«Demain tout commence»: mais pleurez donc!

Gloria Colston et Omar Sy dans «Demain tout commence»
Photo: Films Séville Gloria Colston et Omar Sy dans «Demain tout commence»

Le film Demain tout commence est le genre de production qu’on ne demande pas mieux que d’aimer. Il y a l’irrésistible Omar Sy (Intouchables), le fabuleux Antoine Bertrand (Louis Cyr), ainsi que la petite Gloria Colston, une gamine craquante à souhait. Une histoire d’adulescent forcé de prendre ses responsabilités lorsqu’il se retrouve avec un poupon sur les bras, une facture pimpante et colorée : cela s’annonce touchant et drôle. La bonne nouvelle ? Omar Sy est bel et bien irrésistible, Antoine Bertrand est effectivement fabuleux, et Gloria Colston est, oui, craquante comme tout. La mauvaise ? Par où commencer…

Demain tout commence conte l’éveil à l’âge adulte tardif de Samuel (Sy), un bellâtre de plage et de mer qui se la coule douce avec les jolies touristes. Mais voilà que l’une d’elles, Kristin (Clémence Poésy dans un rôle impossible), rapplique un jour avec un bébé dans les bras : Gloria, la fille de Samuel. À lui de s’en occuper désormais (pour des raisons narratives laissées paresseusement floues).

Après avoir retracé Kristin à Londres grâce à Facebook, Samuel perd sa trace. Qu’à cela ne tienne, il s’installe là-bas (!). Avec l’aide d’un riche producteur (Bertrand) rencontré dans le métro (!!), il devient un cascadeur à succès (!!!).

Dans leur immense appartement aux allures de salle de jeu, Gloria (Gloria Colston) grandit. À huit ans, elle croit toujours aux histoires de maman agente secrète que lui raconte son père, son héros.

Évidemment, Kristin finit par revenir, et ce qui a commencé comme Trois hommes et un couffin, avec papa immature qui cherche ses repères, se transporte en cour pour une resucée de Kramer contre Kramer. Reposant sur un diagnostic médical crève-coeur dont on taira la teneur, la troisième partie voit le film se transformer de nouveau, cette fois en mélo.

Bertrand savoureux

Le problème n’est pas le mélange des genres, mais l’absence totale de rigueur du scénario, qui, sous prétexte d’arracher un sourire ou une larme, fait fi de la vraisemblance — voire de la logique — la plus élémentaire. C’est, à défaut d’une meilleure formule, du grand n’importe quoi.

Au mitan environ, il devient manifeste que Hugo Gélin, réalisateur et coscénariste, est prêt à tout pour émouvoir. Tant son approche dramaturgique que technique apparaissent agressives : allez, pleurez ! mais pleurez donc !

Or, si l’oeil se mouille parfois, car cela survient, c’est uniquement grâce à la conviction que mettent les acteurs, qui méritaient meilleur scénario. Antoine Bertrand, un producteur gai qui voit des bisexuels en puissance chez tous les hommes qu’il croise, s’avère tout particulièrement savoureux. Touchant aussi, ce moment, très juste, où il rappelle au personnage d’Omar Sy qu’en l’absence de Kristin, c’est lui qui a été la « maman » de Gloria, toutes ces années.

On se surprend à rêver de ce que ces deux-là auraient pu faire avec un scénario qui se tient.

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Demain tout commence

★★

Drame de Hugo Gélin. Avec Omar Sy, Gloria Colston, Antoine Bertrand, Clémence Poésy. France, Grande-Bretagne, 2016, 118 minutes.