Le Festival du film de l'Outaouais fait un retour en force

Cela fait six ans qu'existe le Festival du film de l'Outaouais. Six années de hauts et de bas, avec au menu des primeurs comme des reprises: 40 films en provenance de quinze pays. Le Dernier Tunnel d'Érik Canuel ouvrait le bal de cette sixième édition jeudi dernier. La partie se clôturera le 26 mars sur Le Coût de la vie du Français Philippe Le Guay.

Didier Farré, le directeur du rendez-vous, s'avoue content. En 2003, l'événement fut une catastrophe. Il avait programmé onze blocs de courts métrages, qui ont fait chou blanc. «On avait eu quatre spectateurs au plus par séance», se souvient-il. Cette fois, les courts métrages sont jumelés avec des longs. L'an dernier, son festival a attiré en tout et pour tout 4800 spectateurs. Ce dimanche, après une première fin de semaine, il en avait déjà accueilli plus de 12 000. Didier Farré doit jongler avec un budget minuscule qui l'empêche d'accueillir plusieurs visiteurs, mais il se débat.

Petite délégation montréalaise, on s'y est rendus vendredi dernier en train: journalistes, comédiens et distributeurs transplantés à l'ouest. Karine Vanasse, la Donalda de Séraphin, servait un peu de porte-parole au festival.

Claude Zidi accompagnait Les Ripoux 3, comédie assez drôle d'ailleurs, redonnant la vedette au duo Philippe Noiret et Thierry Lhermitte. Et le grand directeur de casting français Dominique Besnehard (également acteur) est venu parler de son métier et de son amitié avec Marie Trintignant.

La région de la capitale nationale n'est pas la plus gâtée, culturellement parlant. Didier Farré vous dira que le festival est un peu l'extension du Cinéma 9 qu'il dirige à Gatineau. Il y met durant l'année à l'affiche des oeuvres européennes et québécoises à côté des productions américaines, alors que le StarCité de Hull se voue presque exclusivement à Hollywood. Mais les oeuvres un pointues passent en général au-dessus de la tête de son cinéma. C'est pourquoi des films plutôt anciens mais excellents, tels Être et avoir de Nicolas Philibert ou L'Homme sans passé d'Aki Kaurismaki devaient attendre ce festival avant d'y gagner l'affiche. Quand même: le public pouvait s'y offrir avant le reste du Québec le troublant Dogville de Lars von Trier ou le fort rigolo Naked de l'Allemande Doris Dorrie, désopilante comédie pour trois couples en crise, qui n'a pas hélas! encore trouvé de distributeur au Québec.

Le festival s'étend du Musée canadien des civilisations au Cinéma des Galeries Aylmer, en passant par le Théâtre du Casino et le Cinéma 9. Vendredi soir, un jeune cinéphile vint se plaindre aux critiques de la qualité médiocre des films présentés lors de ce rendez-vous. En fait, la programmation a du bon comme du mauvais. Mes chers voisins d'Alex de la Iglesia donnant la vedette à Carmen Maura est apparue comme une comédie d'horreur espagnole loufoque et désolante de clichés mal attachés. Comme si de rien n'était du Français Pierre-Olivier Mornas se distinguait surtout par son rythme boiteux. Cela dit, on rigolait ferme devant Mais qui a tué Pamela Rose? d'Éric Lartigau, folle satire française des thrillers américains. Quant à Momo, le héros, travail d'Arabe de Christian Philibert, sur le combat d'un travailleur d'origine maghrébine contre des entrepreneurs véreux, il mêlait émotion et finesse. Et puis le public se ruait devant Good Bye Lenin! et Les Triplettes de Belleville. Des films québécois qui avaient tenu longtemps l'affiche à Gatineau, comme La Grande Séduction et Les Invasions barbares, trouvaient au festival un nouveau public.

Quand tant de rendez-vous de cinéma se bousculent sur les calendriers du monde, Didier Farré explique à quel point il est difficile d'attirer des vedettes et des primeurs à Gatineau. Difficile aussi d'établir une programmation pour séduire son public. Cette année, il a présenté des films-surprises, mais les spectateurs, qui n'en voyaient pas le résumé dans leur programme, ont préféré voir autre chose. Ça décolle quand même, et une clientèle lui est désormais fidèle. Elle affiche en général plus de quarante ans, toutefois. Le directeur rêve d'étendre son festival dans les dix salles du Cinéma 9 du 8h du matin à 9h du soir, comme il rêve de conquérir les jeunes, cette clientèle insaisissable, dont les rendez-vous de cinéma voudraient tant gagner le coeur.