«La ferme et son État»: rêver l’agriculture

Marc Séguin a réuni beaucoup d’intervenants qui mettent en exergue les lacunes et aberrations d’un système jugé désuet au terme du film.
Photo: Atelier Brooklyn / KFilms Amérique Marc Séguin a réuni beaucoup d’intervenants qui mettent en exergue les lacunes et aberrations d’un système jugé désuet au terme du film.

On le savait peintre, écrivain et chroniqueur. En 2016, Stealing Alice révéla ses aspirations de cinéaste de fiction. Voilà qu’en 2017, la palette de l’artiste pluridisciplinaire Marc Séguin s’enrichit de la forme documentaire avec La ferme et son État. Le fil conducteur de cette démarche aux maintes ramifications ? La nature, nul doute. C’est particulièrement vrai dans La ferme et son État, un film-brûlot passionnant, parfois longuet, dont le militantisme assumé séduit.

Le projet est né d’un constat, soit la difficulté pour les aspirants éleveurs et cultivateurs de mettre sur pied de petites entreprises agricoles. Tout est conçu pour les gros joueurs. Vous ne voulez qu’une petite centaine de poules, deux vaches et quelques chèvres ? Bonne chance ! Les quotas, vous connaissez ?

Mais les Gaulois ruraux ne manquent pas et Marc Séguin a réuni un nombre significatif d’intervenants qui, interrogés et filmés en pleine action sur une période d’une année et demie, mettent en exergue les lacunes et aberrations d’un système mis en place naguère pour pallier les problèmes d’une autre époque. S’il a autrefois sauvé des entreprises fermières et comporte toujours d’excellentes mesures, le modèle en place, c’est le postulat du film, n’est plus en phase avec la réalité.


Aller voir La ferme et son État ou non? La réponse de François Lévesque.

 


Une réalité qui, contrairement à ce système immuable, n’a, elle, cessé d’évoluer au cours des 40 dernières années, comme le soulignent deux participants.

Débrouillardise et imagination

Usant de pédagogie, Marc Séguin revient sur le passé afin d’éclairer le présent, cela, dans le but de baliser un avenir qui reste à bâtir, avec la nécessité, au bout, d’établir une politique agricole. On mentionne deux rapports de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois signés par Jean Pronovost, qui semblent faire consensus dans le milieu et qui contiennent, pour reprendre les propos du principal intéressé, des « mesures simples » qui pourraient « être mises en place rapidement et sans trop de difficultés ». Et le commissaire de se désoler du silence radio du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation qui lui a commandé lesdits rapports, dont le plus récent fut publié l’an dernier et s’intitule, ironiquement, « À l’écoute de la relève agricole ».

Une relève, qu’à cela ne tienne, vivante et dynamique, et surtout extrêmement débrouillarde et imaginative. Fait intéressant, Marc Séguin montre autant des micro-installations que des exploitations de taille moyenne qu’une ferme expérimentale financée par André Desmarais, de Power Corporation. M. Desmarais s’avère d’ailleurs l’un des intervenants les plus allumés, son action visant, entre autres choses, à favoriser la transmission d’un savoir en péril.

Un questionnement

Entre le Danemark et les États-Unis, en Virginie plus précisément (Joel Salatin : quel personnage formidable !), le documentariste pointe des modèles inspirants à l’efficacité avérée.

Le documentaire La ferme et son État parviendra-t-il à se faire un chemin jusqu’aux officines du pouvoir ? L’avenir le dira. Quoique, comme le signale l’une des intervenantes, c’est, au fond, d’un pacte social entre les agriculteurs et la population qu’il s’agit.

Que veut-on, collectivement, pour nos terres agricoles ? Comment souhaite-t-on être nourri, en somme ?

De bonnes questions posées dans un bon documentaire.

La ferme et son État

★★★ 1/2

Documentaire de Marc Séguin. Québec, 2017, 116 minutes.

1 commentaire
  • Sylvie Lapointe - Abonnée 1 octobre 2017 20 h 31

    Bien aimé

    J'ai vu ce film en fn de semain. J'ai adoré. Je ne comprends pas vraiment en quoi il pouvait être parfois longuet car il me semble que personne dans la salle ne voulait manquer un seul mot de ce qui était dit. Et puis, à la fin, l'assistance a applaudi.