Papa a encore raison dans «De père en flic 2»

Le scénariste Eric K. Boulianne, le réalisateur Émile Gaudreault et le comédien Michel Côté
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le scénariste Eric K. Boulianne, le réalisateur Émile Gaudreault et le comédien Michel Côté

Tourner la suite d’un grand succès est un exercice d’équilibriste : d’une part, il faut préserver ce qui a plu aux spectateurs ; d’autre part, il faut les surprendre. Comme l’expliquait Patrick Huard peut avant la sortie de Bon Cop, Bad Cop 2, qui a jusqu’à maintenant cumulé 5 millions au box-office, le public tend à idéaliser le premier film en cristallisant ses dix meilleures minutes.

Si les uns attendent impatiemment la suite d’un film qu’ils ont aimé, les autres l’attendent avec une brique et un fanal. Parlez-en à Michel Côté, qui a réalisé avec Robert Ménard la suite du film culte Cruising Bar.

« Après 20 ans, j’ai dit oui à la suite de Cruising Bar et on a gagné la Bobine d’or en 2009. C’est sûr que ce n’est pas toujours évident… Le public a aimé ça, mais moins que le premier. Il y a toujours quelque chose qui se mystifie avec le temps. Les suites, c’est toujours plus dur pour les acteurs. Avec Louis-José Houde, on n’étonnera personne. Heureusement, nos personnages sont attachants », explique l’acteur émérite.

« C’était tout un défi d’écriture. Je sentais qu’on ne pouvait pas se fier à l’attachement que les gens avaient pour le premier. Avec Michel, la première fois qu’on s’en est parlé, on s’est dit qu’il fallait que ce soit meilleur que le premier », se souvient Émile Gaudreault, qui, en l’absence d’Ian Lauzon, parti se faire son cinéma, a fait appel aux scénaristes Sébastien Ravary et Éric K. Boulianne, dont les sketchs écrits pour SNL Québec et Le nouveau show lui avaient plu.

« Je ne m’attendais pas à faire ce film-là, reconnaît Boulianne. Je trouvais que c’était un beau challenge que d’écrire un film qui allait parler au plus grand nombre de spectateurs possible. C’est un peu un rêve de “tit cul” que de se retrouver dans cette grosse production-là. »

De retour en thérapie

Les choses ont assez peu changé pour Jacques (Côté) et Marc Laroche (Houde). Le père et le fils sont toujours à couteaux tirés. Afin de tirer les vers du nez de Martin Germain (Patrice Robitaille), l’un des sbires du chef de la mafia montréalaise, les deux policiers infiltrent une thérapie de couple où Martin et sa copine (Julie LeBreton) se sont inscrits. Ça ne pourrait mieux tomber puisque Marc, obsédé par l’idée d’impressionner son père, néglige le couple qu’il forme avec Alice (Karine Vanasse).

« L’idée de la thérapie de couple était porteuse. On sentait qu’il y avait une richesse ; c’est la même chose, mais ça nous amène complètement ailleurs. J’ai eu l’intuition qu’il fallait qu’on développe davantage les couples qu’on l’avait avec les pères et fils du premier, où ils mettaient en valeur les personnages principaux », raconte Émile Gaudreault.

Les problèmes de couples prennent tant de place que par moments, l’émotion prend le pas sur l’intrigue policière. « J’ai bien aimé la version française de De père en flic, Père fils thérapie, mais je trouvais que le père et le fils avaient l’air de se haïr pour vrai », révèle Michel Côté. Pour moi, c’était très important que même si avec Louis-José, on s’engueule comme des malades dans les deux films, on sente qu’on s’aime. Jacques ne se prend pas pour un Seven Up, mais il aime son fils qu’il a élevé seul. Il y a de beaux moments que j’aime dans le film qui ne sont pas drôles, mais qui sont très touchants ; et ça, il n’y en avait pas dans le premier. »

L’acteur poursuit : « Après De père en flic, les hommes me disaient qu’ils allaient appeler leur père ou leur fils. En sortant de De père en flic 2, les gens vont se dire que leurs problèmes de couple ne sont pas si graves que ça. Comme je le dis dans le film, il faut se dire “je t’aime.” »

Vingt fois sur le métier…

Émile Gaudreault le répète à qui veut bien l’entendre : il a beaucoup travaillé sur ce film : « Émile retravaille tout le temps le scénario. C’est fou ! confirme Éric K. Boulianne. Il m’a invité en montage, en mixage. J’ai assisté à toutes les étapes du tournage. C’était comme un gros stage ! On ajoutait même des gags et des répliques en post-synchro. »

« On avait un scénario de 166 pages ; je suis allé au maximum pour chaque scène. J’ai commencé comme scénariste sur Louis 19 de Michel Poulette, je ne me suis jamais senti menacé par les scénaristes, c’est pour ça que je les invite tout le temps. Pour moi, les scénaristes et les acteurs, ce sont des partenaires. Je suis à leur écoute parce que je veux que leur ADN fasse aussi partie de cette histoire-là », conclut Émile Gaudreault.

À l’affiche le 13 juillet