La violence se rend plus facilement sur les écrans que la nudité, selon Podz

«Je me suis fait tellement taper dessus que, pendant un temps, je me suis autocensuré», explique Podz.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je me suis fait tellement taper dessus que, pendant un temps, je me suis autocensuré», explique Podz.

Violence trop dure, langage trop cru, sexualité trop explicite : au cinéma, on éprouve parfois un malaise. Le Devoir en discute avec Podz, que des films comme Les 7 jours du talion et King Dave, mais aussi des séries comme 19-2 et Cardinal, ont rompu à ce genre de réflexion. Anne Émond (Nelly), Philippe Lesage (Les démons) et lui creuseront le sujet dimanche lors d’une table ronde au festival Vues dans la tête de… , à Rivière-du-Loup.

Dès son premier long métrage, en 2010, Podz n’a eu d’autre choix que de s’interroger sur la notion de limite à ne pas franchir : Les 7 jours du talion, d’après le roman de Patrick Senécal, conte la vengeance brutale qu’exerce un père éploré (Claude Legault) contre le meurtrier de sa fille unique (Martin Dubreuil).

Le film suggère davantage qu’il ne montre, et pourtant, certains l’ont critiqué. « L’approche était très mesurée, mais très réaliste, se remémore Podz. Les gens n’ont pas l’habitude de la violence réaliste, même implicite. Ils sont habitués de voir de la violence cartoon. Avec les ellipses, je jouais avec le spectateur : là, je vous ai montré ça, maintenant, imaginez la suite que je ne vous montre pas. C’est un film dont le sujet est la violence, c’était donc impossible de l’occulter complètement. Tout est affaire d’angle et de traitement. »

Le regard d’autrui

Les 7 jours du talion constitue un cas de figure intéressant à un autre égard, comme le révèle Podz. « C’est mon film qui a fait le plus gros box-office. Pourtant, initialement, j’avais eu une longue discussion avec le distributeur, qui me disait que personne n’irait voir ça, que c’était trop violent. Mais les gens y sont allés, et je crois que c’est parce que le film est intègre dans sa manière d’aborder le sujet de la violence. L’intégrité, c’est une donnée fondamentale. Les spectateurs ne sont pas dupes. »

Il n’empêche, ce premier succès ne l’a pas empêché de vivre une profonde remise en question peu après. « Au début de ma carrière, l’idée d’autocensure ne m’effleurait jamais l’esprit. Je n’y pensais pas. Il y a eu Les 7 jours du talion, puis 10 1/2 [sur le parcours crève-coeur d’un enfant violenté et violent] la même année, puis le démarrage l’année suivante de 19-2 [sur le quotidien de deux policiers], où j’ai commencé à prendre des risques en télé. Et là, on s’est mis à marteler que je me complaisais dans le dark, que tout ce que je faisais était inutilement sombre, violent, glauque, etc. À un point tel que ç’a fini par me contaminer. Je me suis mis à tenir compte de ça dans mon travail, dans mes projets. Pendant un temps, j’ai intégré le regard d’autrui… » Au risque de perdre le sien.

Un glissement conservateur

Paradoxalement, l’observation et l’empathie représentent, selon Podz, des qualités primordiales pour un cinéaste. Le pragmatisme ne nuit pas non plus. « Comme créateur, tu dois accepter que ton oeuvre devient un produit culturel mis en marché. Un film nécessitant un budget de plusieurs millions génère plus de nervosité chez les producteurs et les distributeurs qu’un film doté d’un petit budget. C’est normal. Les extrêmes font peur quand tu espères rameuter un public large. »

Le danger est dès lors une pensée dogmatique en vertu de laquelle tout risque devient inacceptable. Et pourtant… « Si je regarde le cinéma de Scorsese, c’est souvent hyperviolent, mais populaire néanmoins. Pareil pour des séries de chaînes spécialisées comme HBO, par exemple Game of Thrones. Ou Vikings, sur History, dont j’ai réalisé des épisodes. C’est très violent, mais c’est honnête dans le contexte. On revient à l’intégrité […] Au Québec, en télévision, on se pose plus de questions. Les diffuseurs sont frileux. Je note un basculement dans notre télé : quand j’ai commencé, la violence était problématique et le sexe, moins. Maintenant, la violence est acceptable, mais le sexe, vraiment pas. »

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il s’agit là du bon vieux paradigme américain, tant au cinéma qu’à la télévision généraliste, Podz acquiesce tout en apportant une nuance intéressante. « Aux États-Unis, le système de classification permet à un public jeune de voir du contenu très violent, mais dès qu’il y a un soupçon de nudité, la limite d’âge monte. Ce modèle a tranquillement migré jusqu’ici. Je pense que c’est en bonne partie imputable au climat sociopolitique. En ce moment, je lis beaucoup sur Hitler dans la foulée de l’élection du “président orange” [Donald Trump]. Historiquement, quand la classe moyenne va bien, la culture est plus permissive. Quand les riches prennent le pouvoir ou que la classe moyenne angoisse à cause de l’économie, il y a un glissement vers le conservatisme. On vit un peu ça. »

Une autre censure

À propos de King Dave, son récent film tourné en un seul plan-séquence faisant écho au flot de pensées du protagoniste qui refait le parcours mental de sa propre déchéance, Podz s’en dit satisfait. Quoiqu’il eût aimé qu’un plus vaste public le voie.

« Je suis quand même content du nombre de personnes l’ayant vu ; c’est une bibitte de film. Je pense qu’il a été mal compris de certains festivals, à cause du milieu dépeint, mais peut-être surtout parce que le personnage parle des “Blacks” ou dit “nigger”. J’ai reçu des commentaires affirmant qu’on était “anti-Blacks”, alors que c’est clair qu’on dénonce ça, qu’on critique la bêtise du personnage. Dave est un “White trash” qui se prend pour un Noir ; il veut absorber la culture Black. On dirait que, de plus en plus, les festivals restent en surface au moment de la sélection, en évitant tout ce qui pourrait faire des vagues ou, par la bande, pourrait les faire mal paraître. Cette peur de la controverse est à présent très répandue. »

Ce qui participe d’un autre type de censure, d’ajouter le cinéaste, qui se réjouissait alors de présenter King Dave à Rivière-du-Loup.

Y aller à fond

Enfin, que l’on se rassure : le « regard d’autrui », Podz ne s’en soucie plus. « Je me suis fait tellement taper dessus que, pendant un temps, je me suis autocensuré. En production, tu te fais dire que tel film ne fonctionnera pas, que telle série ne marchera pas… Tu en viens à le croire aussi. Mais là, je suis redevenu mon moi des débuts. Je m’assume complètement. »

On ne peut que s’en réjouir. Qui plus est en sachant que son prochain film sera une adaptation du livre Mafia Inc. d’André Cédilot et André Noël, projet en attente de financement. « J’ai l’intention d’y aller à fond. Dans TOUT. C’est un milieu baroque et mon approche sera baroque. »

Question, oui, d’intégrité.

1 commentaire
  • André Savary - Abonné 11 février 2017 08 h 45

    Cardinal

    Épisode de mercredi le 8 à CTV... Superbe série Bravo. À la limite de l'acceptable la scene de "torture".. Très bien dosé...Mais très "hard" Jusqu'ou iras t'on??