«The Journey» — Mon meilleur ennemi

Colm Meaney et Timothy Spall
Photo: Métropole Films Colm Meaney et Timothy Spall

On ne saura sans doute jamais ce qui s’est réellement passé entre le pasteur protestant Ian Paisley et le rebelle catholique Martin McGuinness dans l’avion les ramenant d’Édimbourg à Belfast. Tout ce que l’on sait, c’est que ces ennemis politiques sont devenus amis et que cette nouvelle alliance a mené à l’accord de Saint-Andrews en octobre 2006. Ceci n’a toutefois pas empêché le scénariste Collin Bateman et le réalisateur Nick Hamm (Killing Bono) d’imaginer cette page d’histoire inconnue.

Souhaitant mettre un terme au conflit nord-irlandais, le premier ministre britannique, Tony Blair (Toby Stephens), et le premier ministre irlandais, Bertie Ahern (Mark Lambert), ont réuni en Écosse deux ennemis politiques : Ian Paisley (l’Anglais Timothy Spall), 80 ans, chef du Parti unioniste démocrate, et Martin McGuinness (l’Irlandais Colm Meaney), 58 ans, numéro deux du Sinn Féin. Craignant de ne pouvoir se rendre à temps à Belfast pour son 50e anniversaire de mariage en raison de la pluie diluvienne, Paisley demande de reporter les discussions. McGuinness annonce alors qu’il doit aussi se rendre dans la capitale d’Irlande du Nord afin de rencontrer des membres de l’IRA.

Après avoir nolisé un avion pour les deux hommes, l’agent du MI5 Harry Patterson (le regretté John Hurt) leur annonce qu’ils devront partager la même voiture pour se rendre à l’aéroport d’Édimbourg. À leur insu, Paisley et McGuinness seront observés, grâce à une caméra cachée à l’avant du véhicule, par Patterson, Blair, Ahern, Paisley fils (Barry Ward) et Gerry Adams (Ian Beattie), chef du Sinn Féin. Pour les forcer à parler, un jeune agent britannique (Freddie Highmore) se fera passer pour un candide chauffeur écossais. S’ensuivra un débat acrimonieux livré par deux acteurs au sommet de leur art.

Si l’on peut saluer l’originalité de la démarche, c’est-à-dire relater à hauteur d’hommes aux antipodes l’un de l’autre 40 ans de troubles ayant mis l’Irlande du Nord à feu et à sang, sans la moindre image de guerre, seulement par la puissance d’évocation, on ne saurait encenser la mise en scène.

Plus près d’un téléthéâtre filmé que d’un film de cinéma, ce road movie politique se révèle bientôt lourd, rigide et artificiel. Le dispositif créé par Bateman est totalement superflu puisqu’à l’époque, les chefs de parti devaient voyager ensemble afin de limiter les risques d’attentat. Qu’apporte donc à ce récit de réconciliation annoncée cet emprunt maladroit aux films d’espionnage ?

Mordant à belles dents dans les dialogues relevés, maniant avec le même bonheur l’émotion et l’humour, Spall et Meaney ont tôt fait de faire oublier les défauts de l’ensemble. Tout dans leur langage corporel, dans les regards qu’ils échangent, dans l’aisance avec laquelle ils se lancent les répliques assassines laisse deviner le plaisir qu’ils ont eu à incarner ces deux bêtes politiques hautes en couleur.

V.O.A. : Forum.

The Journey

★★★

Grande-Bretagne, 2016, 94 minutes. Drame politique de Nick Hamm. Avec Timothy Spall, Colm Meaney, Freddie Highmore, John Hurt, Toby Stephens, Mark Lambert, Barry Ward et Ian Beattie.