«La résurrection d'Hassan» — Voir au-delà du visible

Le cinéaste Carlo Guillermo Proto occulte volontairement une dimension qui saute aux yeux du spectateur : Denis, le père, Peggy, la mère, et Lauviah, leur fille, sont non-voyants.
Photo: Carlo Guillermo Proto Les Films du 3 mars Le cinéaste Carlo Guillermo Proto occulte volontairement une dimension qui saute aux yeux du spectateur : Denis, le père, Peggy, la mère, et Lauviah, leur fille, sont non-voyants.

Ils traversent notre monde dans le noir absolu, mais ne sont jamais plongés dans la grande noirceur, celle de l’anonymat par exemple. Partout où passe la famille Harting, surtout lorsqu’elle se met à chanter, sur le trottoir ou dans le métro, l’attention des passants est immédiatement captée. Même chose lors d’engueulades spectaculaires où l’on constate à la fois la richesse de leur vocabulaire et la passion dévorante qui les anime.

Dans La résurrection d’Hassan, un portrait familial doublé d’une intense quête de sens, le cinéaste Carlo Guillermo Proto (le touchant El Huaso) occulte volontairement une dimension qui, sans mauvais jeu de mots, saute aux yeux du spectateur : Denis, le père, Peggy, la mère, et Lauviah, leur fille, sont non-voyants. Or, jamais cette question n’est soulevée par les protagonistes, qui ne tiennent pas à être réduits à ce handicap, trop occupés à cultiver leurs ambitions, et à panser leurs blessures.

La plus profonde, celle qui traverse tout le film, concerne la mort par noyade de leur petit garçon, Hassan ; le tragique événement s’est produit il y a plus d’une décennie, mais Denis et Peggy font bien plus qu’entretenir sa mémoire. Le couple espère ouvertement sa possible résurrection, une quête en apparence farfelue prise très au sérieux, habité par un puissant sentiment de culpabilité et un besoin tout aussi fort de comprendre la signification de cette disparition brutale, absurde. De la même façon, séduits par les théories de Grigori Grabovoy, un guérisseur russe croyant à la régénération des organes, ils veulent s’en faire les promoteurs à Montréal, un projet qui ne plaît visiblement pas à une de ses porte-parole, ne les jugeant pas en bonne santé pour une si noble tâche…

Ce sont quelques jalons d’une vie à la fois simple et excentrique, Carlo Guillermo Proto observant tout cela avec une proximité étonnante, alignant une suite de moments de vérité, ceux d’un couple en crise laissant tomber les masques… pour mieux enfiler les gants de boxe ! Car la violence mine cette fratrie, poussant Denis à plusieurs mea culpa, insuffisants pour Peggy qui entretient une liaisonamoureuse avec un autre homme, le tout vécu à distance et par téléphone, sans aucune censure sur l’ampleur de leurs sentiments.

Devant cette aventure aux accents parfois métaphysiques dont on peut remettre en question la part frauduleuse, une bienveillance ne cesse de nous envelopper devant ce parcours de vie d’une authenticité souvent foudroyante. À Denis, Peggy et Lauviah, que le cinéaste parte à un moment charnière (un autre !) de leur existence singulière, on salue leur ténacité à vouloir faire revivre un être aimé parti trop tôt, et trop vite. Parler de lui avec une telle dévotion, c’est le garder auprès d’eux, ne serait-ce que dans leurs souvenirs ; Hassan n’en demande sûrement pas plus.

V.O.F. : Beaubien.

V.O.F., s.-t.a. : Cinéma du Parc.

La résurrection d’Hassan

★★★★

Documentaire de Carlo Guillermo Proto. Canada–Chili, 2016, 100 minutes.