Le crépuscule des superhéros

Dans un futur pas si lointain, les mutants n’ont plus la cote. Se terrant à la frontière mexicaine, Logan, alias Wolverine (Hugh Jackman, à droite, digne et solide), gagne sa vie comme chauffeur de limousine... Mais il devra renouer avec son passé.
Photo: 20th Century Fox Dans un futur pas si lointain, les mutants n’ont plus la cote. Se terrant à la frontière mexicaine, Logan, alias Wolverine (Hugh Jackman, à droite, digne et solide), gagne sa vie comme chauffeur de limousine... Mais il devra renouer avec son passé.

Il est rare que les suites soient meilleures que l’épisode fondateur, surtout lorsqu’on est rendu à l’ixième. Et surtout lorsque les différents volets sont confiés à autant de réalisateurs, provoquant des revirements décevants ou des ruptures de ton déroutantes. Dans le cas qui nous intéresse, Logan, de James Mangold, volet marquant les dernières (més)aventures de Wolverine, la rupture de ton par rapport aux précédents chapitres s’avère certainement l’un des meilleurs éléments.

S’éloignant de l’esthétique comic book des précédents volets de la franchise X-Men, Logan évoque les westerns de Clint Eastwood, la série Mad Max de George Miller et la trilogie Dark Knight de Chris Nolan. Fini les costumes, coiffes ou accessoires cartoonesques — il est vrai que Wolverine n’a jamais porté le spandex jaune des bédés ou dessins animés —, place à un univers post-apocalyptique hostile et poussiéreux où les superhéros sur le déclin font montre d’une violence viscérale plutôt que stylisée. Si les effets spéciaux se révèlent plus sobres qu’à l’accoutumée, le récit s’avère en revanche plus étoffé.

Dans un futur pas si lointain, les mutants n’ont plus la cote. Se terrant à la frontière mexicaine, Logan, alias Wolverine (Hugh Jackman, digne et solide), gagne sa vie comme chauffeur de limousine afin de payer les médicaments du professeur X (Patrick Stewart, émouvant), atteint de démence. Se pointe alors une jeune mutante aux griffes acérées (Dafne Keen) poursuivie par les sbires d’un vil individu (Richard E. Grant). Logan devra renouer avec son passé et, du coup, assurer l’avenir des mutants.

Il n’y a pas que dans ce film de James Mangold (3 h 10 pour Yuma, Le Wolverine) que les superhéros montrent des signes de fatigue ou de faiblesse. Lorsqu’on ne sait plus comment renouveler une franchise, on la reprend du début (Spider-Man). Lorsqu’on a étiré la sauce au détriment d’un superhéros, on lui invente toute une série de nouveaux exploits en compagnie de ses pairs (Les Avengers, La ligue des justiciers) ou on le monte contre un autre (Batman vs Superman). On va même jusqu’à réunir les supervilains (Suicide Squad)… Comment ne pas espérer que l’on passe à un autre appel ? Comment ne pas voir dans Logan la critique féroce d’un genre qui s’essouffle dangereusement ?

En revampant le genre, Mangold lui donne aussi une certaine profondeur. Certes, il y a de l’humour et d’amusants clins d’oeil — les non-mutants se régalent des bandes dessinées X-Men, au grand dam de Logan qui ne s’y reconnaît pas. Toutefois, à travers l’univers qu’il dépeint, le cinéaste livre une réflexion sur une société en perte de repères, qui tournele dos aux aînés et rejette les marginaux. Bref, alors que le genre ne sait plus que se parodier de façon grotesque, Mangold redonne ses lettres de noblesse au film de superhéros. Il était temps !

V.O. : Cinéma Banque Scotia, Forum, Quartier latin, Place LaSalle, Carrefour Angrignon, Cavendish, Colisée Kirkland, StarCité, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

V.F. : Quartier latin, Place LaSalle, Carrefour Angrignon, StarCité, Lacordaire, Marché Central.

Logan

★★★ 1/2

Drame fantastique de James Mangold. Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Stephen Merchant et Richard E. Grant. États-Unis, 2017, 137 minutes.