Filmer la splendeur cachée des jardins de Quatre-Vents

La passion du jardinage a fait son chemin. Contaminé par Frank Cabot, Sébastien Chabot, ici au Jardin botanique, s’y est mis aussi.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La passion du jardinage a fait son chemin. Contaminé par Frank Cabot, Sébastien Chabot, ici au Jardin botanique, s’y est mis aussi.

C’est un secret très bien gardé, une sorte de joyau enfoui dans les contreforts de La Malbaie, sur les rives du Saint-Laurent. Peu de Québécois connaissent les jardins de Quatre-Vents, propriété de la riche famille américaine Cabot. C’est pourtant un ensemble horticole reconnu comme étant l’un des plus beaux au monde. Sébastien Chabot a été le premier à y tourner un long métrage documentaire. Il y a aussi tourné une longue entrevue avec le concepteur de ces jardins, Frank Cabot, décédé à 86 ans en 2011. Son film, Le jardinier (The Gardener), sort en salle le 17 mars au Québec.

En fait, la famille Cabot est présente à La Malbaie depuis 1842 alors que les croisières estivales attiraient sur la côte une clientèle américaine aisée. L’ancien président américain William Howard Taft a même déjà eu ses quartiers à La Malbaie avec sa famille. Frank Cabot raconte d’ailleurs que son arrière-grand-père avait l’intention d’acheter l’île d’Anticosti, mais qu’il s’est fait damer le pion par le chocolatier Henri Menier. L’ancêtre Cabot s’était alors tourné vers le domaine des Quatre-Vents. Pour 50 000 $, il achète une terre de 230 kilomètres carrés, sur laquelle, des générations plus tard, son descendant Frank Cabot créera ses jardins.

Trois conditions

Sébastien Chabot se souvient quant à lui d’avoir d’abord été reçu dans le grand salon des Cabot, recouvert de tapis persans. « Ça ressemble au salon de Downton Abbey », dit-il. Il faut dire que l’ensemble du domaine de Quatre-Vents est une propriété privée, et que les jardins ne sont ouverts au public que quatre samedis par année. Frank Cabot le reçoit alors, habillé en jardinier, et accepte rapidement son offre de tourner un film sur les jardins. « Il m’a dit que si je voulais faire un film, je devais le faire rapidement, parce qu’il était malade », poursuit Sébastien Chabot.

Frank Cabot pose alors au réalisateur trois conditions : il veut que le documentaire signale l’appel aux sens du jardin, l’effet de surprise qu’il a voulu y créer, et le fait que son jardin était porteur d’émotions, bonnes ou mauvaises.

L’entrevue avec Cabot se déroule en 2009 alors que l’ancienne gouverneure générale du Canada Adrienne Clarkson est sur place. Le cinéaste enregistre donc une entrevue avec elle au sujet du jardin, et cette entrevue sera intégrée dans le film. Les jardins de Quatre-Vents ont des particularités du jardin anglais, et Chabot a aussi convoqué des experts britanniques, notamment la spécialiste Penelope Hobhouse, qui a beaucoup d’admiration pour Frank Cabot. Le film est d’ailleurs tourné en anglais avec des sous-titres français.

L’effet de surprise

« Si Frank Cabot n’avait pas été riche, on aurait dit qu’il était fou », dit-elle, tout en louant à la fois l’excentricité de Cabot et son génie.

En entrevue, Frank Cabot nous décrit son jardin comme si nous y déambulions à ses côtés, nous faisant partager l’effet de surprise qu’il a si savamment conçu. Les sections des jardins se succèdent en effet sans se ressembler, s’ouvrant parfois subitement sur de vastes paysages, ou s’épanouissant discrètement à l’ombre de sobres haies de thuyas, au son d’infimes ruisseaux, longeant divers pavillons. Tout cela serait évidemment impossible sans le travail de plusieurs jardiniers, plus particulièrement de Raynald Bergeron, l’homme de confiance attitré de Frank Cabot. Ce dernier a même donné le nom de Bergeron à une nouvelle espèce de fleur qui a vu le jour dans les jardins de La Malbaie, homologuée la Primula X Rendeii Raynald.

La passion du jardinage a fait son chemin. Contaminé par Frank Cabot, Sébastien Chabot s’est mis lui-même à cultiver diverses espèces, tulipes, astilbes, etc., sur son petit bout de terrain d’Hochelaga-Maisonneuve. Lui qui a beaucoup tourné pour la télévision a aimé cette expérience plus lente et plus méditative. « C’est une sorte de slow TV », dit-il.

Il s’étonne d’ailleurs de l’intérêt que suscite déjà son film, qui a gagné le prix du public pour le meilleur film canadien au Festival de cinéma de la ville de Québec. Au milieu de la tempête hivernale, il est bon, en effet, de se rappeler les splendides couleurs de l’été.

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