Festival de Cannes: de David Lynch aux burkinis

David Lynch est idolâtré à Cannes et la Croisette ne l’avait pas revu depuis 15 ans. Sur le tapis rouge avec l’acteur Kyle MacLachlan.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse David Lynch est idolâtré à Cannes et la Croisette ne l’avait pas revu depuis 15 ans. Sur le tapis rouge avec l’acteur Kyle MacLachlan.

Nul n’avait protesté contre sa présence avec une série, alors que celle des films Netflix fit hurler. L’Américain David Lynch est idolâtré ici et la Croisette ne l’avait pas revu depuis 15 ans. « Quel temps fait-il à Cannes ? Pas un brin de brouillard ni de mystère à l’horizon ? Dans ce cas, nous vous en apportons un peu », prévint-il dans une pirouette sur le site du Festival.

Cannes fait tout un ramdam avec les deux premiers épisodes de son nouveau Twin Peaks, déjà présentés à la télévision dimanche sur Showtime à travers l’Amérique du Nord. Pur prétexte pour célébrer le cinéaste de l’étrangeté, à qui le 70e anniversaire rend un vibrant hommage, palmé d’or avec Sailor et Lula, Grand Prix pour son génial Mulholland Drive. Récupéré par la télé, comme tant d’autres, mais à sa manière, qui n’est celle de personne.

À une terrasse de la Croisette, on l’a aperçu dans je ne sais quelle conversation d’ordre métaphysique, ou peut-être futile comme tout. Mais était-ce son clone ? Comment savoir ?

Lynch avait ébranlé le monde télévisuel avec cette série culte. Les nouveaux épisodes se déroulent 26 ans plus tard avec retour de l’agent Dave Cooper à 56 ans (Kyle McLachlan) et même de Laura Palmer (Sheryl Lee), pas si morte que ça dans ses cercles métaphysiques. « Je suis morte, pourtant je vis », dira-t-elle. C’est par Lynch, on avait compris un quart de siècle plus tôtd’insolite manière, que les séries télé se préparaient à succéder au cinéma dans le coeur du public. Cannes célèbre en lui un éclaireur. Pas un fossoyeur. Sur quelque support qu’il tourne, ses fans s’y ruent, pour son regard à lui.

La Russie éternelle avec un coup dans le nez

Sinon, on s’enfile des films en constatant : tiens donc ! La forte empreinte nationale est partout cette année. Il y a deux ans, la mode était aux coproductions internationales, avec acteurs venus de partout en des territoires mal identifiés, par des cinéastes qui troquaient leur langue pour l’anglais. La mondialisation en folie.

En nos temps de repli identitaire : grand revirement. Les Américains redeviennent purs yankees, les Français, hexagonaux à l’os, les Russes et Ukrainiens, Slaves au cube. Et tout à l’avenant. Le besoin d’autoprotection des peuples se dévoile à la couleur locale de leurs films. Le festival le plus cinéphile et le plus frivole du monde demeure un radar. C’est déjà beaucoup.

L’Ukrainien Sergei Loznitsa, de retour en compétition, peint à gros traits la Russie éternelle, baroque et malheureuse. Pas de quartier pour le pays de Lénine dans Une femme douce, adapté d’une nouvelle de Dostoïevski.

Une jeune femme digne et sans malice veut visiter son mari en prison pour un crime dont il est innocent, en lui apportant quelques vivres. Au milieu de cette galerie de personnages dépravés et grotesques qui hantent la petite ville carcérale, elle ne peut qu’être avalée toute crue.

Le film est kafkaïen par ses dédales administratifs qui égarent la malheureuse à chaque tentative de voir la lumière au bout du tunnel. Il est dostoïevskien par sa source, proche de L’idiot, avec figure expiatoire des crimes de tous. Folklorique aussi et trop abondant comme dans un cirque de clowns avinés. Des plans-séquences parfois admirables captent la nef des fous : des êtres saouls, affreux, avides, mauvais, dans une chaude lumière. C’est un viol terrible, mais lourd, où l’humanité d’un être au visage impassible culmine sur un cri atroce. Le film est politique. Quoi d’autre ? Mais si long (143 minutes) et si indigeste. Pitié !

Pas de burkini sur la Croisette

Never a dull moment ! Le millionnaire algérien Rachid Nekkaz avait invité les femmes à manifester sur la plage de Cannes en burkini entre 14 h et 16 h vendredi, histoire de contrer l’opprobre qui frappa ce vêtement islamique après les attentats de Nice. Mal lui en prit. Eh oui ! L’opération tombe à l’eau, car la préfecture des Alpes-Maritimes a interdit les manifestations durant le festival. L’excentrique personnage a expliqué au magazine 20 minutes que si la marche était annulée, la baignade se fera dans le maillot en question, sur une plage encore indéterminée. Kafkaïen, ça aussi…

Odile Tremblay est à Cannes à l’invitation du Festival.