Sidse Babett Knudsen dans «La fille de Brest»

La vedette de la série «Borgen», Sidse Babett Knudsen, incarne une pneumologue qui s’est battue pour faire interdire un antidiabétique ayant causé la mort de plusieurs patients.
Photo: AZ Films La vedette de la série «Borgen», Sidse Babett Knudsen, incarne une pneumologue qui s’est battue pour faire interdire un antidiabétique ayant causé la mort de plusieurs patients.

Sidse Babett Knudsen est cette actrice de Copenhague qui a fait craquer la planète avec son rôle de femme politique dans la série Borgen. La Danoise s’était démarquée aussi à travers le film After the Wedding de sa compatriote Susanne Bier.

On la rencontre à Paris, pour son rôle de chercheuse dans La fille de Brest d’Emmanuelle Bercot. En 2015, le cinéaste Christian Vincent l’avait mise en scène aux côtés de Fabrice Luchini dans L’hermine, rôle qui lui avait valu un César.

Tous s’arrachent cette actrice polyglotte, douée et séduisante. Elle a joué à Hollywood en 2016 dans Inferno de Ron Howard, avec Tom Hanks, d’après un roman de Dan Brown, et participe là-bas à la série Westworld.

« Disons que Borgen a été une belle fenêtre, dit-elle en souriant. J’avais envie de jouer en anglais, une langue le fun pour lancer “Oh, my God !”. Hollywood fait plus cour de récréation qu’ailleurs ! »

La France, elle connaît mieux. C’est vrai que Sidse Babett Knudsen maîtrise la langue, apprécie son cinéma aussi. « Le septième art y possède une classe, des racines solides. Tu sens que tu fais quelque chose d’important. Aux États-Unis, les acteurs sont préparés. En Europe, on pose des questions. »

À 15 ans, elle était venue à Paris comme fille au pair et pour découvrir la culture française. « On avait vu le film Diva de Beineix. Paris, c’est une bonne place pour faire des folies quand tu es jeune et pauvre. Maintenant que je suis acceptée en France, j’aimerais faire toutes sortes de choses ; un film en noir et blanc avec Olivier Assayas, peut-être… »

Mais laisser le Danemark pour autant ? Elle hésite. « Au milieu des années 1990, j’ai fait là-bas des films qui réinventaient quelque chose, à travers le mouvement Dogma. Ça vous donne du muscle. »

La voici donc vedette du film d’Emmanuelle Bercot (cinéaste de La tête haute) dans cette Fille de Brest, où elle incarne une personne toujours vivante : la pneumologue Irène Frachon, du Centre hospitalier universitaire de Brest. Cette femme s’est battue entre 2007 et 2013 pour faire interdire le médicament Mediator, un antidiabétique qui causait la mort de plusieurs patients, et avait fini par obtenir gain de cause contre les laboratoires Servier et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé française.

« C’est une responsabilité d’incarner une vraie personne, déclare Sidse Babett Knudsen. Son histoire est universelle et rappelle le combat de David contre Goliath. À la première de La fille de Brest, moi et Irène Frachon, on pleurait ensemble. »

L’épreuve du réel

Emmanuelle Bercot est également une actrice, qui fut primée à Cannes en 2015 pour son rôle dans Mon roi de Maïwenn. « Ça reste un rêve, dit-elle. Après, j’ai été vite happée par La fille de Brest, un projet qu’on m’avait proposé six ans auparavant. J’avais lu le livre d’Irène Frachon sur ce scandale, trouvant l’affaire choquante et passionnante, mais très technique et difficile à adapter au cinéma. La rencontre avec Irène Frachon fut le déclic : elle était drôle et se mettait les pieds dans les plats. Ça m’a plu qu’elle possède ce relief. On a envie d’aller voir du côté des personnages excessifs. Irène Frachon est une Erin Brockovich, seule contre tous, une personne ordinaire dans une situation extraordinaire, mère de quatre enfants qui s’est transformée en machine de guerre, en lanceuse d’alerte, par conviction, sans plan de carrière à accrocher à ce train-là. »

Elle a changé son nom dans le film, pris des libertés par rapport au personnage, avec une ligne d’ambiguïté sentimentale, mais l’ensemble demeure véridique. « Je suis une fille de médecin, précise Emmanuelle Bercot. Mon père, chirurgien cardiaque, était très préoccupé par l’industrie pharmaceutique. Les conflits d’intérêts, ça me parle beaucoup. Mais ne trouvant pas d’actrice pour tenir le rôle, j’allais abandonner. »

Catherine Deneuve, qu’elle avait dirigée dans La tête haute, a bondi à sa rescousse, comme Zorro. « Elle m’a parlé de cette actrice danoise vue dans Borgen… Sidse possédait cette énergie vitale, colossale, et un côté clownesque. Exactement ce que je cherchais. »

Emmanuelle Bercot exprime un regret. Elle espérait que La fille de Brest raviverait l’intérêt du public pour les abus des sociétés pharmaceutiques et leur collusion avec des médecins. Surtout qu’il y eut, depuis l’affaire Frachon, d’autres scandales sanitaires. « Mon film donne un corps et un visage aux victimes si peu écoutées, conclut la cinéaste, mais il aurait fallu que La fille de Brest fasse quatre millions d’entrées pour réveiller la police, l’hôpital, la justice… »


Notre journaliste était l’invitée des Rendez-vous d’Unifrance.