était The Wall, un huis clos militaire sous un soleil de plomb, et beaucoup de balles autour. Cruise est ici en plein contrôle, trop heureux de montrer ses talents de pilote, ses dents d’une blancheur immaculée, et une dextérité physique quelque peu ostentatoire. Rien à voir avec le véritable Barry Seal, loin de cette image d’Épinal, et tout pour servir l’aura d’une star qui s’amuse à revisiter les excès d’une époque.

Tout débute par un sentiment d’ennui, celui d’un pilote de ligne provoquant des secousses dans son avion pour se sentir vivant. Lorsqu’un agent de la CIA, Monty Schafer (efficace mais effacé Domhnall Gleeson), l’invite plutôt à survoler des pays latino-américains pour photographier les camps des groupes rebelles, Seal voit là une occasion en or. À sa conjointe Lucy (Sarah Wright, la splendeur de service), il lui éparpille les détails secrets, et périlleux, surtout lorsqu’il est pris dans les filets d’un puissant cartel de drogues qui le voit comme la mule parfaite pour inonder de poudre un pays encore dans l’esprit débridé des années 1970.

Fabriqué en Amérique se colle à cette atmosphère, jouant beaucoup avec l’instantanéité — et la laideur — de l’image magnétoscopique, outil de confession du héros déchu. Doug Liman force toutefois moins la dose au rayon du clinquant décoratif, vestimentaire et musical. Pour tout dire, c’est d’abord et avant tout le tour de piste de Tom Cruise, ce qui n’étonnera personne. Les nostalgiques de Top Gun, si une telle chose est possible, découvriront que le pilote dans l’avion de ce film a quelque peu vieilli, mais qu’il reproduit à la perfection les mêmes postures. On pourra même dire, sans se tromper, qu’il est un peu lui-même sur le pilote automatique.

Fabriqué en Amérique (V.F. de American Made)

★★★

États-Unis, 2017, 114 minutes. Thriller de Doug Liman. Avec Tom Cruise, Caleb Landry Jones, Sarah Wright, Domhnall Gleeson.