Place aux femmes et à la diversité à l'ONF

Michèle Bélanger, directrice générale de la programmation et de la production au programme français, annonçait mardi que l’ONF irait encore plus loin dans son engagement pour la parité.
Photo: Myriam Baril-Tessier Michèle Bélanger, directrice générale de la programmation et de la production au programme français, annonçait mardi que l’ONF irait encore plus loin dans son engagement pour la parité.

L’an dernier, à pareille date, Claude Joli-Coeur, commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF, annonçait que l’Office national du film du Canada s’engageait à obtenir la parité d’ici 2019. Ainsi, l’ONF promettait que « la moitié de ses productions seraient réalisées par des femmes et que la moitié de ses budgets totaux de production seraient alloués aux projets de réalisatrices ». L’ONF rêvait-il en couleurs ? Pas si l’on se fie aux résultats obtenus pour 2016-2017 puisque « 44 % des oeuvres ont été réalisées par des femmes » et que « 43 % des sommes allouées ont été affectées à des productions dirigées par des femmes ».

Mardi matin, Michèle Bélanger, directrice générale de la programmation et de la production au programme français de l’ONF, annonçait que l’ONF irait encore plus loin dans son engagement pour la parité. De fait, l’ONF « vise la parité (50 %) au sein des postes clés de création pour les projets en production en 2020 dans les domaines de l’animation, du documentaire et des oeuvres interactives ». Cette fois, l’objectif sera plus difficile à atteindre, notamment en scénarisation (27 % de femmes), en montage (24 % de femmes), en direction photo (12 % de femmes) et en composition musicale (13 % de femmes). Mentionnons toutefois que « 53 % des producteurs et producteurs exécutifs qui travaillent à l’ONF dans l’ensemble du pays sont des femmes, alors que 58 % des cadres supérieurs et 50 % des membres du conseil d’administration de l’ONF sont des femmes ».

Dix ans plus tard

C’est en 2007 qu’une quarantaine de réalisatrices sonnaient l’alarme en avançant que l’équité pour les femmes cinéastes était une « belle fiction ». L’année suivante, l’organisme Réalisatrices équitables voyait le jour et lançait son combat pour la parité hommes-femmes : « Chaque année, à leur demande, on donnait nos chiffres aux Réalisatrices équitables, se souvient Michèle Bélanger. Un paquet de voix se sont fait entendre aussi, dont Women in View à Toronto et Women in Film and Television à Vancouver. Il y a effectivement l’air du temps, mais je pense qu’il y a un ensemble de facteurs qui a fait en sorte qu’il était temps de le faire. Que ce soit un homme, Claude Joli-Coeur, qui l’a fait, c’est exceptionnel. »

Ce n’est qu’en 2015 que la réflexion sur la parité a commencé, en même temps que celle sur la diversité culturelle : « Cela allait de soi que les deux se fassent en même temps. D’ailleurs, on voit bien que la diversité est au coeur des productions dirigées par des femmes et des productions dirigées par des hommes. On ne peut pas ignorer la diversité de la société canadienne ; les communautés sont là. Au Québec, on observe que c’est un peu différent, mais ça demeure pour nous très, très important. »

Si la réflexion s’est faite tardivement, le passage à l’action ne s’est pas trop fait attendre : « À l’ONF, on a un contrôle sur ce qu’on peut choisir comme projets, on a un choix à exercer. On a donc un certain pouvoir, ce qui n’est pas tout à fait la situation de la SODEC et de Téléfilm, qui sont tributaires des projets qu’ils reçoivent. Si l’ONF ne le fait pas comme producteur public, je ne pense pas que d’autres le feront », affirme Michèle Bélanger.

Emboîter le pas

L’ONF n’est pas la seule institution à se battre pour la parité. En septembre, Téléfilm annonçait des mesures pour l’obtention de la parité hommes-femmes dans les financements des longs métrages, tout en promettant de continuer à soutenir les créateurs autochtones et des membres des diverses communautés culturelles, d’ici 2020. Pour sa part, la SODEC dévoilait son plan d’action le mois dernier pour la parité d’ici 2020 lors du 25e anniversaire de l’association Femmes du cinéma, de la télévision et des médias numériques.

« Tout le monde se réjouit parce qu’on aura enfin des mesures pour arriver à des résultats. C’est sûr que du point de vue des producteurs, des créateurs, ça vient chambouler les zones de confort. On ne peut plus faire les choses sur le pilote automatique ; on va devoir travailler plus fort. On est tout près de la parité et tout le monde se rend compte que c’est valable », croit Michèle Bélanger.

Une fois que la parité sera atteinte, l’un des grands défis sera de la maintenir. Et, surtout, de ne pénaliser personne en soutenant des productions de qualité inférieure, souligne Mme Bélanger : « Il y a des années meilleures que d’autres, mais l’idée, c’est de se donner des outils pour suivre les projets et les budgets. On se donne trois ans pour atteindre la parité. Il faudra être très vigilant, car ce que l’on veut, c’est se donner les meilleurs moyens d’aller débusquer les meilleurs talents. Et il y en a ! Évidemment, de travailler avec des gens qu’on connaît moins signifie une prise de risque. Il faudra faire preuve d’une certaine ouverture. »