Le FFM n’est plus ce qu’il était. Et après?

Déjà famélique, l’édition 2016, la 40e, avait été perçue comme de trop. Pourtant, le FFM s’est pointé à nouveau en 2017, sauvé in extremis notamment par le rachat par Québecor d’une dette qui a permis au clan Losique de garder le cinéma Impérial. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Déjà famélique, l’édition 2016, la 40e, avait été perçue comme de trop. Pourtant, le FFM s’est pointé à nouveau en 2017, sauvé in extremis notamment par le rachat par Québecor d’une dette qui a permis au clan Losique de garder le cinéma Impérial. 

Quelque part entre la vie et la mort, le Festival des films du monde (FFM) mettra fin à sa 41e édition le lundi de la fête du Travail. Une tradition que d’aucuns sont surpris, voire fâchés, de voir se perpétuer, année après année, malgré les fiascos récurrents entourant son organisation. Montréal et le milieu québécois du cinéma écopent-ils ?

« Il ne faut pas surévaluer les répercussions négatives d’un FFM dans un état de décrépitude. Mais oui, il y en a », analyse Marcel Jean, directeur de la Cinémathèque québécoise. Lui-même a subi ces répercussions, lorsqu’un subventionnaire a refusé d’assumer les frais de déplacement d’un cinéaste invité par la Cinémathèque. « Des agences internationales font affaire avec le FFM depuis 40 ans et ne sont pas au courant de l’état du festival. Elles continuent de suggérer à leurs cinéastes de soumettre leurs films au FFM. »

Programmation mal diffusée, projections victimes de problèmes techniques, salles désertes, jurés méconnus, réalisateurs abandonnés : le festival quarantenaire semble davantage souffrir de son âge que bénéficier de son prestige d’antan. Malgré nos appels répétés aux bureaux du Festival des films du monde de Montréal, il n’a pas été possible d’avoir une idée de la fréquentation de l’édition en cours.

Marcel Jean estime que la décrépitude du FFM est telle qu’il n’y a plus rien à faire. Quand des cinéastes étrangers se présentent et se retrouvent devant des salles vides (comme cette année), sans chambre d’hôtel (comme en 2016), c’est un signe que le fond a été atteint. « On est face à une agonie. Et ce n’est pas un phénix qui va renaître de ses cendres », avance celui qui espère que la situation ne se prolongera plus.

Le Festival du nouveau cinéma (FNC) s’est déjà retrouvé devant une autre situation : trop associé au FFM, jusqu’à être confondu avec lui. « C’est une situation qui peut nuire à une réputation », commente Nicolas Girard, directeur du FNC, qui a su que des invités malmenés en 2016 ne veulent plus venir à Montréal.

Rester positif

Le 41e FFM a néanmoins attiré des cinéastes. Même des Québécois, présents avec des premières oeuvres. L’acteur Maxime Genois, par exemple, y fait ses débuts avec le court métrage Le clown, mettant en vedette Emmanuel Schwartz et Aliocha Schneider.

« C’est difficile d’être sélectionné dans les compétitions les plus convoitées, surtout quand c’est ton premier film et que tu t’occupes toi-même de le distribuer, exprime par courriel le diplômé du Conservatoire d’art dramatique. Je suis heureux que le film soit présenté et je profite d’une belle plateforme puisque plusieurs journalistes [en] ont parlé positivement. Je l’apprécie. »

Danny Lennon n’est pas cinéaste, mais grand défenseur des courts métrages. Le directeur de Prends ça court participe au FFM comme président du jury de la catégorie. « Je suis inquiet pour Montréal, mais s’il faut aider, il faut le faire. Je reste positif, dit-il. Et j’ai vu du méchant bon stock. »

Plateforme pour des courts, le FFM l’est-il pour les longs ? Plus maintenant, hésite à répondre Patrick Roy, président des Films Séville. « Depuis l’an dernier, nous n’utilisons plus ce festival. »

[Serge] Losique a beaucoup fait pour le cinéma, mais à un moment donné, toute bonne chose a une fin

« Les festivals sont des rampes de lancement souhaitables et nécessaires, reconnaît-il. Ce sont des outils de mise en marché. » Les distributeurs qui procèdent sans le FFM passent par d’autres festivals, organisent des tapis rouges. Il y a dix ans, estime Patrick Roy, Les rois mongols, de Luc Picard, et Et au pire on se mariera, de Léa Pool, auraient été lancés au FFM.

Le FFM ? Helen Faradji, critique à la radio de Radio-Canada, ne le suit plus depuis des lunes, ne le voit plus comme un festival. « C’est à un accident de char au ralenti qu’on assiste, dit-elle, à la fois fascinée et attristée. Et d’une année à l’autre, [la situation] empire. »

Helen Faradji croit que ni Montréal ni les cinéphiles ne perdent avec le lent effondrement du véhicule FFM. L’idée que l’on se fait de la ville, à l’étranger, « ne se résume pas au FFM ». D’autres festivals font davantage parler de Montréal. La baisse de fréquentation dit le reste. « Ce que les cinéphiles veulent, ce sont de bons films. On a l’impression que ce n’est que du remplissage d’horaire. »

Louis Dussault, p.-d.g. de K-Films Amérique, abonde. « Moi, j’ai décroché l’année [2015] [Serge] Losique a présenté son espèce de péplum islamique [Muhammad, Messenger of God, de Majid Majidi]. Je me suis dit qu’il était prêt à n’importe quoi pour faire parler de lui », confie-t-il. Le distributeur, longtemps présent dans les environs du FFM, ne cache pas sa rage devant l’état actuel des choses, allant jusqu’à qualifier le directeur Serge Losique de « dictateur dans son bunker ».

Montréal survivra

Le début de la fin du FFM remonte au début des années 2000, lorsque l’aide publique s’est mise à se faire rare. En 2004, au lendemain du 28e FFM, la SODEC et Téléfilm Canada avaient décidé de pousser pour la création d’un autre grand festival, ce qui avait abouti à l’éphémère Festival international des films de Montréal. Le FFM a survécu à la concurrence, mais il ne cesse depuis de vaciller, sous le poids des dettes. La SODEC l’avait à un moment soutenu à nouveau, mais depuis 2014, c’est zéro financement.

Déjà famélique, l’édition 2016, la 40e, avait été perçue comme de trop. Pourtant, le FFM s’est pointé à nouveau en 2017, sauvé in extremis notamment par le rachat par Québecor d’une dette qui a permis au clan Losique de garder le cinéma Impérial.

Le constat à Québec demeure néanmoins le même. « Le FFM a une riche histoire et nous souhaitons toujours que davantage de films, québécois et étrangers, soient accessibles au public montréalais. Toutefois, le gouvernement demande depuis plusieurs années au festival de lui fournir un plan de redressement que nous attendons toujours. Tant qu’il n’y aura pas de plan de redressement, il ne pourra y avoir de soutien gouvernemental », résume Karl Filion, attaché de presse du ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin.

Interrogé jeudi en marge d’un point de presse sur la création d’un comité consultatif en matière de cinéma et de production télévisuelle, le maire de Montréal, Denis Coderre, s’est montré clair. « M. Losique a beaucoup fait pour le cinéma, mais à un moment donné, toute bonne chose a une fin, a-t-il dit, tout de même rassurant. Je ne pense pas que Montréal a un problème d’image. Il y a plein de festivals. »

Le nouveau comité consultatif vise à rassembler les forces vives du cinéma, mais il ne fera rien pour sauver le FFM. Pour Pierre Roy, nommé président de ce groupe d’experts, le vrai enjeu concerne l’accès aux salles. La fragilité d’un festival, voire sa mort, c’est triste, mais non dommageable. « Il faut regarder ce qu’on perd et ce qu’on a gagné. [Le festival] Fantasia fait 100 000 entrées, ce que le FFM n’a jamais fait », observe-t-il.

En d’autres mots, la disparition du FFM ne sera que bénéfique, sans que ça nuise à Montréal, ville de cinéma. Pour Marcel Jean, on n’a pas à pleurer le FFM. « On a un grand festival à Montréal, c’est Fantasia, qui attire les visiteurs étrangers, qui attire le public, qui est singulier. »

Vieux de 21 ans, soit moitié plus jeune que le FFM, Fantasia a affiché salles combles en 52 occasions, selon son site Web, lors de son édition de l’été 2017. Un succès qui était autrefois celui du FFM. Si Helen Faradji croit que l’avenir d’un festival passe par une niche bien précise, comme Fantasia, Louis Dussault estime qu’un festival « généraliste, rassembleur, fédérateur » est encore pertinent. « Pourvu qu’il soit dirigé de façon collégiale. On ne veut pas un autre dictateur. »

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2 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 2 septembre 2017 08 h 40

    Coderre a le nez partout

    Il devrait laisser le FMI prendre sa décision et les responsables n'ont pas besoin de ses commentaires. Ce n'est pas à lui que revient de parler de la fin de Serge Losique. Le cinéma québecois est en pleine essor et le public est friand de cette belle culture. Un maire doit gérer sa ville selon sa mission première et laisser les citoyens organisés sa vie culturel, sportive.

  • Luc Archambault - Abonné 3 septembre 2017 19 h 14

    Les pompiers incendiaires

    On ne peut à la fois respecter ses pionniers, son patrimoine, et les détruire ou démolir. La culture du consommer/jeter a fait long feu, sauf dans le Far-Ouest culturel montréalais. Ce n'est pas en jetant à la poubelle nos acquis qu'on pourra les développer.

    Le FFM et le géant qu'est Serge Losique ont été affamés, sabotés par le milieu depuis plus de 17 ans pour que d'autres puissent s'approprier ses actifs sans aucune espèce de respect, c'est une honte, mais il a tenu bon... Imaginez si l'on avait plutôt respecté ce monument national vivant de l'art du Québec ?