«Alien: Covenant»: copier-coller scénaristique

L’«hubris» de l’androïde David, insidieuse, est merveilleusement modulée par Michael Fassbender.
Photo: 20th Century Fox L’«hubris» de l’androïde David, insidieuse, est merveilleusement modulée par Michael Fassbender.

Réveillés de leur hypersommeil avant d’être arrivés à destination, les membres de l’équipage d’un vaisseau spatial reçoivent un signal mystérieux en provenance d’une planète inconnue. Partis l’inspecter, ils sont décimés par une forme de vie hostile. Tel était, grosso modo, le résumé d’Alien, chef-d’oeuvre de Ridley Scott sorti en 1979. Et tel est aussi, peu ou prou, celui du récent Alien : Covenant, sixième opus de la série réalisé, lui aussi, par Ridley Scott.

Si l’on écrit qu’il s’agit du sixième opus, c’est évidemment parce qu’on ne compte pas les deux abominables Alien contre Prédateur, qui ne sont pas reliés au canon officiel. Plus précisément, Alien : Covenant est la suite de Prometheus, un antépisode, réalisé là encore par Ridley Scott, qui remonte aux origines de la mythologie d’Alien et tente d’expliquer la provenance des fameuses créatures à tête phallique et au sang acide.
 

 

Promettant une saga spatiale ambitieuse aux accents métaphysiques, Prometheus en déçut plusieurs avec ses scènes d’action souvent plaquées, voire ridicules à la toute fin, comme si Scott craignait d’ennuyer le public. Personnage le plus intéressant du lot, David, l’androïde joué par Michael Fassbender, s’y adonnait à de dangereuses expérimentations avec un sérum noir glané dans l’épave d’un vaisseau abandonné par les « bâtisseurs », peuple ancien ayant créé, entre autres espèces, la race humaine.

Or, plutôt que de déboucher sur une réflexion sur les implications et les conséquences de telles manoeuvres, les agissements de David ne servaient qu’à justifier le genre de séquences d’action bancales déjà évoquées. Avec un titre comme Prometheus, ou Prométhée, du nom du Titan grec ayant sculpté l’humanité dans la boue, on mettait pourtant la table pour davantage de substance.

Recyclage narratif

À cet égard, Alien : Convenant fait amende honorable en ramenant David, exilé sur la planète inconnue où s’aventure le nouvel équipage, au coeur de l’intrigue. Véritable apprenti sorcier, David a continué de faire joujou avec la matière noire. Les hybrides qui en ont résulté ressemblent de plus en plus à ce qui deviendra le xénomorphe que l’on connaît tous — rappel chronologique : les événements qui surviennent dans Alien : Covenant se déroule dix ans après ceux de Prometheus, et dix-huit avant ceux d’Alien.

On l’a suggéré d’office, l’intrigue d’Alien : Covenant ressemble beaucoup trop à celle d’Alien. Pis, elle recycle des éléments de la suite immédiate, Aliens, de James Cameron, avec un déploiement plus militaire et une emphase sur les fusils dès lors que l’environnement se révèle hostile.

Remarquez, après six films, la redite ne devient-elle pas inévitable ?

Fassbender au carré

Peut-être pour pimenter la sauce, le scénario coécrit par John Logan (Gladiateur, 007 Skyfall) a la bonne idée d’inclure un second androïde, Walter, une version 2.0 de David, également interprété par Michael Fassbender, brillant au carré. Lors de deux scènes clés, David et Walter échangent sur leurs origines, celles des humains, et David remarque qu’eux deux connaissent tout des « secrets de leurs origines », contrairement aux humains, et que contrairement à ces derniers encore, eux sont éternels.

L’hubris de David, insidieuse, est merveilleusement modulée par l’acteur.

En ces deux occasions, on ne manque pas de penser à Blade Runner, autre chef-d’oeuvre de Ridley Scott. Batty (Rutger Hauer), un réplicant créé par la science pour servir, s’y révolte et s’interroge sur la notion d’humanité, à l’instar de David.

C’est selon

Rapiécé, donc, mais en toute justice fonctionnel pour ce qu’il est, le scénario d’Alien : Covenant est rehaussé, hormis par la double composition de Fassbender, par le sens esthétique toujours aiguisé de Ridley Scott. Son film, à défaut de renouveler un genre auquel il a donné quelques fleurons, est magnifique d’un point de vue strictement visuel, conjuguant élégance spatiale dans le vaisseau et ses environs, et âpreté moyenâgeuse dans la forteresse où s’est retranché David.

Les inconditionnels de la série sensibles aux compositions du cinéaste voudront voir le film au cinéma. Les autres seront en revanche mieux avisés d’attendre de le voir chez eux.

Alien : Covenant (V.O. et V.F.)

★★ 1/2

Science-fiction de Ridley Scott. Avec Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride, Carmen Ejogo, Demián Bichir. États-Unis, 123 minutes.