Festival de Cannes: quand l’ancien joli coeur Robert Pattinson se fait mauvais garçon

Josh Safdie et Benny Safdie encadrent l’acteur Robert Pattinson. Le film «Good Time» a réveillé la Croisette jeudi.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse Josh Safdie et Benny Safdie encadrent l’acteur Robert Pattinson. Le film «Good Time» a réveillé la Croisette jeudi.

Étonnant à quel point le Festival doit désormais courtiser les indépendants pour s’assurer une présence américaine en compétition, tant les grands studios boudent ces Frenchies et leurs critiques aux dents pointues. Good Time, produit en partie par Ronnie Bronstein, a monté les frères Safdie en haut de l’échelle. En amont, ils n’en étaient pas revenus de gravir cet Everest.

Ce sont deux gars de New York, une fratrie de cinéastes comme le septième art en enfante plusieurs : Josh et Ben Safdie, au style « petit budget, beaucoup d’adrénaline ». Ils aiment les destins de la marge, l’esprit malin de la Grosse Pomme des bas quartiers.


Ils mettent en scène ici un braqueur de banque simple d’esprit (Benny Safdie lui-même) que son frère (Robert Pattinson) manipule et aime à sa manière. Le tout, sur trépidantes péripéties de prison et de cavales après braquage qui tourne au désastre. Jennifer Jason Leigh joue la blonde hystérique, sur la note aiguë.

Un bon film de genre, haletant et drôle, tourné en 35 mm et en Scope, avec des jeux d’éclairage intéressants. La musique est formidable, comme les bruitages. La trame donne son pouls à Good Time. « Dans tous nos films, la musique et les images réunies deviennent une nouvelle entité », explique Benny Safdie.

Oeuvre quand même mineure pour faire partie de la course. Cette compétition se révèle bien étrange, de toute façon…

Photo: Valéry Hache Agence France-Presse Les réalisateurs Josh et Ben Safdie sont deux gars de New York, une fratrie de cinéastes comme le septième art en enfante plusieurs.

Comme Sofia Coppola, ces frères-là sont pourtant un peu nés sur la Croisette, à La Quinzaine des réalisateurs plus précisément. The Pleasure of Being Robbed, par Josh en 2000, l’année suivante de retour en tandem avec Lenny and the Kids. Heavens Knows What sur une itinérante en sevrage, bien reçu à la Mostra de Venise. Un lustre à leur réputation.

« Nous cherchons à faire des films qui touchent profondément le public », déclare Josh Safdie, sans la prétention d’explorer tous les labyrinthes de la psyché.

Twilightien un jour…

Robert Pattinson, de la galaxie des Twilight, demeure le héros d’un monde parallèle pour préados. Il y brille plus fort que les meilleurs acteurs de cinéma du monde, qui montent les marches ici. Ça le tanne souvent.

Mais à Cannes, les univers se télescopent et tant mieux pour lui. En 2012, David Cronenberg lui offrait la vedette de son désastreux Cosmopolis, où le pauvre exilé s’enfonçait dans sa limousine. Le cinéaste torontois remettait le couvert en 2014 en lui offrant un rôle plus mineur dans l’étincelant Maps to the Stars, en 2014. Deux films en lice pour la Palme d’or.

Il n’a pas le talent de son ex-comparse vampirique Kristen Stewart, que tout le monde s’arrache, venue cette année enflammer la Croisette avec son crâne quasi rasé et son premier court métrage, Come Swim. N’empêche… Pattinson prend du coffre.

Toujours citoyen d’un monde parallèle, jeudi il nous avouait avoir accepté de jouer pour les frères Safdie après avoir vu la bande-annonce et l’affiche de Heavens Knows What. Impression fugitive… « Je me suis dit : “ J’ai envie de travailler avec eux, et pourquoi pas ? ”» Il trouva ensuite leur écriture de scénario très musicale.

Photo: Laurent Emmanuel Agence France-Presse Dans «Good Time», la jeune Taliah Webster incarne l'otage consentante du braqueur

Des voix hystériques crient dans son sillage. Il s’est fait huer ici par ses fans à la séance photo, faute de vouloir se laisser approcher. Ça lui colle à la peau : twilightien un jour, twiligthien toujours. Et d’avouer que sa terreur sur le plateau des frères Safdie, qui captaient la rue, était de tomber sur des paparazzis ou des fans : « Je ne voulais pas d’attroupement, cherchant à me fondre dans la foule. À un moment donné, j’avais la peau du visage marquée avec plein de cicatrices. Personne ne me remarquait dans la rue, ou chacun faisait comme si. »

Son personnage amoral symbolise à ses yeux l’énergie de beaucoup de monde. « Je n’ai pas grandi à New York. Mais on ne peut pas bluffer. On capte les ondes. » L’acteur londonien a pris l’accent du petit casseur américain qu’il incarne.

Les cinéastes ont passé du temps en prison, fréquenté des centres psychiatriques, tourné dans les rues. Les Safdie choisissent de travailler souvent avec des acteurs ou des non-acteurs proches de leurs rôles. Ainsi Buddy Duress en petit malfrat au visage tabassé. « Je suis un ancien délinquant, confessa-t-il. J’ai essayé de retrouver cet état d’esprit pour la bonne cause. Il y a quatre ans, j’étais mal parti… et me voici à Cannes. » Il se pince pour y croire.
 

De même la jeune Taliah Webster, en otage consentante du braqueur, qui habite également chez sa grand-mère : « Ce n’était pas difficile à jouer. Ma vie ressemble à celle du personnage. J’étais moi-même. » Fan de Pattinson par-dessus le marché, la petite Afro-Américaine devait l’embrasser. De quoi léviter.

Odile Tremblay est à Cannes à l’invitation du Festival.

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