«Les affamés» de Robin Aubert primé au 42e TIFF

Robin Aubert, avec «Les affamés», a impressionné le jury par son œuvre hybride d’art et d’essai qui raconte l’histoire d’humains survivants traqués par des vampires zombies.
Photo: TIFF Robin Aubert, avec «Les affamés», a impressionné le jury par son œuvre hybride d’art et d’essai qui raconte l’histoire d’humains survivants traqués par des vampires zombies.

Le très beau et très stylisé Les affamés, de Robin Aubert, a remporté le prix du meilleur long métrage canadien au TIFF, ce dimanche à Toronto. Et vraiment, ce film qui vole entre les genres, mariant l’horreur, la comédie, la poésie à une maîtrise exceptionnelle de la caméra et du son, n’a pas volé cet honneur. Il raconte une histoire d’humains survivants traqués par les vampires zombies à travers monts et vaux.

Le jury, impressionné par l’oeuvre hybride d’art et essai, y a vu « quelque chose comme une révélation. » Et de saluer de concert la qualité du scénario et de la distribution, en particulier les rôles féminins de toutes générations, qui ont laissé ses membres babas. Le jury a apprécié que soient captés les enjeux contemporains émouvants, sur toile de fond de saisissant univers rural peuplé de zombies affamés.

Avec en vedette Marc-André Grondin, Les affamés, prendra l’affiche dans nos salles le 20 octobre. Il s’agit du quatrième long métrage de Robin Aubert, qui tâtait déjà de la production d’horreur en 2005 avec Saint-Martyr-des-Damnés, mais maîtrise cette fois totalement le genre à travers cette fable inspirée faisant écho aux angoisses migratoires de l’heure.

« Comme plusieurs cinéastes au nord de la frontière, nous aurons toujours une dette envers le grand David Cronenberg, qui a prouvé que les films de genre qui voient au loin peuvent aussi être faits au Canada, a écrit Robin Aubert, ailleurs en tournage. Le cinéma devrait toujours être ce fabuleux laboratoire de tous les possibles. »

Photo: TIFF L’adaptation du roman «La petite fille qui aimait trop les allumettes» a remporté le prix du meilleur long métrage canadien.

Les Québécois ont dominé la course canadienne à Toronto, comme c’est souvent d’ailleurs le cas. Un film aux hautes exigences cinéphiliques, La petite fille qui aimait trop les allumettes de Simon Lavoie, adapté en noir et blanc du roman de Gaétan Soucy, merveilleusement joué et mis en scène, recevait une mention honorable dans cette catégorie du meilleur long métrage canadien.

Production hybride également, entre horreur, réalisme et lyrisme, le film aborde dans le Québec de la Grande Noirceur, la vie en autarcie de deux adolescents confinés à la ferme par leur père.

Rappelons que, l’année précédente, coréalisé avec Mathieu Denis, le film de Simon Lavoie Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau avait remporté le prix du meilleur long métrage canadien au TIFF. Cette tribune lui porte bonheur.

Le laurier du meilleur court métrage canadien a été remporté par Marc-Antoine Lemire pour Pre-Drink, sur fond de relations ambiguës après l’amour entre une jeune transsexuelle et son meilleur ami. Quant à celui du meilleur premier long métrage de fiction canadien, il couronnait un film de Vancouver, Luk’Luk’I, de Wayne Wapeemukwa, suivant des participants aux Jeux olympiques d’hiver.

En selle pour les Oscar

Le choix du public, côté long métrage fiction, échoit à Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, de l’Américain Martin McDonagh, dans lequel Frances McDormand incarne une mère entre rage et détresse après l’assassinat de sa fille et le piétinement de l’enquête. Voici ce film solidement en selle pour les nominations aux Oscar, face à de solides candidats.

La délicieuse et éternellement jeune pionnière française Agnès Varda fut couronnée par le public au documentaire pour son film — déjà primé à Cannes — Visages villages, voyage à travers la France aux côtés du photographe graffiteur JR.

Les choix de la critique internationale (FIPRESCI) se sont portés sur El Autor (The Motive), comédie grinçante de l’Espagnol Manuel Martin Cuenca. Dans la section Découvertes, la FIPRESCI a élu Ava, de la Montréalaise d’origine iranienne Sadaf Foroughi, abordant la révolte d’une adolescente à Téhéran.

Le TIFF est une rampe de lancement pour les films « oscarisables » de l’année, tout en permettant à des oeuvres d’auteur de briller. Chose certaine, ce cru 2017 aura démontré la force du film de genres enchevêtrés.

Du côté des grands studios américains, on notait à Toronto une tendance vers la prise de risque, là où Hollywood — sous haute concurrence des séries télévisées et perte d’audience en salles — jouait de prudence ces dernières années avec des suites de productions à succès et des films pour adolescents.

Cette fois, l’anticipation en fable absurdo-écologique comme le Downsizing, d’Alexander Payne, où les propositions extrêmes à la Mother !, de Darren Aronofsky, ont pu se tailler un chemin vers les cinémas et peut être vers la route des Oscar. Tout comme le magnifique The Shape of Water, du Mexicain Guillermo del Toro, primé à Venise, en exceptionnel mariage de tous les genres.