Rebelles et révolutionnaires prennent d’assaut les écrans internationaux

«Le jeune Karl Marx», de Raoul Peck, évoque la rencontre du penseur avec Friedrich Engels.
Photo: K-Films Amérique «Le jeune Karl Marx», de Raoul Peck, évoque la rencontre du penseur avec Friedrich Engels.

Sur grand écran, l’automne sera peuplé de personnages fougueux, idéalistes, charismatiques, ou un peu fêlés. Avouez que ça serait franchement ennuyeux si aucune colère, ou une quelconque passion dévorante, ne les animait.

Certains l’ont depuis longtemps relégué aux oubliettes, ne croyant qu’aux vertus de la main invisible du marché, mais Karl Marx n’a pas dit son dernier mot, revenant parmi nous grâce au cinéaste haïtien Raoul Peck (I Am Not Your Negro), qui réfléchit depuis longtemps aux ravages de l’oppression. Il le fait revivre avec dévotion dans Le jeune Karl Marx et évoque sa rencontre, déterminante, avec Friedrich Engels.

Les deux grands penseurs auraient été fiers de voir la mobilisation face aux décideurs politiques et aux grandes compagnies pharmaceutiques lorsque le sida a commencé ses ravages dans les pays industrialisés à la fin des années 1980. Cette lutte épique est reconstituée dans 120 battements par minute (13 octobre), de Robin Campillo, avec une bande de jeunes acteurs n’ayant pas froid aux yeux, dont Adèle Haenel (Les combattants, La fille inconnue).

Photo: MK2 Mile End «120 battements par minute» de Robin Campillo met en vedette une bande de jeunes acteurs n’ayant pas froid aux yeux.

La célèbre chanteuse Barbara a elle aussi combattu l’ostracisme vécu par les victimes du sida, ce qui lui a valu l’admiration de ses fidèles, déjà conquis par sa voix unique et sa sensibilité à fleur de peau. Dans Barbara (3 novembre), Mathieu Amalric, à la fois derrière et devant la caméra, explore le mythe de celle que tous étaient prêts à suivre jusqu’à Göttingen. Au coeur de cette oeuvre inspirée de sa vie sans pour autant être une biographie, l’inimitable Jeanne Balibar s’approche avec grâce de cette légende.

Sauver sa peau

D’autres héroïnes ne cherchent pas nécessairement à changer le monde, ou à bousculer l’ordre établi, préoccupées surtout à sauver leur peau dans un environnement hostile.

Le débat entourant la compensation financière accordée à Omar Khadr après son séjour à Guantánamo a fait resurgir la tragique réalité de l’enfant soldat. Dans Alias Maria, de José Luis Rugeles, celle qui porte les armes dans la jungle colombienne n’a que 13 ans, et se voit confier une mission délicate : amener en lieu sûr un bébé pour lui épargner les horreurs de la guérilla. Un périple parfois sanglant, et à couper le souffle.

Photo: Mars Films Marine Vatch renoue avec l’univers de François Ozon dans «L’amant double».

Autre victime, plus chic, et dans les beaux quartiers parisiens, Marine Vatch renoue avec l’univers de François Ozon après Jeune et jolie. Dans L’amant double (17 novembre), elle s’éprend de son psychanalyste (Jerémie Renier), ignorant toutefois, comme Geneviève Bujold dans Dead Ringers de David Cronenberg, que son jumeau monozygote exerce le même métier… Comptez sur Ozon, cinéaste virtuose, pour offrir de beaux moments de sensualité, et d’autres, enlevants, qui en font un digne héritier d’Alfred Hitchcock.

La saison cinéma ne sera pas que sous le signe du drame et de la fièvre révolutionnaire, laissant glisser ici et là de charmantes comédies, certaines françaises.

Il fait toujours bon revoir la bouille un peu désabusée d’Agnès Jaoui, qui collabore souvent à l’écriture des films dans lesquels elle tient la vedette, comme Aurore (septembre), de Blandine Lenoir. Non seulement rien ne va plus dans la vie de cette femme depuis peu sans boulot, mais la perspective d’être grand-mère ajoute à son désarroi. Il suffira qu’elle retrouve un amour de jeunesse pour que s’amorce une transformation qui bousculera son entourage.

Dans Retour en Bourgogne (29 septembre), de l’indispensable Cédric Klapish (L’auberge espagnole), l’arrivée impromptue d’un grand voyageur auprès des siens après quatre ans d’absence et de silence bouscule cette famille de vignerons. Tous éprouveront des sentiments mitigés, déjà bouleversés par la mort imminente de leur père. Mais au fil des saisons, les choses prendront peu à peu une autre tournure.

Après le succès des aventures de ces agents secrets sortis d’une réclame de Burberry, les Kingsman sont de retour, plus élégants que jamais, plus explosifs aussi, dans The Golden Circle (22 septembre), toujours avec Matthew Vaugh aux commandes… qui prépare déjà le troisième de la série. Il a même trouvé le moyen de ressusciter le personnage incarné par Colin Firth : en matière de raffinement vestimentaire, difficile de s’en passer, même à l’heure des révolutions.

La gloire passée d’un empire

Amateurs de salons feutrés, d’ambiances collet monté et d’arômes de thé, vous pourrez étancher votre soif avec trois films célébrant le passé plus ou moins glorieux de l’Empire britannique, et de ses colonies. On n’attend que la perfection de la part de Judi Dench, abonnée aux têtes couronnées, dans Victoria and Abdul (notre photo, 22 septembre), de Stephen Frears (Philomena), histoire d’une amitié étonnante entre la célèbre reine et un subalterne d’origine indienne. Avec Viceroy’s House (septembre), la réalisatrice Gurinder Chadha évoque l’autonomie de l’Inde et la création du Pakistan en 1947, mais du point de vue des colonisateurs anglais. Finalement, dans le tumulte de la Deuxième Guerre mondiale, un combatif Winston Churchill (méconnaissable Gary Oldman) porte sur lui le poids d’une nation, et d’une partie du monde, dans Darkest Hour (22 novembre), de Joe Wright (Atonement, Anna Karenina).

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