Québecor règle les dettes de l’Impérial

Serge Losique semblait heureux de ce dénouement apparemment inattendu : Pierre Karl Péladeau a repris au compte de Québecor la dette qui pesait lourdement sur le cinéma Impérial.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Serge Losique semblait heureux de ce dénouement apparemment inattendu : Pierre Karl Péladeau a repris au compte de Québecor la dette qui pesait lourdement sur le cinéma Impérial.

Québecor s’est immiscée mardi dans le dossier du cinéma Impérial et a annoncé avoir acquis la dette hypothécaire de 5 millions de dollars qui pesait sur la vétuste salle.

Centre névralgique du Festival des films du monde (FFM), dont la 41e édition doit débuter jeudi, l’Impérial risquait d’être saisi et par la suite vendu. L’entente signée lundi soir par l’OBNL propriétaire du théâtre érigé en 1913 fait de Québecor un partenaire « stratégique » pour la suite des choses.

Pour le moment, l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau ne se mêle pas de programmation. Les contrats signés pour l’année en cours seront respectés, notamment ceux du Festival du nouveau cinéma (FNC) et de Cinémania. L’homme d’affaires et ancien politicien affirme cependant vouloir contribuer à la survie et au développement de l’Impérial pour « les semaines, les mois et les années à venir ».

Mécène reconnu, M. Péladeau s’est souvent prononcé pour défendre le patrimoine culturel. Dans le secteur du cinéma, Québecor soutient financièrement des festivals, y compris le FFM. Depuis 2007, l’entreprise a investi plus de 8 millions de dollars dans le répertoire Elephant, la mémoire du cinéma québécois.

Situation d’urgence

Le conseil d’administration de l’OBNL, désormais composé de six membres, demeure présidé par Serge Losique. L’Impérial sera encore dirigé par son fils, François Beaudry-Losique. Québecor s’impliquera néanmoins dans la gestion du cinéma, en plaçant au sein du conseil d’administration deux de ses dirigeants.

Assis dos à la salle pendant la conférence de presse aux côtés de Serge Losique et de François Beaudry-Losique, Pierre Karl Péladeau s’est fait rassurant. Il accompagnera les Losique pour échafauder les projets d’avenir.

« La soupe commençait à être chaude », a confié avec un gros ouf de soulagement François Beaudry-Losique. C’est Québecor elle-même qui s’est manifestée dans les jours précédant l’entente, permettant d’éviter une possible vente et transformation des lieux.

Le p.-d.g. de l’empire des communications et du divertissement n’a pas voulu expliquer pourquoi son soutien arrive maintenant et pas avant. « Un concours de circonstances », a-t-il seulement dit à micro fermé.

Dette hypothécaire

Québecor a acquis la dette hypothécaire envers l’un des créanciers, Michel Constantin, pour un montant d’environ 5 millions de dollars. C’est cet homme d’affaires qui avait entamé des démarches judiciaires pour saisir l’immeuble de la rue De Bleury.

Québecor n’a toutefois pas conclu d’entente avec un autre créancier, Yann Béliveau, de la firme No Limit Loans. Dans ce cas, la dette des Losique s’élève à 250 000 $.

Quant aux factures d’Hydro-Québec impayées, M. Delaney assure que Québecor ne s’en est pas mêlée. La situation serait cependant réglée et la menace d’un hiver sans chauffage semble écartée, du moins pour le moment.

L’intervention de Québec semble rassurer ceux qui se préoccupaient de l’avenir de l’Impérial, prestigieux bien de type « super palace », classé immeuble patrimonial en 2012 par Québec.

Pour le maire de Montréal, Denis Coderre, il n’était pas question de laisser tomber le cinéma. « Si d’autres personnes, ou entreprises, ou mécènes se joignent pour le sauver, ils vont m’avoir comme allié », a-t-il dit au Devoir, rassuré de cette bonne nouvelle quant à l’avenir de l’Impérial.

« L’important pour le ministre [Luc Fortin], c’est que l’intégrité patrimoniale soit préservée. [Avec l’annonce de mardi], on n’a pas raison de croire que ce ne sera pas respecté », dit Karl Filion, attaché de presse du ministre de la Culture et des Communications.

Nicolas Girard se dit confiant, lui qui compte sur l’Impérial pour la tenue du Festival du nouveau cinéma qu’il dirige. « Je serais inquiet si le nouveau créancier venait d’un autre milieu », confie-t-il, rappelant que Québecor soutient depuis neuf ans le festival d’octobre.

Si l’intervention de Québecor rassure côté contenant, pour le contenu, tout reste à définir. Les nouveaux partenaires avouaient être au début des discussions, laissant comprendre que la salle pourrait accueillir une programmation dépassant le septième art. Québecor pourrait aussi s’en servir comme lieu de diffusion pour les films de sa collection Elephant.

Serge Losique a refusé de parler du FFM, se contentant de dire qu’il y aurait un festival qui plairait à tous.

14 commentaires
  • Patrick Boulanger - Inscrit 22 août 2017 21 h 00

    Il serait vraiment chouette que l'Impérial prenne le relais de l'Excentris en priorisant les films québécois de qualité.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 23 août 2017 06 h 14

      Prise deux : correction

      J'aurais plutôt dû écrire cela : il serait vraiment chouette que l'Impérial prenne le relais de l'Excentris, MAIS en priorisant les films québécois de qualité.

  • Pierre Schneider - Abonné 23 août 2017 06 h 21

    Excellente nouvelle

    Le jour on on pleure tous la disparition de Réjean Ducharme, quelle bonne nouvelle pour le cinéma québécois et international.

    Québecor se distingue une fois de plus. Merci, Pierre Karl Péladeau d'avoir de la vision d'avenir dans ce presque pays où on oublie trop souvent notre devise.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 23 août 2017 07 h 56

      « Merci, Pierre Karl Péladeau d'avoir de la vision d'avenir »?

      M. Schneider, il semble que l'aide de M. Péladeau soit la bienvenue avec l'Impérial. Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il n'est pas reconnu pour être un grand social-démocrate.

    • Pierre Schneider - Abonné 23 août 2017 15 h 45

      On parle ici d'art, de culture et de patrimoine national, pas d'idéologie politique. Quoique ces trois éléments sont préalables à toute indépendance politique.

  • Lise Bélanger - Abonnée 23 août 2017 06 h 58

    PKP= défenseur infatigable de notre patrimoine. Merci!

  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 23 août 2017 07 h 15

    Ils vont bien ensemble. L'un ne paye pas ses employés, l'autre méprise les travailleurs. Vive la kulture !

    • François Chartier - Abonné 23 août 2017 08 h 37

      Vous devez confondre les familles. La famille Desmarais ne participe pas à la restructuration du cinéma Impérial.

    • Gilles Delisle - Abonné 23 août 2017 10 h 07

      Je vous souvent vos commentaires , M. Richard, souvent intéressants. Cette fois-ci, je ne suis pas certain que ce sera votre meilleur écrit de l'année!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 août 2017 13 h 21

      A ce que je sache les employés du Festival du Film ont tous été payés, certes en retard, mais payés tout de même, malgré la désertion qu'ils ont fait avec fracas en cour de déroulement.

      Pour monsieur Péladeau la longueur du conflit reposait avant tout sur la chicane de le répartition du très gros fond de grève qui se devait d'être distribué compte tenue de la réorganisation incontournable vu la situation du monde des médias. Les plus anciens considéraient qu'ils en méritait une plus grande part, mais surtout, la répartition des quelques 100,000$ par employé devenaient libre d'impôt si distribués en prestations de grève... Le conflit a pris fin d'ailleurs peu de temps après la fin des distributions sous forme de prestations de grève.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 août 2017 07 h 43

    Vétuste salle ????

    L'Impérial a été restauré il y a à peine quelques années. C'est une salle superbe qui, comme toute chose, aurait pu tomber en ruine si on l'avait laissée à l'abandon.

    Mais cela n'a pas été le cas très longtemps. Est-elle devenue vétuste en quelques mois ? J'en doute.