«Wonder Woman» – Une femme est une femme (et plus encore)

«Wonder Woman» injecte humour, énergie et élégance, avec à la clé quelques bonnes bagarres aux discrètes effusions de sang.
Photo: Warner Bros. «Wonder Woman» injecte humour, énergie et élégance, avec à la clé quelques bonnes bagarres aux discrètes effusions de sang.

Nous avons laissé nos préjugés au vestiaire concernant le Batman tel que vu par Tim Burton, et plus tard par Christopher Nolan. Il faut maintenant en faire autant avec Wonder Woman, et oublier (un peu, si possible) la vision kitsch de cette super-héroïne défendue au petit écran par Lynda Carter dans les années 1970.
 

Navet ou chef-d'œuvre? Voici l'opinion de notre critique cinéma, Manon Dumais :

 


Wonder Woman, cette guerrière de bande dessinée imaginée par William Moulton Marston et faisant partie de l’univers DC Comics, a repris du service au cinéma dans Batman v Superman : Dawn of Justice, mais la voilà, impériale, dans une grande aventure robuste, ambitieuse, soignée et même amusante signée Patty Jenkins (Monster). La cinéaste qui a permis à Charlize Theron de décrocher son Oscar avait la lourde commande d’exorciser la malédiction autour des super-héroïnes telles Catwoman et Elektra, incapables de terrasser leur pire ennemi : le box-office.

Le vent pourrait tourner grâce à cette genèse qui combine la fantasmagorie des Amazones, le délire des effets spéciaux, l’ampleur du drame de guerre, et une bonne dose de féminisme qui s’articule parfois à la force des poings. Car Wonder Woman (Gal Gadot, séduisante et athlétique) ne surgit pas de nulle part, et sa mise au monde, patiemment décrite par le scénariste Allen Heinberg (The Catch, Grey’s Anatomy), s’ancre d’abord avec ses semblables sur l’île de Themyscira.

 

La quiétude des lieux est bousculée suite à l’arrivée spectaculaire, du haut des airs, d’un agent secret à la solde des Britanniques, Steve Trevor (Chris Pine, l’objet de beauté entre deux bagarres, c’est souvent lui). La Première Guerre mondiale fait rage, mais ces guerrières n’en savaient rien. Il n’en faudra pas plus à la jeune princesse pour tout laisser derrière elle et débarquer aux côtés de Trevor dans un monde menacé par des savants fous de l’armée allemande (on ne change pas une recette gagnante), et peut-être aussi des traîtres issus du camp allié, sans compter les derniers survivants de l’Olympe…

En décidant de faire de cette héroïne une femme du XXe siècle, ou plutôt parachutée dans celui-ci, Patty Jenkins s’offre le luxe d’une gamme d’univers variés servant admirablement ses ambitions. Qu’elle soit sur son île de carte postale à s’entraîner avec la fougue d’une championne olympique (avec Robin Wright comme mentor), au milieu d’un no man’s land en Belgique assiégée, ou dans les rues de Londres à critiquer la mode vestimentaire étouffante et corsetée, Wonder Woman injecte humour, énergie et élégance, avec à la clé quelques bonnes bagarres aux discrètes effusions de sang.

La finale de ce film semble toutefois prophétique des prochaines aventures de Wonder Woman : bourrées d’artifices numériques au point d’anéantir toute véritable ambition esthétique et narrative. Ce premier grand chapitre autour de cette femme qui ne s’en laisse pas imposer regorge pourtant de promesses éblouissantes, capable de concilier les impératifs du blockbuster tout en dosant la somme des péripéties dans une escalade où les clins d’oeil à l’Histoire, les blagues salaces, les propos féministes et une direction artistique impeccable n’ont rien d’incongru.

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Wonder Woman

★★★ 1/2

Drame fantastique de Patty Jenkins. Avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen. États-Unis, 2017, 141 min.