Un cru épicé au Festival international du film de Toronto

Un des incontournables : Suburbicon, le film de George Clooney sur un scénario des frères Coen. Julianne Moore et Matt Damon y tiennent l’affiche.
Photo: La Presse canadienne Un des incontournables : Suburbicon, le film de George Clooney sur un scénario des frères Coen. Julianne Moore et Matt Damon y tiennent l’affiche.

C’est un peu la malédiction de la momie au Festival international du film de Toronto (TIFF). Pour des raisons mal élucidées, le film d’ouverture est soit très mauvais (Passchendaele, Score : A hockey Musical et autres incongruités), soit destiné à atterrir sur une voie de garage (Demolition de Jean-Marc Vallée, il y a deux ans). À telle enseigne que l’industrie se recroqueville de terreur superstitieuse lorsqu’une de ses productions se voit offrir de lancer le bal. Nooo !

Cette fois, ce jeudi, le film suédois Borg/McEnroe de Janus Metz avec Shia LaBeouf et Stellan Skarsgard tout de même, livre une histoire de rivaux au tennis lors d’un match célèbre. Des voix médiatiques protestent déjà pro forma. Chats échaudés…

On parle de primeurs au TIFF, mais certains films passent avant par la Mostra de Venise ou par Telluride, avec courses à étapes.

Côté thématiques : les amours improbables, les femmes fortes, les hommes en quête d’identité fragile et les soulèvements sociaux sont légion. Avec force incursions du côté du cinéma de genre : thriller et fantastique. En nos temps troublés, la marge et les excès donnent le pouls du jour.

Le cinéma québécois sera particulièrement suivi par nos troupes médiatiques et côté catégorie amours improbables, celles d’un Américain derrière un robot du désert espionnant une jeune Marocaine en quête de liberté, épouse les ambiguïtés de l’heure dans Eye on Juliet de Kim Nguyen…

Déjà à travers le roman de Gaétan Soucy à sa source, ce couple d’adolescents élevés en autarcie nous avait envoûtés. Simon Lavoie en portant à l’écran La petite fille qui aimait trop les allumettes jouera la corde du mystère. L’horreur villageoise est au rendez-vous du film de Robin Aubert Les affamés et l’histoire de Montréal de celui d’Hochelaga de François Girard. Denis Côté dans le sillage de ses films essais Que ta joie demeure ou Bestiaire, propose un regard de biais sur le culturisme à travers Ta peau si lisse.

Oscarisables ?

La plupart des festivaliers et membres de l’industrie viennent au TIFF pour la première marée des oeuvres bientôt en lice au Kodak Theater ou ailleurs. L’odeur des statuettes part d’ici. Les grands studios envoient des émissaires afin de dégoter des perles rares plus discrètes, quand les ténors se voient annoncés de leur côté par des trompettes.

Oscarisable pour oscarisable, nul doute que tous se rueront sur le thriller américain Mother ! de Darren Aronofsky avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris et Michelle Pfeiffer. Distribution « all star » qui a fait le bonheur du tapis rouge de la Mostra de Venise, tout en divisant la critique. Il y eut des huées, certains ont crié au scénario exsangue. Des voix jugeaient le film incompréhensible. Le réalisateur de Black Swan en fait-il trop ? Ça reste à vérifier.

Qu’un cinéaste comme Alexander Payne touche à la science-fiction n’est qu’une nouvelle plume à son chapeau de satiriste. L’auteur de Sideways et de Nebraska met Matt Damon au défi de paraître crédible en homme réduit à cinq pouces de haut, dont la masculinité en prend pour son rhume. La rumeur de Venise est bonne et Payne déçoit rarement.

Autre incontournable : Suburbicon, le film de George Clooney sur un scénario des frères Joel et Ethan Coen, une histoire de catastrophes en chaîne à la suite d’un meurtre commandé à la pègre, sur fond de banlieue américaine des années 1950 et de discrimination raciale. Matt Damon y tient l’affiche, à nouveau. Que son film soit bon ou pas, Clooney a toujours quelque chose à dire aux médias et il est drôle en plus. On aime le voir au TIFF. Quant aux fans, sa vue les rend hystériques. Qu’on le veuille ou pas, le star system est un aimant majeur devenu synonyme de grand rendez-vous de films.

On entend grand bruit autour de Molly’s Game, premier film d’Aaron Sorkin avec la belle Jessica Chastain dans un monde de poker et de séduction.

Quant à Guillermo del Toro, maître du fantastique, il revient avec The Shape of Water sur une romance de la marge donnant la vedette à Sally Hawkins.

Des parfums plus subtils

Parfois, des oeuvres moins bling-bling sont les vrais morceaux de roi. Ainsi, Call Me by your Name du cinéaste italien Luca Guadagnino, ovationné à Sundance et à Berlin, fine romance homosexuelle, devrait atterrir à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, sinon plus haut.

Merveille aussi, couronnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, The Rider de l’Américaine Chloe Zhao, sur un jeune cowboy que des accidents à répétition empêchent de remonter en selle.

Autre cinéaste féminine à suivre ici : Haifaa al-Mansour d’Arabie saoudite (à qui on doit Wadjda) cette fois affrontant l’univers de la Britannique Mary Shelley (la créatrice de Frankeinstein) en offrant le rôle-titre à la très en vue Elle Fanning.

Une femme également tient la barre de Lady Bird, portrait d’une jeune rebelle (Saoirse Ronan). À surveiller aussi : Kings de la Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven (cinéaste de Mustang) sur les émeutes de 1992 à Los Angeles.

Le cru du TIFF ne s’annonce pas mièvre, c’est déjà ça de pris.

Odile Tremblay est à Toronto à l’invitation du TIFF.