«The Lovers»: quand Mary retrouve Michael

Melora Walters et Tracy Letts dans «The Lovers»
Photo: Métropole films Melora Walters et Tracy Letts dans «The Lovers»

Les conjoints d’autrefois peuvent-ils devenir les amants d’aujourd’hui ? Ingmar Bergman a déjà répondu par l’affirmative dans Scènes de la vie conjugale, concluant sa radiographie implacable par le retour à l’intimité d’un couple de divorcés dont la violence de la séparation resta longtemps gravée dans les mémoires.

Dans The Lovers d’Azazel Jacobs (Momma’s Man, Terri), pas un seul cri, pas une seule assiette fracassée ne ponctuent le quotidien de Mary (Debra Winger) et Michael (Tracy Letts), aussi ennuyeux que leur banlieue californienne sans éclat, et leur milieu de travail où domine le beige. Pour tromper l’ennui, Mary fréquente un jeune romancier tourmenté (Aidan Gillen) tandis que Michael s’est entiché d’une professeure de ballet (Melora Walters) toujours au bord de la crise de nerfs. Sans une once d’imagination, ils justifient leurs retards et leurs absences en évoquant un surcroît de travail ou une séance d’entraînement sportif, des mensonges qu’ils ne semblent pas croire eux-mêmes.

Peu de temps avant la visite de leur fils avec sa nouvelle copine — lui qui rêve du jour où ses parents vont enfin se séparer —, dans un moment d’insouciance, voilà que la passion se réveille, si forte qu’ils en viennent à tromper allègrement… leurs amants respectifs, une ferveur sexuelle qui n’échappe à personne. La rencontre familiale, prévue comme la dernière de ce genre, va se transformer en séance de déballage de vérités, un exercice cruel et douloureux pour Mary et Michael.

Savant dosage

Même si The Lovers ne possède pas le charme et l’élégance de When Harry Met Sally, on y retrouve une même délicieuse proposition narrative qui se décline avec un savant dosage d’humour et de mélancolie, ne cédant jamais, ou si peu, à la mécanique bruyante du marivaudage. Tout comme il l’avait fait dans Terri, un film malheureusement passé sous le radar qui donnait de l’intimidation à l’école un nouveau visage, Azazel Jacobs décrit un quotidien conjugal que l’on voit trop peu au cinéma, donnant à ses personnages une vérité à laquelle on adhère de manière inconditionnelle ; ce couple n’est banal qu’en apparence.

Cette singularité revient en partie à son choix, lumineux, d’unir deux acteurs atypiques que personne n’attendait : Tracy Letts, dramaturge auréolé (August : Osage County) aimant jouer la comédie, et Debra Winger, star d’une autre époque (Terms of Endearment, An Officer and A Gentleman). Leur alliance, dominée sans effort par une actrice fabuleuse longtemps confinée à la marge, donne tout son éclat à cette comédie douce-amère sur les périls de la routine conjugale et les dangers de la passion aveugle.

Plus audacieux encore, le cinéaste établit une démonstration qui déplaira furieusement aux esprits naïfs, et romantiques : le mensonge cimente plusieurs unions, offrant un piment sans égal à la vie sexuelle. Et que deux amants, beaucoup plus jeunes que ces cinquantenaires encore fringants, fassent les frais de leur « renouveau conjugal », voilà qui ne manque pas d’ironie.

The Lovers

★★★ 1/2

Comédie d’Azazel Jacobs. Avec Debra Winger, Tracy Letts, Aidan Gillen, Melora Walters. États-Unis, 2017, 94 min.