«Blonde atomique» – Du John le Carré sur l’acide

À l’heure de chercher la bagarre, du moins au cinéma, Charlize Theron n’est pas du genre à se défiler. Mad Max : Fury Road, de George Miller, a cristallisé de brillante façon cette image, permettant à l’actrice de pousser plus loin son envie de faire tourner les têtes, et d’en amocher quelques-unes.

Le roman graphique d’Antony Johnston était le canevas idéal pour ses nouvelles extravagances. Dans Atomic Blonde, l’héroïne n’a pas froid aux yeux, même pendant la guerre froide, agente très spéciale du MI6 débarquant à Berlin au temps du Mur et du new wave. David Leitch a orchestré ce grand débarquement, cinéaste néophyte, mais pas le dernier venu : cet ancien cascadeur possède une feuille de route impressionnante et s’y connaît en matière de ballets acrobatiques entre brutes et truands.

Les sales boulots n’effraient pas Lorraine Broughton (Theron, dans une forme olympienne), chargée par ses patrons de récupérer une liste des espions de Sa Majesté qui pourrait tomber dans les grosses pattes de l’ours communiste. Dès son arrivée, en novembre 1989, tout ce qui grouille de mouchards et d’agents du KGB est à ses trousses. Elle est à peine soutenue dans ses efforts par Percival (James McAvoy), un collègue empreint du chaos permanent de la ville, désordre accentué par la fièvre de liberté qui monte à l’Est. Ses allées et venues sont ponctuées d’affrontements sanglants, de plages de tranquillité — une parenthèse lesbienne avec une agente française, entre voyeurisme et provocation —, accompagnées aussi d’une somptueuse trame musicale où se bousculent David Bowie, Depeche Mode, New Order, Public Enemy… et George Michael.

Cet éclectisme sonore témoigne de l’approche à la fois ludique et studieuse de David Leitch tout au long de cette escapade berlinoise racontée du point de vue de l’héroïne, passablement amochée lors de son retour à Londres pour un débriefing serré. Le cinéaste est en contrôle de la situation comme du déroulement du récit, l’amazone aux vêtements griffés faisant l’objet de toute son attention, ange démoniaque au milieu des ruines d’une ville coupée en deux, souvent la seule touche de couleurs que l’on reconnaît de loin.

Fantaisie d’espionnage à la complexité toute relative, sorte de John le Carré sur l’acide aux considérations géopolitiques minimalistes (des téléviseurs se chargent de distiller les nouvelles sur les turbulences à l’Est), David Leitch a la gâchette facile pour offrir des moments enlevants, dont un massacre dans un escalier qui donne froid dans le dos. Il s’agit d’un tour de force redoutable où la rudesse des coups ne semble jamais feinte, le tout exécuté dans une troublante continuité visuelle. Puis, le cinéaste a fait le choix judicieux d’un silence musical complet. La violence de ses effets n’en est que plus assourdissante.

Pendant le tournage de cette variation féministe de l’univers de James Bond, Charlize Theron s’est cassé deux dents ; elle a aussi gagné ses épaulettes. Après Wonder Woman, prenez garde à Atomic Blonde.

V.O.A. : Cavendish, Marché central, Spheretech, Lacordaire, Kirkland, Banque Scotia, Côte-des-Neiges.

V.F. : Quartier latin, Marché central, Lacordaire, Starcité.

Blonde atomique (V.F. d’Atomic Blonde)

★★★ 1/2

Drame d’espionnage de David Leitch. Avec Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella, John Goodman. États-Unis, 2017, 115 minutes.