Le film «La communauté» fait des autres un enfer

Au cours des années 1970, le phénomène des communes prit d’assaut un Occident las de ses traditions. Engendrant le meilleur comme le pire, entre saine cohabitation et délires sectaires, ce mode de vie souvent jugé utopiste perdit de son attrait passé cette décennie et, à quelques exceptions près, apparaît désormais surtout comme un reliquat du « peace and love ». Le cinéaste danois Thomas Vinterberg passa sa jeunesse dans un tel milieu, ce qui nourrit en partie son film La communauté.

L’intrigue s’articule autour de trois personnages : Freja, 14 ans, Anna, sa mère lectrices de nouvelles, et Erik, son père professeur d’architecture qui vient d’hériter d’une vaste demeure. Désireux de vendre cette maison qu’ils n’ont pas les moyens d’entretenir, Erik se laisse convaincre par Anna de tenter l’expérience de la vie en communauté. Initialement, Anna s’épanouit dans ce contexte égalitaire, tandis qu’Erik souffre de sentir s’amoindrir le poids de sa parole. Toujours en retrait, et n’échappant rien des jeux de pouvoir auxquels chacun se livre sous couvert de démocratie, Freja trouve quant à elle son bonheur hors de la maison.

Puis, voilà qu’Erik entame une liaison avec l’une de ses étudiantes. Après qu’Anna eut insisté pour que cette dernière vienne s’installer avec le groupe, la façade parfaite se fissure.

Manque de cohésion

Cinéaste s’étant fait connaître avec Fête de famille (Festen), l’un des plus importants succès de Dogme95, Thomas Vinterberg (La chasse) revient à ses premières amours en filmant l’éclatement d’une cellule familiale dont chaque membre affiche une forme ou une autre de déni. D’ailleurs, Trine Dyrholm (Anna) et Ulrich Thomsen (Erik) formaient déjà un couple dans Fête de famille, oeuvre plus virulente, plus puissante aussi.

Bien qu’impeccablement réalisé et produit, La communauté manque de cohésion. Ironiquement, Vinterberg n’arrive jamais à faire fonctionner la prémisse de son film : bidimensionnels, voire accessoires, les autres membres de la communauté ne convainquent pas. Les parents d’un enfant malade paraissent n’avoir été ajoutés là que pour tirer quelques larmes.

Le drame que vivent Anna, Erik et Freja est prenant, et Trine Dyrholm est formidable en femme qui implose, mais le réalisateur et coscénariste les prive d’un contexte incarné.

On regarde le film et on songe à cette réplique d’Erik, au début, qui dit qu’un couple ne peut que se perdre dans une maison aussi immense. Il en va de même pour cet autre portrait de famille de Thomas Vinterberg, un film intimiste égaré dans un canevas trop grand.

V.O. s.-t.f. : Beaubien.

V.O. s.-t.a. : Forum.

La communauté (V.O. s.-t.f. et s.-t.a.)

★★ 1/2

Danemark, 2016, 90 minutes. Drame de Thomas Vinterberg. Avec Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Helene Reingaard Neumann, Martha Sofie Wallstrom Hansen.