cache information close 

«Réparer les vivants» — Ce coeur qui bat

Que de force, que de maturité dans ce film douloureux mais lumineux néanmoins.
Photo: Axia Films Que de force, que de maturité dans ce film douloureux mais lumineux néanmoins.

« Je suis profondément désolé, mais je ne peux pas vous dire autre chose : votre fils est mort. C’est la réalité, et il faut l’entendre. » Ces paroles terribles, tous les parents redoutent de les entendre un jour. Ceux qui les reçoivent dans le film Réparer les vivants sont à juste titre dévastés, mais le récit n’en est en l’occurrence qu’au commencement. De fait, cette mort tragique pourrait se muer en renaissance pour une malade en attente d’une greffe cardiaque. Adapté du roman à succès de Maylis de Kerangal, le troisième film de la cinéaste Katell Quillévéré s’intéresse certes aux destins croisés d’un groupe de vivants, mais il relate d’abord le parcours de ce coeur qui bat toujours.

Que de force, que de maturité dans ce film douloureux mais lumineux néanmoins. Inhérente à la prémisse, la charge émotionnelle considérable aurait pu engendrer une approche larmoyante, appuyée en effets dramatiques et en musique.

Katell Quillévéré va aux antipodes. Passé un prologue aux allures de fugue poétique avec Simon, un tout jeune surfeur qui sera fauché sur la route au petit matin, la mise en scène maintient une facture quasi documentaire à l’hôpital et en dehors. Cela étant, la cinéaste insuffle une grâce dans cette grisaille, entre autres par le recours à des fulgurances mémorielles dont la vitalité évoque ledit prologue.

Le mouvement d’ensemble impressionne par sa virtuosité, tant sur la page (adaptation de Gilles Taurand, Les roseaux sauvages, Le temps retrouvé) qu’à l’image. Portée par une caméra d’une infinie souplesse, la mécanique de la réalisation ne trahit jamais ses rouages.

Situation paradoxale

Tandis que le coeur de Simon quitte sa poitrine afin d’aller continuer de battre dans une autre, Quillévéré s’attarde sur les visages, longuement. Ceci, afin de donner le temps à ses interprètes — tous fabuleux d’authenticité — de vivre chaque moment. En retour, le spectateur ressent tout avec eux : l’incompréhension, le désarroi, la peine immense, l’espoir aussi.

Particulièrement riche, la galerie de rôles de soutien bénéficie de choix de distribution inspirés : Monia Chokri (Je suis à toi) une infirmière en éveil amoureux, Tahar Rahim (Un prophète) un médecin coordonnateur, Bouli Lanners (Louise-Michel) son mentor, Dominique Blanc (La reine Margot) une cardiochirurgienne, Alice Taglioni (La doublure) une ex-amoureuse qui revient…

À l’avant-scène, Emmanuelle Seigner (La Vénus à la fourrure), la mère éplorée, et Anne Dorval (Mommy), la patiente en attente, sont toutes deux extraordinaires. À travers leurs regards et leurs silences, on suit l’évolution d’une situation paradoxale.

En cela que la continuation d’une vie dépend de la mort d’autrui : une autre « réalité » entendue dans un film qu’il faut avoir vu.

Réparer les vivants

★★★★

France, 2016, 100 minutes. Drame de Katell Quillévéré. Avec Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Tahar Rahim, Bouli Lanners, Monia Chokri, Alice Taglioni, Dominique Blanc.