«La tour sombre» – Le dernier pistolero

Ayant franchi un portail spatiotemporel, Jake (talentueux Tom Taylor, à droite) rencontre Roland Deschain (Idris Elba, imposant), qui se dit le dernier pistolero. Tous deux s’allieront pour combattre l’homme en noir.
Photo: Columbia Ayant franchi un portail spatiotemporel, Jake (talentueux Tom Taylor, à droite) rencontre Roland Deschain (Idris Elba, imposant), qui se dit le dernier pistolero. Tous deux s’allieront pour combattre l’homme en noir.

Il y a cinq ans, le cinéaste danois Nikolaj Arcel séduisait la galerie avec Liaison royale, somptueux drame historique où il réunissait Alicia Vikander et Mads Mikkelsen, film pour lequel il a remporté l’Ours d’argent à Berlin. Hélas ! Pour sa première incursion américaine, Arcel ne fera certes pas l’unanimité — sauf contre lui.

En prenant d’assaut La tour sombre, ambitieuse épopée en sept tomes et deux récits parallèles de Stephen King, le réalisateur ne se doutait peut-être pas de l’ampleur du projet. Malgré le soutien de trois coscénaristes, parmi lesquels Anders Thomas Jensen, fidèle complice de Susanne Bier (Après la noce), Arcel risque de décevoir les fans du prolifique auteur américain et de laisser dans le brouillard ceux qui n’ont pas lu lesdits romans.

Vivant à New York avec sa mère et son beau-père, Jake Chambers (talentueux Tom Taylor) inquiète son entourage lorsqu’il prétend que les tremblements de terre de plus en plus courants sont causés par le vil homme en noir de ses cauchemars (Matthew McConaughey, qui s’amuse à jouer au méchant). Ce que Tom ignore encore, c’est que ses rêves sont en fait des visions et que le monde est réellement en danger.

Photo: Columbia Avec son personnage de l’homme en noir, Matthew McConaughey s’amuse à jouer au méchant.

De fait, l’homme en noir veut détruire la tour sombre empêchant les ténèbres d’envahir le monde. Pis encore, cet homme est persuadé que ce sont les pouvoirs de Jake qui lui permettront d’arriver à ses fins. Ayant franchi un portail spatiotemporel, Jake rencontre Roland Deschain (Idris Elba, imposant), qui se dit le dernier pistolero. Tous deux s’allieront pour combattre l’homme en noir.

Croulant sous les clins d’oeil aux romans de King, ce récit d’aventures jongle laborieusement avec les codes du fantasy, de l’horreur et du western. Le ton est parfois pompeux, les effets dramatiques sont soulignés au crayon gras et le film est un fourre-tout aux airs de déjà-vu à donner le vertige — La tour sombre n’est pas sans rappeler Coeurs perdus en Atlantide de Scott Hicks, d’après deux nouvelles de King.

Malgré cela, on reconnaît dans ce film l’habileté avec laquelle Stephen King explore les peurs enfantines et la perte de l’innocence. On y sent également une volonté bien sincère d’illustrer ces univers dystopiques parallèles où vivent de hideuses créatures et d’autres êtres inquiétants. Toutefois, il semble qu’Arcel aurait dû passer plus de temps à approfondir les personnages secondaires, presque décoratifs, et à faire le tour du propriétaire.

De fait, au milieu de tout ce bruit et de toute cette fureur, où l’on prend un réel plaisir à voir s’affronter Elba et McConaughey, on ressent la désagréable impression que La tour sombre ne sert qu’à mettre sommairement la table pour d’autres volets. Dans l’éventualité de suites, qui sait si les rouages de l’ambitieuse fresque inspirée d’un poème de Browning, du Seigneur des anneaux et du western spaghetti Le bon, la brute et le truand seront démystifiés. Bruyant et brouillon, mais malgré tout divertissant.

V.O.A. : Côte-des-Neiges, Kirkland, Banque Scotia, StarCité, LaSalle, Cavendish, Quartier latin, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

V.F. : LaSalle, Quartier latin, StarCité, Lacordaire, Marché Central.

La tour sombre (V.F. de The Dark Tower)

★★ 1/2

États-Unis, 2017, 95 minutes. Aventures de Nikolaj Arcel. Avec Idris Elba, Tom Taylor, Matthew McConaughey, Jackie Earle Haley, Abbey Lee et Fran Kranz.

1 commentaire
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 4 août 2017 08 h 29

    Un autre navet made in USA

    Bon encore une fois la morale à cinq sous des USA vient nous parler des bons et des méchants où la seule façon de régler des problèmes consiste à ziguouiller tout ce qui bouge ou s'oppose au pistolet du "bon" qui, acculé vers la fin, n'en finit néanmoins pas par vaincre le "méchant". On croirait relire le canevas d'un épisode de la WWA... Et dire que nos critiques trouvaient à redire contre le film Valérian de Luc Besson, comme quoi, leur cohérence demeure volatile!