«Yes», une incursion toute québécoise dans le référendum écossais

Dans «Yes», les documentaristes Félix Rose (deuxième à partir de la gauche) et Eric Piccoli (à droite) ont suivi Simon Beaudry (deuxième à partir de la droite) et Samuel Bergeron (à gauche) en Écosse dans les semaines précédant le référendum sur l’indépendance en 2014.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans «Yes», les documentaristes Félix Rose (deuxième à partir de la gauche) et Eric Piccoli (à droite) ont suivi Simon Beaudry (deuxième à partir de la droite) et Samuel Bergeron (à gauche) en Écosse dans les semaines précédant le référendum sur l’indépendance en 2014.

Assoiffé d’indépendance, le publicitaire et artiste visuel Simon Beaudry et les documentaristes Félix Rose et Eric Piccoli avaient prévu, séparément, de se rendre en Écosse dans les semaines précédant le référendum du 18 septembre 2014. Quand leurs projets artistiques respectifs ont rencontré des embûches, ils ont, plutôt que d’abandonner, choisi… de se fédérer. Le résultat : Yes, une incursion très québécoise dans la crise identitaire écossaise.

Félix Rose et Eric Piccoli s’attendaient d’abord à suivre, à l’approche de l’échéancier du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, un grand journaliste parti à la rencontre de ses concitoyens.

Parallèlement, Simon Beaudry, maintenant directeur de création en publicité de l’agence K72 à Montréal, qui cherche également à se faire reconnaître en tant qu’artiste visuel, entendait « faire réfléchir » sur l’indépendance au moyen d’oeuvres de performances, aux quatre coins de l’Écosse, devenue son atelier à ciel ouvert.

On voulait transmettre la façon dont tous les Écossais ont vécu ce jour-là [le référendum]. On a donné la parole à des gens du Oui, du Non, des indécis. Parce qu’on voulait faire connaître leur réalité.

« Ce sont deux métiers qui travaillent souvent ensemble, mais ils s’entrechoquent, observe M. Piccoli à propos de celui qui est devenu son sujet. Dès la première rencontre, on a constaté que c’était une personne remplie de contradictions. C’est un personnage qui fait réagir avec ses oeuvres, et c’est ce que le film montre. »

Tout sauf un manifeste

Les protagonistes de Yes, dont c’était la première vendredi soir à Montréal, sont donc québécois. Et c’est véritablement à travers leurs yeux que s’observe le référendum écossais. « C’est un film pour les Québécois, c’est un film foncièrement québécois, dit M. Piccoli. Mais les Écossais aussi pourraient apprécier ce film, qui offre un point de vue différent, un regard extérieur en quelque sorte. »

Ce n’est pas un film de souverainistes, par des souverainistes, pour des souverainistes, prend-il le soin de préciser. Et il ne s’agit surtout pas d’un manifeste.

« On voulait transmettre la façon dont tous les Écossais ont vécu ce jour-là. On a donné la parole à des gens du Oui, du Non, des indécis. Parce qu’on voulait faire connaître leur réalité », poursuit le réalisateur, aussi connu pour la websérie Temps mort.

Des Canadiens de tous les horizons y trouveront donc leur compte, espère-t-il.

De son road trip aux quatre coins de l’Écosse — mené en compagnie de Samuel Bergeron, un ex-candidat d’Option nationale parti étudier au pays du kilt —, Simon Beaudry retient l’approche très pragmatique de la plupart des personnes avec qui il échange devant la caméra.

Lorsqu’un partisan du Oui lui demande de ranger le drapeau qu’il brandit, lui disant que l’indépendance est une question qui n’est « ni identitaire ni ethnique, mais plutôt politique », on le voit interloqué. « Pour moi, on ne peut faire un pays en évacuant la question identitaire. Mais pour eux, c’était cela qui permettrait de rassembler un plus grand nombre de personnes autour du Oui. Ça m’a déstabilisé. »

Projections

Le film sera présenté dès le 10 mars à Montréal, au Cinéma du Parc, ainsi qu’à Québec à partir du 12 mars au Cinéma Cartier, et dans d’autres cinémas indépendants au cours des prochains mois. Le Mouvement national des Québécois doit également organiser des projections du documentaire, à l’échelle de la province, sous peu.