«Let There Be Light» — L’avenir est un soleil

«Let There Be Light» célèbre l’ingéniosité des prophètes de la crise énergétique.
Photo: EyeSteelFilm «Let There Be Light» célèbre l’ingéniosité des prophètes de la crise énergétique.

Le Soleil existe depuis environ 4,57 milliards d’années, et son positionnement par rapport à la Terre a fait de cette immense source d’énergie une source de vie. En matière d’efficacité, on peut difficilement trouver mieux.

Serait-il possible de créer ici-bas un modèle énergétique comparable ? Les scientifiques ne font pas qu’en rêver, car plusieurs s’échinent à découvrir les possibilités de la fusion nucléaire, à ne pas confondre avec la fission, une technologie bien connue, grande productrice de résidus radioactifs. Contrairement à la fission, qui consiste à briser des atomes lourds en atomes plus légers, la fusion combine deux atomes à des millions de degrés Celsius, une réaction en chaîne qui ne cause aucun déchet ni gaz à effet de serre, comme notre Soleil.

Cet eldorado énergétique est la grande vedette de Let There Be Light, un documentaire à la fois scientifique, poétique et ludique signé Mila Aung-Thwin avec l’étroite collaboration du directeur photo Van Royko. Car ce qui ressemble pour plusieurs à une chimère apparaît pour d’autres comme une cathédrale du Moyen Âge : certains y travailleront toute leur vie sans voir le résultat final, et ce sont les générations futures qui en profiteront.

C’est d’ailleurs ce sentiment qui habite ceux associés à ITER (International Thermonuclear Experimental Research), un complexe situé dans le sud de la France financé par 37 pays différents, une tour de Babel dont la lente et coûteuse élaboration donne à la Station spatiale internationale des allures de camp de vacances. Avec une garantie incertaine de résultats.

Ce qui ressemble à un perpétuel chantier digne de la Sagrada Familia (ou du Stade olympique de Montréal…) constitue la pierre angulaire de ce film qui donne la parole à des scientifiques d’une excentricité parfois comparable à celle du professeur Tournesol. Ils ne sont pas tous associés à ce projet pharaonique, comme Michel Laberge, dont le fort accent témoigne de ses origines canadiennes-françaises, ancien technicien d’une entreprise d’imprimantes laser déterminé à trouver par lui-même ce Graal du XXIe siècle, tout comme Eric Lerner, installé dans un garage à la façade délabrée du New Jersey.

Mark Henderson, le plus sérieux du trio, affiche une grande ferveur devant la quête impossible que représente ITER, et dont les propos sont entrecoupés par ceux d’autres collègues sur l’invisibilité médiatique du projet, la recherche incessante de fonds, une gestion chaotique des ressources humaines et matérielles, autant d’obstacles qui suscitent un barrage constant de critiques.

Dans une approche esthétique souvent à couper le souffle, grâce à ces magnifiques plans aériens survoltant la démesure de cette aventure, ainsi qu’au recours du cinéma d’animation pour pallier l’absence de films d’archives sur des moments charnières de cette quête, dont en URSS à l’époque de la guerre froide, Let There Be Light célèbre l’ingéniosité de ces prophètes de la crise énergétique.

S’ils semblent prêcher dans le désert, surtout devant le développement accéléré du solaire et de l’éolien, leur conviction à détenir la clé de la survie de l’humanité semble inébranlable. Les disciples d’ITER envisagent un coup d’envoi vers 2025, si tout va bien. C’est ce qu’on appelle avoir la foi (en la science).

V.O.A., s.-t.f. : Cinéma du Parc, Cinémathèque québécoise.

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Let There Be Light

★★★ 1/2

Documentaire de Mila Aung-Thwin et Van Royko. Canada, 2017, 80 minutes