Guillermo del Toro jette un sort sur la Mostra de Venise

Le réalisateur Guillermo del Toro et l’actrice Sally Hawkins sur le tapis rouge de la Mostra de Venise, avant la présentation du long métrage «The Shape of Water»
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Le réalisateur Guillermo del Toro et l’actrice Sally Hawkins sur le tapis rouge de la Mostra de Venise, avant la présentation du long métrage «The Shape of Water»

Le Mexicain Guillermo del Toro a jeté un sort jeudi sur la lagune de Venise, avec une magistrale et délicate fable d’amour entre une muette rêveuse et une étrange créature amphibie, l’événement dans une journée riche de trois avant-premières mondiales.

« Le conte de fées est l’antidote parfait contre le cynisme, car il touche les émotions », a souligné jeudi le cinéaste venu présenter The Shape of Water à la Mostra de Venise. Le Mexicain y laisse à nouveau libre cours à sa passion pour les créatures fantasmagoriques, dans un univers visuel flamboyant, s’adjugeant des premières critiques enthousiastes.

Aux antipodes, l’acteur américain Ethan Hawke s’est glissé jeudi dans la peau d’un pasteur austère rongé par la culpabilité, qui va redonner un sens à sa vie en s’identifiant avec l’activisme radical et justicier d’un militant environnemental. Dans First Reformed, dernière oeuvre du vétéran d’Hollywood Paul Schrader, Ethan Hawke, 46 ans, est méconnaissable dans le rôle minimaliste du pasteur solitaire porté sur le whisky, en intense dialogue intérieur avec Dieu via un journal intime rempli de ses doutes. Va-t-il trouver la rédemption par le sang ?

Plus politique, le Libanais Ziad Doueri a pour sa part dévoilé L’insulte, qui raconte la longue bataille judiciaire entre un chrétien libanais et un Palestinien, qui va se transformer en affrontement national.

Guillermo del Toro a toutefois capté toute l’attention sur la lagune, avec son univers propice au rêve.

« Le premier acte politique à notre portée est de choisir l’amour plutôt que la peur, actuellement. Nous vivons à une époque où la peur et le cynisme sont utilisés de manière très persuasive », a souligné le cinéaste mexicain devant la presse.

En 1962, en pleine guerre froide, une jeune femme de ménage muette, Elisa (Sally Hawkins), vit une existence solitaire mais sereine au-dessus d’un cinéma de quartier sans clients. La vie d’Elisa va être bouleversée par l’arrivée au laboratoire d’une étrange créature marine tirée des eaux en Amazonie, où elle était vénérée comme une divinité. La bête est aussi capable de respirer à l’air libre, une qualité qui intéresse Russes et Américains en féroce compétition pour aller dans l’espace.

La créature est perçue comme un grave danger pour l’humanité par un terrifiant militaire, rempli de préjugés et de haine, qui a sa garde (Michael Shannon).

Il est le grand méchant du conte pour qui les autres sont transparents, rappelant le personnage du sadique capitaine franquiste dans le conte fantastique Le labyrinthe de Pan (2006) récompensé par trois Oscar.

Fable revisitée

Dans The Shape of Water, Elisa est touchée par la solitude de la créature et va immédiatement entrer en symbiose avec elle. La rencontre improbable va se transformer en un amour pur entre la princesse sans voix qui communique en langue des signes et l’étrange homme amphibie tout aussi mutique.

« Quand il me regarde, il ne sait pas que je suis incomplète. Il me voit comme je suis », s’émerveille la jeune femme, qui découvre que l’amour n’a pas besoin de mots.

Guillermo del Toro, qui n’en est pas à son premier essai, revisite les films de monstres, mais aussi la fable de la belle et la bête, plantée dans un fabuleux décor rétro des années 1960. Le tout dans un sombre contexte historique de sexisme, de racisme, d’injustice sociale et de haine internationale.

« Il y a deux versions de La belle et la bête, l’une puritaine — ils s’aiment de manière platonique mais ils ne font jamais l’amour —, l’autre un peu perverse et inquiétante. Je ne suis intéressé par aucune des deux versions », a précisé le réalisateur.

Dans le film, les deux amoureux vont finalement avoir des relations intimes pudiquement suggérées derrière un rideau de douche tiré. « J’ai voulu que le sexe soit naturel et beau », explique Guillermo del Toro.

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