«Le destin des Logan» — Une histoire en cache une autre

Les personnages sont tous hauts en couleur, mais réalistes. Ici, Daniel Craig, Adam Driver et Channing Tatum
Photo: Les Films Séville Les personnages sont tous hauts en couleur, mais réalistes. Ici, Daniel Craig, Adam Driver et Channing Tatum

Maints cinéastes vous le diront : la scène d’ouverture est la plus importante. Elle intrigue, captive, donne le ton ou, comme dans le cas du film Le destin des Logan, pointe vers une profondeur sous-jacente. Ainsi, tandis que la chanson Take Me Home de John Denver joue à la radio, un père explique à sa fille qu’il s’agit de sa chanson favorite non seulement parce qu’il la trouve « bonne », mais parce qu’une histoire intéressante y est rattachée, histoire qu’il relate à la petite, et au spectateur par la même occasion. Or il en va de même avec le film, qui est très bon, mais qu’on prend encore plus de plaisir à regarder quand on connaît les coulisses de sa production. Il faut d’abord savoir que son réalisateur, le doué Steven Soderbergh, avait juré qu’il ne referait plus de cinéma.

Le revoilà pourtant à la barre d’un long métrage destiné au grand écran après un hiatus de quatre ans (et plusieurs projets télé). D’emblée, on est saisi par l’ironie de la situation, car pour ce retour certes espéré mais inattendu, Soderbergh a jeté son dévolu sur un scénario qui, au premier abord, s’inscrit pile dans sa zone de confort, Le destin des Logan (Logan Lucky) contant l’élaboration, l’exécution et les répercussions d’un vol de magot par un groupe dépareillé. Cinéaste porté sur l’expérimentation et la prise de risques (Kafka, The Limey, Bubble, Che), Soderbergh n’a pas moins fait son pain et son beurre avec la série de films consacrés à Danny Ocean (Ocean’s Eleven, Twelve, Thirteen) et sa bande disparate de voleurs.

Ainsi, après avoir laissé entendre qu’il avait fait le tour du cinéma, le voici qui revient avec un autre récit de vol rocambolesque. Mais quel récit, justement !

Aller voir Le destin des Logan ou pas? La réponse de François Lévesque.

 

 

Peinture chaleureuse

On y suit les déboires de Jimmy Logan, un bon gars qui n’a jamais eu de chance. Renvoyé pour des motifs fumeux, Jimmy décide qu’il en a assez et propose à son frère Clyde, un jeune vétéran manchot devenu barman, de dévaliser les recettes du Nascar qui circulent sous la surface du circuit automobile local. Jimmy connaît la structure souterraine de l’endroit puisqu’il y creusait jusqu’à son renvoi. Essentielle à la réussite du vol : la complicité d’un perceur de coffre… Incarcéré.

Les personnages sont tous hauts en couleur, mais réalistes. Le scénario de Rebecca Blunt (un pseudonyme pour Jules Asner, conjointe du cinéaste) offre, d’autocaravanes en prix de beauté juvéniles, une peinture de milieu truculente, et plus amusée que caricaturale. Dans le contexte, les péripéties et retournements s’avèrent à peu près crédibles, et surtout fort drôles, quoique la construction narrative proprement dite rappelle un peu trop celle des autres productions similaires de Soderbergh.

Surcroît de profondeur

En filigrane, la scénariste célèbre les gagne-petit floués à répétition par les compagnies d’assurances, par le gouvernement, bref, par un système conçu pour les maintenir au bas de l’échelle de la richesse. C’est à cet égard que ce Logan révèle plus de substance que les scintillants mais creux Ocean’s. Cette dimension « David contre Goliath » était déjà présente dans un autre des gros succès de Soderbergh, le tout aussi savoureux et engagé Erin Brockovich.

Conséquent, le réalisateur, qui est aussi monteur, directeur photo et producteur, a fondé sa propre boîte de distribution, Fingerprint Releasing. Son but ? Réduire les coûts excessifs de mise en marché inhérents au modèle hollywoodien tout-puissant afin que l’argent investi serve d’abord le cinéma et ses artisans. Ainsi, non seulement Le destin des Logan constitue un banc d’essai pour Soderbergh, mais l’intrigue du film fait au surplus écho à sa démarche.

Ceci expliquant sans doute cela, son bonheur renouvelé de mettre en scène est palpable. Sa précision coutumière est là, mais avec un supplément de chaleur humaine qui faisait défaut à ses derniers films de cinéma.

Bref, on aime Le destin des Logan pour son histoire, mais aussi pour l’histoire qui se cache derrière celle-ci.

V.O.A. : Cinéma Banque Scotia, Place LaSalle, Cavendish, Colisée Kirkland, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

V.F. : Quartier latin, Place LaSalle, StarCité, Lacordaire, Marché Central.

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Le destin des Logan (V.F. de Logan Lucky)

★★★ 1/2

Comédie de Steven Soderbergh. Avec Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig, Riley Keough, Seth MacFarlane. États-Unis, 2017, 119 minutes.