Denys Arcand replonge dans le film policier

La distribution du prochain film de Denys Arcand, «Le triomphe de l’argent», a été dévoilée mardi. Elle comprend entre autres (de gauche à droite) Florence Longpré, Maxim Roy, Rémy Girard, Alexandre Landry, Louis Morissette, Maripier Morin, Pierre Curzi et Yan England, ici autour du cinéaste.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La distribution du prochain film de Denys Arcand, «Le triomphe de l’argent», a été dévoilée mardi. Elle comprend entre autres (de gauche à droite) Florence Longpré, Maxim Roy, Rémy Girard, Alexandre Landry, Louis Morissette, Maripier Morin, Pierre Curzi et Yan England, ici autour du cinéaste.

Un vol à main armée, des morts, des poursuites, des batailles : c’est dans l’univers du gangstérisme que se déroulera Le triomphe de l’argent, le prochain film non pas de Podz, mais de Denys Arcand.

L’oscarisé cinéaste tournera son douzième long métrage de fiction cet automne à Montréal, trois ans après Le règne de la beauté, campé dans Charlevoix et à Toronto. Devant un parterre de journalistes réunis dans un prestigieux théâtre du centre-ville, il a accepté de glisser quelques mots sur ce « film policier ».

« Je retourne, dit-il, à mes premières amours, à mes trois premiers films [de fiction], La maudite galette, Réjeanne Padovani et Gina, où il y avait plein de poursuites, de batailles, de trucs comme ça. Je retourne dans un monde que j’ai habité il y a 40 ans. Pourquoi ? Je ne sais pas. »

Denys Arcand est apparu comme ça, mystérieux et sobre, à l’instar de sa tenue, en t-shirt noir. Il contrastait avec le riche décor des lieux et avec le nombre imposant de comédiens (dix-sept) qui l’ont escorté sur scène.

La distribution comprend des visages clés de son cinéma, les Rémy Girard et Pierre Curzi, notamment, mais aussi de nouveaux venus, dont les vedettes populaires Louis Morissette et Maripier Morin — ici actrice débutante. Le bien estimé Alexandre Landry, homme de théâtre et des petit et grand écrans, a hérité du premier rôle, un docteur en philosophie qui gagne sa vie comme coursier.

Le vétéran réalisateur s’est fait avare de commentaires alarmants, estimant même que le cinéma québécois se porte bien, comme le prouvent, dit-il, les succès actuels au guichet des prises 2 de Bon Cop Bad Cop et de De père en flic. Son humour noir ne lui a cependant pas fait défaut sur d’autres sujets.

L’argent dominant

« Le triomphe de l’argent est un film policier, comme Crime et châtiment est un roman policier. Vous voyez ce que je veux dire ? demande-t-il. C’est une histoire policière de bout en bout, mais ça parle d’autre chose complètement. »

En fait, avance-t-il, ce film de 6,9 millions de dollars montrera « qu’il n’y a plus beaucoup d’autres valeurs dans la société que celle de l’argent ». L’art, le commerce international, l’élection de Donald Trump ont guidé l’écriture du scénario. « J’espère que ce ne sera pas indigeste et que ce sera le fun à regarder, comme on dit. »

C’est un fait divers de 2010 qui est à l’origine du Triomphe de l’argent. Denys Arcand s’est mis à réfléchir à un monde qui tourne en fonction de l’appât du gain. « J’ai rencontré les policiers, raconte-t-il. J’ai commencé à réfléchir sur celui qui se retrouve brusquement avec des millions de dollars. Qu’est-ce qu’il fait avec ça ? Qu’est ce que ça lui donne ? De là s’est construite une histoire, et c’est cette histoire que je vous présenterai. »

Le film est produit une nouvelle fois par sa compagne, Denise Robert. Prévu pour atterrir en salle en 2018, il ramènera 22 ans plus tard le duo d’itinérants au coeur de Joyeux calvaire, qui seront encore incarnés par Benoît Brière et Gaston Lepage.

Denys Arcand accepte de dire que Le triomphe de l’argent est le pendant de Joyeux calvaire, où l’argent brille par son absence, sans pour autant y voir autre chose qu’un clin d’oeil. Il espère que la trame narrative aura plein de sens. De là à les nommer… « Je n’en ai aucune idée », a-t-il répondu à une question en anglais.

Quant au titre du film, il lui a été soufflé par un classique du cinéma allemand de la période nazie : Le triomphe de la volonté, ou Triumph des Willens (1935), quatrième opus de Leni Riefenstahl. « À cette époque, ça paraissait juste d’appeler un film comme ça, estime-t-il. Pour un film qui parle de l’argent partout, partout dans la société, j’ai voulu faire une référence à ce titre-là… » Mais ce n’est qu’un titre, assure-t-il.