Netflix bouscule les règles du Festival de Cannes

Les organisateurs du Festival de Cannes ont indiqué mercredi n’avoir réussi à «trouver aucun accord» avec Netflix sur une sortie en salles de ses deux films en compétition pour la Palme d’or.
Photo: John MacDougall Archives Agence France-Presse Les organisateurs du Festival de Cannes ont indiqué mercredi n’avoir réussi à «trouver aucun accord» avec Netflix sur une sortie en salles de ses deux films en compétition pour la Palme d’or.

Coup de théâtre avant le coup d’envoi : la plateforme américaine Netflix a bousculé le Festival de Cannes à une semaine de sa 70e édition, l’obligeant à modifier son règlement alors que le tapis rouge est prêt à être déroulé pour la crème du septième art et ses vedettes, de Michael Haneke à Nicole Kidman.

Les organisateurs du Festival ont indiqué mercredi n’avoir réussi à « trouver aucun accord » avec le géant américain de la diffusion vidéo en continu sur une sortie en salles de ses deux films en compétition pour la Palme d’or, The Meyerovitz Stories de Noah Baumbach, avec Adam Sandler et Dustin Hoffman, et Okja de Bong Joon-Ho, avec Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal.

Le Festival a « demandé en vain à Netflix d’accepter » que ces deux films, distribués en France par la plateforme aux 100 millions d’abonnés, ne soient « pas uniquement » disponibles pour ses abonnés, a-t-il dit. En l’absence d’accord, il a annoncé une modification de son règlement pour 2018, imposant désormais une sortie dans les salles françaises pour « tout film qui souhaitera concourir en compétition ».

En France, la réglementation empêche une plateforme comme Netflix de sortir un film en salles en même temps que sa diffusion en ligne, un délai de trois ans devant être respecté entre les deux. Les exploitants de salles s’étaient du coup émus à la suite de l’annonce de la sélection de ces deux films, craignant qu’ils ne sortent jamais en salles dans l’Hexagone.

Malgré l’absence d’accord, les deux films seront cependant maintenus en compétition, a précisé le Festival.

Vedettes en séries

Cela ne devrait pas empêcher Cannes de célébrer dignement ses 70 ans. « On veut que tous nos amis soient là et venus de partout : des Palmes d’or, des présidents de jurys, mais pas seulement — les artistes vivants qui ont fait le Festival de Cannes », souhaite son délégué général Thierry Frémaux, qui promet une « belle montée de marches ».

David Lynch et Jane Campion y seront, mais, surprise, c’est aussi par le biais d’une série qu’ils feront leur grand retour à Cannes. Preuve que le festival évolue en s’ouvrant à de nouveaux formats comme pour la réalité virtuelle, avec le court métrage Carne y Arena du Mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu.

Lynch présentera les deux premiers épisodes de la troisième saison de Twin Peaks, sa série culte créée il y 27 ans, dont la distribution s’est étoffée aux côtés de Kyle MacLachlan, avec Naomi Watts, Laura Dern, Tim Roth ou encore Monica Bellucci. Caution glamour du Festival, l’Italienne sera d’ailleurs la maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture.

Campion proposera elle l’intégralité de la saison 2 de Top of the Lake. Elizabeth Moss y reprendra son rôle d’enquêtrice face à Nicole Kidman, qui sera la vedette incontournable de cette 70e édition.

L’Australienne défendra également trois films, Les Proies de Sofia Coppola et The Killing of a Sacred Deer du Grec Yorgos Lanthimos, en lice pour la Palme d’Or, et How to Talk to Girls at Parties de l’Américain John Cameron Mitchell (hors compétition).

Un triplé pour Haneke ?

Qui parviendra à séduire Pedro Almodovar et son jury, Will Smith, Jessica Chastain, Agnès Jaoui, Fan Bingbing, Maren Ade, Park Chan-Wook, Paolo Sorrentino, Gabriel Yared ?

Deux fois palmé avec Le ruban blanc et Amour, l’Autrichien Michael Haneke pourrait entrer au Panthéon cannois avec Happy End, qui évoque la crise des migrants.

Côté réalisateurs français, on retrouvera François Ozon (L’amant double), Jacques Doillon (Rodin, avec Vincent Lindon), Robin Campillo (120 battements par minute) et Michel Hazanavicius, dont Le Redoutable évoque le Jean-Luc Godard de mai 1968.

En pleine vague de contestations en France, Godard, François Truffaut, Claude Berri, Claude Lelouch veulent alors l’arrêt du Festival. Roman Polanski s’y oppose.

Polanski sera d’ailleurs à Cannes cette année pour présenter D’après une histoire vraie, avec Emmanuelle Seigner et Eva Green. Le Franco-Polonais s’était retrouvé en janvier au centre d’une polémique liée à une affaire de viol de mineure il y a 40 ans aux États-Unis. Il avait dû renoncer à présider la cérémonie des Césars, les récompenses du cinéma français.

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