Le Dollar, ce cinéma bien secret

Bernard «Bernie» Gurberg, au centre, est propriétaire du cinéma Dollar «depuis le 4 juin 2004». L’homme aime prendre des risques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Bernard «Bernie» Gurberg, au centre, est propriétaire du cinéma Dollar «depuis le 4 juin 2004». L’homme aime prendre des risques.

« Je suis un peu fou. J’aime prendre des risques. La business, ce sont toujours des risques », dit, derrière son comptoir aux odeurs de maïs soufflé, Bernard Gurberg — « Bernie », tel qu’il le dit au moment de se présenter.

L’homme est propriétaire depuis 2004 du cinéma Dollar, situé à Côte-Saint-Luc. « Depuis le 4 juin 2004 », précise-t-il, comme pour prouver que les fous peuvent avoir la mémoire longue.

Le cinéma Dollar ? C’est le troisième site du 41e Festival des films du monde (FFM). Pas une première : l’an dernier, une dizaine de titres y ont été présentés. Cette année, c’est le pactole pour son propriétaire, puisqu’on lui a promis l’envoi de cinq fois plus d’oeuvres.

Hors circuit

Site hors circuit, à vingt minutes en métro du Quartier des spectacles, le Dollar est destiné aux plus aventureux des festivaliers, ainsi qu’aux retardataires. Selon la responsable de la programmation du FFM, ce point de chute n’accueillera presque exclusivement que des films en troisième représentation.

Bernie ne s’en soucie pas, lui qui s’attendait à ne recevoir que des films de second ordre. Ce qu’il souhaite, par contre, c’est d’accueillir des centaines, voire de milliers de nouveaux clients avec cette entente. « Je pourrais vendre plus de pop-corn. Cet argent me reviendra », signale-t-il, sans trop y croire.

Il y a une dizaine de jours, Bernard Gurberg a appris que le FFM avait besoin de ses deux salles. Il a alors accepté de réserver trois plages par jour, par salle, à compter du jour 1 du festival. Or, vendredi, il n’avait toujours pas vu une seule copie de film. Au moment où Le Devoir s’est présenté, on venait de lui annoncer qu’il lui faudrait patienter jusqu’à lundi.

Le site Web du FFM le confirmait au même moment : « Programme en ligne samedi 26 au matin. Début des projections lundi 28 », lisait-on sur la page mise en ligne.

« C’est un risque que j’ai pris », dit l’homme d’affaires, de son ton le plus calme. Mais un risque qui n’implique pas beaucoup d’argent. Les salles sont louées et donc payées. « Bon, tout n’est pas encore payé », accepte-t-il de dire. Quand même, il estime que les plages à l’horaire abandonnées lui feront perdre 90 % de la clientèle de sa fin de semaine.

Et l’an dernier, vous avez été payé ? « Bonne question, répond Bernie, en riant. C’était OK. »

Du cinéma à bas prix

Le cinéma Dollar est peut-être un des secrets les mieux gardés sur l’île. L’endroit, jadis opéré par l’entreprise Odéon et inactif pendant près de 15 ans, offre maintenant des séances à très bas prix. Et du maïs soufflé à 1 dollar. Quand Bernie l’a acheté, il ne payait pas de mine. Y compris en ce qui concerne des odeurs, se rappelle celui qui a investi des milliers de dollars pour le mettre à neuf.

La transformation n’a pas rendu les lieux des plus luxueux. Dans une salle, une toile recouvre des objets, comme dans un chantier. Mais le Dollar demeure douillet, comme du cinéma familial, à la bonne franquette.

Il faut savoir par contre que dans le « Carré Décarie Square », centre commercial à cinq minutes du métro Namur, se terre un cinéma. Rien ne l’annonce, ni à l’extérieur ni à l’intérieur. Si plusieurs des passants interrogés savaient où le cinéma était situé, une femme nous a dirigés, par erreur, au premier étage.

L’employée du Presse Café reconnaît devoir aider avec fréquence ceux qui cherchent le Dollar. Elle le fait avec plaisir. « C’est une superbe salle. Même le pop corn n’est pas cher », dit-elle.

Pas la foule

Les festivaliers se déplaceront-ils jusqu’à Côte-Saint-Luc ? Le 3 fait le mois, dit-on. Le premier jour d’un festival fait-il la quinzaine ?

Vendredi matin, il n’y avait pas foule à l’Impérial, au coeur du Quartier des spectacles, mais il n’était pas non plus abandonné. Une cinquantaine de personnes assistaient à la séance matinale, à 9 h, un peu moins à celle de 13 h.

L’ambiance était tout autre au cinéma du Parc, deuxième point de diffusion du 41e FFM. Lors des deux séances de 10 h, seules trois têtes par salle étaient visibles. Correction : dans la salle 1, on en comptait 5, si on inclut les deux artisans du film à l’affiche, le documentaire When They Awake. Par contre, aucun représentant du FFM ne l’accompagnait.

Bernard Gurberg n’ose imaginer aucun de ces cas de figure. Il est prêt à tout. Si aucun festivalier ne se déplace chez lui, il ne s’estimera pas responsable. Et lorsqu’on lui demande s’il louera ses salles au FFM l’an prochain, il reste évasif. « Ça dépend des affaires, dit-il. En même temps, je ne sais pas ce que je ferai l’an prochain, où je serai. »

Il faut dire que Bernie a une autre folie en tête : la mairie. Il jongle encore avec l’idée. Mais déjà, sur le comptoir à l’accueil de son cinéma, une feuille invite ses clients à appuyer sa candidature.

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