«Kingsman»: Au service secret du monde entier

L’actrice Halle Berry oeuvre au sein des Statesman, équivalent états-unien des Kingsman.
Photo: 20th Century Fox L’actrice Halle Berry oeuvre au sein des Statesman, équivalent états-unien des Kingsman.

Issu des banlieues pauvres de Londres, Eggsy est devenu le protégé de Harry Hart, agent ultrasecret à l’agence Kingsman, qui, dans l’ombre, veille au bon devenir de la Grande-Bretagne et du monde en général. Ensemble, ils ont stoppé un milliardaire de l’informatique qui avait décidé d’écrémer l’humanité. C’était il y a plus de deux ans. À présent un agent aguerri, Eggsy s’attelle à une mission plus périlleuse encore, et cela, seul, puisque Harry est tombé au combat dans Kingsman : services secrets, premier opus auquel fait suite Kingsman : le Cercle d’or. Mais Harry est-il vraiment mort ?

Bien sûr que non, comme la bande-annonce et toute la campagne publicitaire lancée depuis un an l’ont d’ores et déjà révélé. On s’en doutait, du reste, puisque, on s’en souviendra, la mort de Harry fut filmée en plan d’ensemble, c’est-à-dire de loin. À cet égard, cette suite s’amuse à ramener un autre personnage qu’on croyait mort, mais dont on taira l’identité puisque cette surprise-là, la promo du film ne l’a pas éventée.

De quoi retourne-t-il dans ce deuxième tour de piste ? La routine habituelle : Eggsy (Taron Egerton), Harry (Colin Firth) et leur fidèle assistant Merlin (Mark Strong) doivent déjouer les plans machiavéliques d’un dangereux mégalo. Or, dans ces pastiches des James Bond d’antan remis au goût (irrévérencieux) du jour, l’intérêt tient à la présentation.

Julianne Moore savoureuse

Ainsi, il s’agit en l’occurrence d’une dangereuse mégalo : Poppy Adams, narcotrafiquante de son métier, qui, afin de forcer la légalisation de ses « produits », a introduit dans ceux-ci un virus dont elle seule possède l’antidote. À moins que le président américain n’accède à sa requête, des millions de junkies, mais aussi d’utilisateurs occasionnels de drogues chimiques ou douces, périront. Julianne Moore, tout sourires et regards légèrement déphasés, est savoureuse en méchante qui ne jure que par la mode rockabilly et les robots (il faut voir son « Poppy Land », sorte de croisement entre Grease et Westworld).

Sous ses dehors guillerets, Poppy est redoutable, en témoigne une agence Kingsman réduite à néant ou presque. Ce qui entraîne une collaboration inattendue avec les Statesman, pendant états-unien dirigé par Jeff Bridges, qui est entre autres secondé par Halle Berry, Pedro Pascal et un Channing Tutum bref mais hilarant.

Et comme tout ce beau monde aura tôt fait de le découvrir, l’ennemi réel est ici bien davantage le président des États-Unis (Bruce Greenwood, qui évoque Trump sans chercher à l’imiter), trop heureux de laisser mourir ceux qu’il considère être la lie de l’humanité.

Question de savoir-faire

Le scénario de Matthew Vaughn et Jane Goldman respecte le ton contrasté de l’original, qui oppose au raffinement anglais un humour volontiers potache. À la réalisation, Vaughn déploie de nouveau un savoir-faire qui n’est plus à démontrer (voir Kick-Ass, Stardust, ou encore X-Men : première classe), insufflant rythme et fluidité aux péripéties rocambolesques, et ponctuant celle-ci de surprises détonantes, et d’autant plus réjouissantes, comme ce rôle assez important réservé à Elton John (ses nombreux fans seront quitte pour une franche rigolade).

Surtout, Vaughn a résisté à la tentation de vouloir surpasser le premier opus en misant sur la surenchère, souvent le talon d’Achille des suites. Le canevas demeure peu ou prou le même, et l’action s’amuse de nouveau avec les clichés exotiques propres aux productions d’espionnage d’une autre époque. Cela, en contraste encore avec un contexte moderne et hypertechnologique.

On regrettera certes une mise en place un brin laborieuse, de même que les sorties de scène parfois cavalières de certains personnages secondaires, mais dans l’ensemble, ce second volet fait honneur à son prédécesseur, avec un univers désormais bien établi.

C’est d’un goût parfois douteux, mais toujours assumé. À moins d’un échec au box-office, rien n’empêche Kingsman de devenir une série au long cours, avec à la clé renouvellement d’espions en goguette, comme pour 007. Le sérieux en moins.

Aller voir Kingsman ou pas ?

 

Kingsman : le Cercle d’or (V.F. de Kingsman : The Golden Circle)

★★★ 1/2

Comédie d’espionnage de Matthew Vaughn. Avec Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore, Edward Holcroft, Halle Berry, Pedro Pascal, Channing Tatum, Jeff Bridges, Elton John. Grande-Bretagne, États-Unis, 2017, 141 minutes.