Félix Lamarche, l’oeil derrière la caméra

«Les terres lointaines», qui sort en salle ce vendredi, a été tourné sur un cargo au long cours, ayant à bord un équipage de marins philippins et hollandais.
Photo: Les films du 3 mars «Les terres lointaines», qui sort en salle ce vendredi, a été tourné sur un cargo au long cours, ayant à bord un équipage de marins philippins et hollandais.

Il a l’oeil, le jeune Félix Lamarche. Devant sa caméra, les clés anglaises dansent des ballets, les îles lointaines tanguent et le soleil lance des cuillerées de miel blond dans les hublots. Pourtant, les marins, qui évoluent dans tant de beauté, s’ennuient.

Félix Lamarche signe son premier long métrage documentaire avec Les terres lointaines, qui sort en salle ce vendredi après avoir gagné le prix Pierre et Yolande Perrault aux Rendez-vous du cinéma québécois. Tourné sur un cargo au long cours, ayant à bord un équipage de marins philippins et hollandais, le film propose un voyage en mer comme si vous y étiez.

Originaire de la Rive-Sud de Montréal, Félix Lamarche a découvert l’univers marin au hasard du tournage d’un court métrage, Des hommes à la mer. Il fait alors ses entrevues sur la terre ferme, dans le port de Montréal. Mais le monde marin continue de le hanter, et il finit par s’embarquer à bord du cargo Marietje Andrea, avec son directeur photographique Samuel de Chavigny.

« J’y suis allé deux semaines pour faire de la recherche, et j’y suis retourné deux ans plus tard, pour un séjour de deux mois », dit le cinéaste.

Photo: Les films du 3 mars Grâce à Internet et à sa caméra à distance, un marin peut regarder sa fille s’endormir dans son lit de bébé, et s’étirer à son réveil.

Il embarque donc en mer. Cette fois, ce sont des jeunes hommes qui sont à bord. Le film s’ouvre d’ailleurs sur le rituel voulant qu’un jeune homme se fasse raser la tête avant de s’embarquer pour la première fois. Lorsqu’on retrouvera ce jeune homme, Ramon, dans le film, deux ans plus tard, il aura beaucoup vieilli. Il raconte d’ailleurs comment deux marins de ses amis ont mystérieusement disparu en mer, par une journée pourtant calme, sans pouvoir être repêchés, lors de l’un de ses voyages précédents. « Les marins entendent aussi parler d’autres marins qui sont tombés à l’eau. Il suffit d’une erreur sur le pont, ça tangue, la rambarde n’est pas trop haute, une erreur et tu tombes… », raconte Félix Lamarche en entrevue.

Mais ce qui tenaille davantage les marins que la peur de mourir, c’est l’ennui. Un ennui profond de la femme aimée et des enfants nés, qu’on ne voit que rarement, et qu’on manque parfois aussi parce qu’une relève ne s’est pas présentée à temps pour nous remplacer.

Confidences à l’horizon

Ce quotidien, les marins ont mis du temps à le confier au réalisateur, relate Félix Lamarche. Comme si dans leur propre univers, à bord du bateau et avec l’eau puissante comme horizon infini, ils restaient davantage en eux-mêmes. Le film, par ailleurs très contemplatif, est aussi fait de longs silences.

Mais on finit tout de même par savoir que l’un n’a pas pu assister à la naissance de son enfant, né quatre mois plus tôt que prévu. Grâce à Internet et à sa caméra à distance, ce dernier peut regarder sa fille s’endormir dans son lit de bébé, et s’étirer à son réveil. Ce même marin racontera cependant aussi son amour passionné de la mer, dont il suit les conditions météo même lorsqu’il est à terre, envoyant des messages d’encouragements aux marins qui traversent des tempêtes.

Un autre raconte à quel point son oncle, qui était aussi marin, a été blessé lorsque sa propre fille ne l’a pas reconnu après l’un de ses séjours à l’étranger. Dans ces conditions, l’arrivée au port est vécue comme une fête. On en parle comme de « la fièvre de la Manche », qui fait référence aux marins britanniques qui pouvaient finalement, alors qu’ils atteignaient la Manche, voir la terre des deux côtés du bateau.

Mais en général, les marins sortent peu du navire, et la mer demeure leur principal paysage. « Ils traversent moins des pays que des zones maritimes », dit Félix Lamarche. Lors de son propre séjour, il a parcouru la mer Baltique, la mer du Nord, la mer Méditerranée et l’océan Atlantique.

Aussi un marin raconte-t-il sa désillusion par rapport à son métier alors qu’il rêvait d’une femme dans chaque port, et qu’il se retrouve finalement sans argent pour les payer… On lui parlait alors de voyager gratuitement et de faire beaucoup d’argent. Aujourd’hui, cet homme suit une formation à distance pour pouvoir rester à terre plus longtemps, voir sa famille, se bâtir une vie.

Félix Lamarche, quant à lui, n’en a pas fini avec l’eau. Il travaille présentement à un nouveau court métrage, tourné à bord d’une expédition scientifique sur le Saint-Laurent. Cette expédition sondait les enjeux du projet d’extraction pétrolière de Old Harry. C’est un film qu’il prévoit plus expérimental, plus philosophique, plus conceptuel. Un regard à surveiller.

Bande annonce de « Les terres lointaines »

 

V.O. : Cinémathèque québécoise.

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