«La guerre de la planète des singes» – Le carnage des animaux

Les primates possèdent ici le monopole de la vertu et de la haine, de l’intelligence stratégique et celle du cœur.
Photo: 20th Century Fox Les primates possèdent ici le monopole de la vertu et de la haine, de l’intelligence stratégique et celle du cœur.

Au caractère crépusculaire, inquiétant et sauvage de War for the Planet of the Apes se superpose une certaine mélancolie : celle de voir se conclure une trilogie qui a éclipsé le souvenir kitsch des films des années 1960-1970, et laissé loin derrière la fantasmagorie ratée de Tim Burton en 2001 avec un Mark Wahlberg en Charlton Heston pudique.

Après un démarrage effectué par Rupert Wyatt (Rise of the Planet of the Apes) suivi d’une solide prise en charge par Matt Reeves (Dawn of the Planet of the Apes), qui en signe maintenant l’aboutissement, nous sommes devant une production défiant quelques règles abrutissantes de la superproduction estivale, offrant des personnages dont l’humanité n’a rien à voir avec l’espèce à laquelle ils appartiennent. Pour tout dire, les primates possèdent ici le monopole de la vertu et de la haine, de l’intelligence stratégique et celle du coeur. L’incontournable César (Andy Serkis, en symbiose parfaite) est même assailli de dilemmes moraux et de cauchemars qui lui donnent l’étoffe d’un héros shakespearien.

La comparaison peut sembler farfelue, mais cette épopée guerrière s’abreuve à de multiples sources sans pour autant donner l’impression d’une courtepointe de références. La soif de vengeance de César, nourrie après un affrontement sanglant qui lui laissera quelques blessures à l’âme, donne lieu à une quête de l’ennemi digne d’Apocalypse Now, incarnée par la figure démoniaque d’un colonel sans nom (Woody Harrelson, en timbré à la Brando), lui aussi animé d’une rage en rien intérieure. Car depuis quelques années, le fameux virus ayant transmis aux singes l’intelligence et aux hommes le germe de l’autodestruction a transformé César et ses troupes en cible privilégiée de leur colère : le Colonel veut les éliminer à tout prix. Cet aveuglement affiche d’ailleurs des relents de nazisme et de Deuxième Guerre mondiale, d’où les emprunts à Stalag 17 ou encore à The Bridge on the River Kwai.

Nous sommes aussi devant un superbe exploit technologique, celui qui donne à ce bestiaire une finesse de traits rendant bien fades les rares êtres humains qui osent le défier. Mais tout cela ne serait que quincaillerie clinquante sans cette volonté de faire de cette guerre de « civilisations » un enchevêtrement complexe d’enjeux, tant familiaux que politiques. Et, surprise, le scénario cosigné par Reeves et Matt Bomback prend le temps qu’il faut pour en détailler les tenants et aboutissants, se permettant des pointes d’humour (tâche dévolue à Steve Zahn en singe espiègle) et de sentimentalité (l’orang-outan Maurice, plus craquant que jamais, se fait le gardien d’une fillette muette nommée Nova, et les disciples de la première heure saisiront l’allusion).

Après l’éclatant Wonder Woman, cette extravaganza darwinienne suscite les espoirs les plus légitimes par rapport à Hollywood, à défaut de cultiver un réel optimisme à l’égard de la santé de notre planète, et ceux qui en conduisent les destinées. Car War for the Planet of the Apes leur lance aussi un appel, si d’aventure certains veulent s’y attarder plutôt que de faire des singeries sur Twitter.

V.O.A. : LaSalle, Angrignon, Cavendish, Quartier latin, Kirkland, StarCité, Banque Scotia, Lacordaire, Des Sources, Sphèretech, Marché central, Côte-des-Neiges.

V.F. : LaSalle, Angrignon, Quartier latin, StarCité, Lacordaire, Marché central.

La guerre de la planète des Singes (V.F. de War for the Planet of the Apes)

★★★ 1/2

Science-fiction de Matt Reeves. Avec Woody Harrelson, Andy Serkis, Judy Greer, Steve Zahn. États-Unis, 2017, 140 minutes.