«Miséricorde»: Sur la route de la rédemption

Fulvio Bernasconi signe avec «Miséricorde» un drame introspectif.
Photo: Filmoption International Fulvio Bernasconi signe avec «Miséricorde» un drame introspectif.

En exil depuis trois mois en Abitibi, un policier suisse tourmenté (Jonathan Zaccaï) promet à une autochtone (Marie-Hélène Bélanger) de retrouver le chauffard qui a heurté mortellement son fils. Tant que le coupable ne viendra pas demander pardon, l’enterrement ne pourra avoir lieu comme le veut la tradition autochtone. Alors qu’il mène son enquête avec la complicité de l’oncle de l’adolescent (Marco Collin), une jeune policière (Charli Arcouette) découvre la source des tourments de l’homme. En cavale, ce dernier croise la route d’une camionneuse (Évelyne Brochu) qui traverse elle aussi une zone de turbulences.

Tirant profit de la beauté austère des paysages abitibiens, le cinéaste suisse Fulvio Bernasconi signe un drame introspectif où il emprunte habilement aux codes du western et du road movie. Par sa façon de cadrer ses personnages dans l’immensité de la nature, celui-ci illustre toute leur impuissance devant la cruauté du destin, leur désarroi devant les gestes irréparables qu’ils ont commis et leur désir de fuir ou d’oublier leur insoutenable réalité.

Soutenu par le scénario d’Antoine Jaccoud, qui parvient en peu de mots à illustrer les tensions entre les communautés blanche et autochtone sans prendre parti, Bernasconi pose également un regard neutre sur les deux clans, ne démonisant ni n’angélisant l’un ou l’autre. Derrière l’attitude farouche des personnages autochtones se profile leur volonté de faire respecter leurs traditions ; derrière l’indifférence des personnages blancs se devine la culpabilité qui les ronge. Témoin peu loquace de leurs relations tendues, l’étranger, version européenne du cow-boy solitaire, y trouvera le miroir des déchirements qui l’habitent. En tentant de réunir ces deux solitudes, il espère ainsi trouver le courage lui aussi de trouver sa propre rédemption.

Malgré les drames qui surviennent, l’émotion demeure en retenue. Ce parti pris pudique et respectueux du réalisateur sert parfaitement le récit qui ne s’embarrasse pas de dialogues psychologisants. Le drame que raconte celui de Miséricorde met en scène des gens ordinaires dépassés par les événements auxquels Bernasconi veut redonner toute leur noblesse.

S’il évite avec grâce de sombrer dans le mélodrame larmoyant, Fulvio Bernasconi, qui dirige ses acteurs avec doigté, échappe avec la même délicatesse à la tentation de verser dans la vulgaire folklorisation de la figure autochtone. Alors que les deux peuples se rapprochent, Miséricorde se termine sur une note d’espoir teintée d’amertume, laquelle laisse entendre que le dialogue sera douloureux mais possible.

Miséricorde

★★★

Drame de Fulvio Bernasconi. Avec Jonathan Zaccaï, Évelyne Brochu, Marco Collin, Marie-Hélène Bélanger, Daniel Gadouas, Charli Arcouette, Anthony Thérien et Marthe Keller. Suisse-Canada (Québec), 2016, 90 minutes.