«C’est le coeur qui meurt en dernier»: tout sur sa mère (ou presque)

Denise Filiatrault est l’âme de ce film.
Photo: Films Séville Denise Filiatrault est l’âme de ce film.

C’est le coeur qui meurt en dernier, d’Alexis Durand-Brault (Ma fille, mon ange, La petite reine), se présente comme une histoire de famille, et pas seulement par les thèmes (délicats) que le film aborde ; un véritable clan se cache derrière, lié à un même projet (dont la série télévisée Au secours de Béatrice) ou à une même fratrie. Au-dessus de la mêlée, Denise Filiatrault s’impose sans effort, telle une matriarche, qu’il fait bon revoir sur grand écran.

Cette convergence de talents est aussi au service d’un auteur prolifique, Robert Lalonde, dont les romans n’avaient jamais, avant aujourd’hui, traversé le miroir du 7e art. L’acteur Gabriel Sabourin, qui en est à sa troisième incursion comme scénariste (après Miraculum et Amsterdam), se glisse dans la peau de l’auteur, amalgamant ses mots et ceux du romancier pour ce vagabondage mélancolique entre passé et présent, entre les traumatismes de l’enfance et les angoisses de l’âge adulte. Les tourments vécus par Julien Lapierre (Sabourin) le paralysent, mais c’était avant d’écrire un premier livre sur sa relation à la fois tendre et orageuse avec sa mère (Sophie Lorain dans la belle fleur de l’âge et Filiatrault au soir de sa vie), et incestueuse avec son père…

Après un long silence, les retrouvailles du fils perdu et de la vieille dame à la mémoire chancelante se déroulent sur fond de malaise : l’ouvrage de Julien est publié, et bientôt primé, soulignant avec roulement de tambours la fin d’un secret bien enfoui. Mais celle qui n’avait jamais voulu évoquer ouvertement ce triste épisode, et qui avoue sans trop de honte ne pas savoir lire, fait la sourde oreille aux souffrances de son garçon… tout en l’implorant de l’aider à mettre fin à ses jours.

Une lumière crépusculaire et hivernale baigne constamment cet univers où l’enfance semble se résumer à un appartement sans charme, uniquement enjolivé par la bonne humeur (vite évanouie) d’une épouse pour qui le mariage ressemble à une prison. Ses derniers jours, elle les vivra dans une résidence pour personnes âgées, autre lieu de liberté très surveillée, théâtre de ses dernières extravagances, de ses sursauts d’impatience et de ses absences de plus en plus prolongées.

Ce dénuement laisse ainsi tout l’espace à des acteurs sensibles et dévoués, jamais enjolivés par les artéfacts du portrait d’époque, et encore moins par les environnements d’aujourd’hui — comme s’ils étaient tous un peu contaminés par la neurasthénie du personnage défendu par Gabriel Sabourin, incarné avec sobriété. C’était sans doute la carte la plus payante à jouer devant Denise Filiatrault, capable de discrétion (Le soleil se lève en retard, Les Plouffe), mais le plus souvent débordante d’une énergie parfaitement contenue pour ce rôle exigeant, et nullement manichéen.

Qu’elle se dandine sur du Harry Belafonte, qu’elle invective sans ménagement sa progéniture ou qu’elle s’élance sur un cours d’eau gelé pour rattraper une jeunesse à jamais disparue, cette figure féminine bouleversante constitue l’âme de C’est le coeur qui meurt en dernier.

C’est le coeur qui meurt en dernier

★★★★

Canada, 2017, 103 minutes. Drame d’Alexis Durand-Brault. Avec Gabriel Sabourin, Denise Filiatrault, Sophie Lorain, Paul Doucet.