«The Book of Henry» — Le génie de la famille

Au centre d’un fouillis de thématiques abordées émerge la figure d’Henry (Jaeden Lieberher), génie âgé de 11 ans.
Photo: Universal Au centre d’un fouillis de thématiques abordées émerge la figure d’Henry (Jaeden Lieberher), génie âgé de 11 ans.

Entre Jurassic World et le prochain Star Wars, Colin Trevorrow s’est octroyé une pause avec The Book of Henry, tourné en partie dans les coins les plus champêtres de l’État de New York, captant les beautés de l’automne. Malgré sa simplicité apparente, il y a tout de même une forme de surenchère et d’excès qui fait de ce film un objet hétéroclite.

Tour à tour comédie familiale, drame médical et suspense pseudo-hitchcockien (bonjour Rear Window), The Book of Henry aborde aussi une foule de sujets, ou plutôt les effleure : les sévices sexuels, les ravages du deuil, les petites misères des familles monoparentales, l’immaturité des adulescents, tout y passe, et à vitesse grand V. Au centre de ce fouillis émerge la figure d’Henry (Jaeden Lieberher), génie âgé de 11 ans (il préfère le terme précoce), s’occupant des finances de la famille, protégeant son jeune frère Peter (Jacob Tremblay), et plus encore sa mère Susan (Naomi Watts), aimante mais irresponsable, ne voulant pas laisser son boulot de serveuse même si les placements gérés par son aîné font pratiquement d’elle une riche héritière.

Cet équilibre est rompu lorsque Henry tombe gravement malade, se sachant condamné (il l’explique au neurochirurgien !), mais déterminé à laisser derrière lui une famille à l’abri du besoin, et surtout à punir son voisin (Dean Norris) qui agresserait la jeune fille dont il a la garde (tout est relégué au hors-champ). C’est là que s’opère le troisième et dernier point de rupture, nous parachutant dans une course à obstacles planifiée par Henry ; elle permettra à Susan de se transformer en justicière, et ainsi de devenir adulte.

Son infantilisme, illustré par son obsession pour les jeux vidéo tandis qu’Henry discute avec son conseiller financier, témoigne de l’énormité des métaphores dont abuse Colin Trevorrow, même s’il faut lui reconnaître un certain talent. Le plus évident est de donner une légèreté à ces personnages improbables, parfois pétris des pires clichés (Sarah Silverman en waitress alcoolo ne va jamais au-delà de la caricature), mais d’une bonhomie contagieuse, surtout ce trio familial dominé sans trop d’efforts par Naomi Watts. Dans le segment papiers mouchoirs, son interprétation de Mama Dolorosa se révèle fort honorable.

Après une période de chaos, symbolisée par une fixation pour les sucreries, la portion suspense, plombée par un montage alterné avec un spectacle scolaire où les symboles brillent d’un éclat aveuglant, frôle le ridicule. Avec la voix d’Henry dans ses oreilles qui a pris la peine d’enregistrer la marche à suivre avant de trépasser, autre aberration qui surclasse toutes les précédentes, la mère indigne arrive mal à nous faire croire à son rôle de tigresse face aux agresseurs d’enfants.

The Book of Henry regorge de mille et une choses d’inégale valeur, avec des bons sentiments à la pelle et des ambitions cinématographiques contrastées qui se succèdent avec la régularité d’un métronome. Sans doute un autre coup monté de ce petit génie…

V.O.A. : Forum, Cavendish.

The Book of Henry

★★ 1/2

Drame de Colin Trevorrow. Avec Naomi Watts, Jacob Tremblay, Jaeden Lieberher, Dean Norris. États-Unis, 2017, 105 minutes.