George Lazenby, l'homme qui a renoncé à l'agent 007

George Lazenby n’a plus jamais joué au cinéma après avoir refusé de signer un contrat pour incarner James Bond dans six autres films après «Au service secret de Sa Majesté».
Photo: Renaud Philippe le Devoir George Lazenby n’a plus jamais joué au cinéma après avoir refusé de signer un contrat pour incarner James Bond dans six autres films après «Au service secret de Sa Majesté».

Le sémillant septuagénaire est de passage dans la capitale nationale pour présenter le documentaire «Becoming Bond», qui revient sur son célèbre refus de signer un contrat l’assurant d’incarner 007 dans six films.

Son nom est depuis longtemps entré dans la légende hollywoodienne, mais pas pour les bonnes raisons. Lazenby, George Lazenby, prit en effet jadis ce qui est encore perçu dans le milieu comme l’une des pires décisions professionnelles de l’histoire du cinéma en tournant le dos à un lucratif contrat qui lui aurait valu d’interpréter James Bond dans au moins six films après le triomphe au box-office d’Au service secret de Sa Majesté. C’était en 1969. Depuis, l’étiquette d’hurluberlu dénué de jugement a collé à la peau de Lazenby. Documentaire truculent s’il en est, Becoming Bond, présenté samedi au FCVQ, voit le principal intéressé donner sa version des faits, entre autres passages d’une vie assez extraordinaire. Il en ressort surtout que Lazenby, qu’on redécouvre, est un conteur hors pair. Entretien.

Las de parler de cette histoire, de 007 et de tout ça ? « Non, non », lâche George Lazenby, qui en impose encore à 78 ans.

« Josh [Greenbaum, le réalisateur] est un des meilleurs amis de mon fils ; il a déjà habité chez moi pendant trois mois. Il était très curieux et me posait tout un tas de questions sur la saga entourant James Bond, mais aussi sur ma vie. Par la suite, il m’est souvent revenu en insistant pour dire qu’il fallait tourner ça en film. J’ai accepté parce que je ne suis pas amer par rapport au passé. Il y a longtemps que tout ce qui compte pour moi, ce sont mes enfants. Quant au reste, je continue de faire ce que j’ai envie de faire. J’ai toujours été un rebelle. »

Un «larikin»

Un esprit libre, aussi. En Australie, on qualifie les gens comme lui de « larikin », c’est-à-dire une personne qui se fiche des règles et des conventions ; quelqu’un qui en « fait à sa tête ». On ne saurait mieux décrire George Lazenby.

Photo: MGM La première image promotionnelle de George Lazenby en 007

« Dès l’âge de trois ans, on n’a cessé de me dire que j’allais mourir avant d’atteindre 12 ans. Je n’avais que la moitié d’un rein qui fonctionnait. Ça marque. Alors, très tôt, je me suis dit qu’il fallait que je profite de la vie au maximum, que je fonce. »

Ce qu’il fit. Né en 1939 dans la petite ville australienne de Goulburn, George Lazenby grandit dans une famille pauvre. Ses parents n’avaient pas de voiture, mais un de ses oncles, si. Un jour, le petit George décide « d’emprunter » la bagnole. L’épisode, et une foule d’autres, est reconstitué dans Becoming Bond, une docufiction dotée d’un budget modeste, mais qui déploie des trésors de débrouillardise et d’imagination pour recréer, tantôt la campagne australienne des années 1950, tantôt le « Swinging London » des années 1960, avec escale à Paris.

Ainsi, de gamin souffreteux, George Lazenby devint cancre à l’école, puis mécanicien, puis vendeur de voitures d’occasion. Cela, afin de séduire les femmes qui, faut-il s’en étonner, défilèrent comme s’il répétait déjà le rôle de James Bond. Repéré par un photographe, Lazenby devint mannequin et partit vivre en Europe. Dans l’intervalle : un grand amour malheureux.

Si drôle, si triste

Tout du long, Becoming Bond évoque le passé avec ludisme et irrévérence, tandis que Lazenby, tantôt face à la caméra, tantôt en voix hors champ, se raconte sans s’arrêter, sinon pour répondre à une question, ce qui le relance dans un flot de réminiscences toutes plus incroyables les unes que les autres. Tout est-il vrai ?

« Évidemment, lance George Lazenby. Je ne pourrais pas m’en souvenir si ce n’était pas vrai ! »

Soit. En l’occurrence, on se laisse porter jusqu’à ce fameux jour où, à l’insistance d’une agente londonienne (savoureuse Jane Seymour, alias Solitaire dans Live and Let Die), George Lazenby fit irruption dans le bureau du directeur de casting du producteur Harry Saltzman. Quelques mensonges et beaucoup d’impertinence plus tard, il décrocha le rôle le plus convoité du moment, celui de James Bond, avec lequel Sean Connery disait alors en avoir terminé (Connery fut, soit dit en passant, l’un des rares à défendre la décision ultérieure de Lazenby).

L’ensemble est anecdotique de par sa nature même, certes, mais quelles anecdotes !

« J’aime l’approche de Josh. Il y va avec humour. Mais justement, c’est si drôle que ça en devient triste. Ou est-ce le contraire ? » s’interroge George Lazenby.

Dans le discours et à l’image, on voit un jeune homme enivré par une célébrité soudaine, et qui en use et en abuse. Franc, Lazenby ne craint pas de se montrer sous un mauvais jour. Le verbe coloré, il ne parle pas la langue de bois des vedettes trop policées.

Outre les recréations venant prêter corps au souvenir, le film recourt à quantité de documents d’archives, dont plusieurs extraits d’entrevues accordées par George Lazenby lors de la sortie du sixième James Bond. Barbu, le cheveu long, il fit damner les producteurs du film qui le sommèrent de couper tout cela ou de s’abstenir de participer à la promotion. Conscient d’avoir l’avantage, l’acteur ne céda pas. Or, ce qui frappe le plus dans ces entrevues par nature superficielles, c’est le sérieux de Lazenby, et surtout la tristesse dans son regard. Comme s’il voulait être acteur, mais sans la gloire, tout compte fait.

« Il y a de ça, admet-il. Les gens voulaient côtoyer James Bond, pas George Lazenby. » Dur constat.

Fidèle à ses principes

Ravi des recettes faramineuses d’Au service secret de Sa Majesté, le studio MGM, de son côté, fut toutefois catastrophé de constater que la production n’avait pas fait signer de contrat à sa « découverte ». Et voilà qu’on présenta à l’acteur néophyte un épais document accompagné d’une valise contenant un million de dollars.

« J’ai refusé de signer. Par la suite, personne n’a voulu m’engager, et lorsqu’on m’offrait un rôle, la production prétendait que j’étais sous contrat. Pendant un temps, j’ai vécu chez ma mère, de nouveau pauvre. »

Puis, après maintes tribulations, Lazenby refit fortune dans l’immobilier. On repense au parcours de cet homme qui ne devait même pas atteindre 12 ans et on se dit que non seulement il aura su tout faire, mais qu’il aura par surcroît vécu plusieurs vies. Le spectre du regret vient-il néanmoins le tourmenter parfois ?

« Non. J’aurais pu jouer 007 dans six autres films, mais à quel prix ? On appelait ces contrats des “contrats d’esclave”. On y prenait le contrôle du comédien, à qui on dictait quoi faire, quoi porter, etc. Je ne pouvais pas me plier à ça. Tout simplement. »

Tout simplement, oui. L’une des « pires décisions professionnelles de l’histoire du cinéma », donc, parce que George Lazenby est resté, jusqu’au fond de son âme, un larikin.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 16 septembre 2017 07 h 53

    C'est en français ça....?

    Monsieur Lévesque n'en parle pas!