Pedro Almodóvar, président du jury à Cannes

Almodóvar avait été membre du jury de Cannes sous la présidence de Gérard Depardieu en 1992.
Photo: Chris Pizzello / Invision / Associated Press Almodóvar avait été membre du jury de Cannes sous la présidence de Gérard Depardieu en 1992.

Pedro Almodóvar, grand cinéaste du mélodrame coloré et magnifié, chantre d’une modernité espagnole en refus d’amnésie, assurera la présidence du jury du 70e Festival de Cannes sur la digne Croisette du 17 au 28 mai. C’est la toute première fois que le rendez-vous, très épris de présidents anglo-saxons, offre ce fauteuil à un cinéaste espagnol. Almodóvar a dit espérer être à la hauteur des circonstances, avoue son trac et se déclare prêt à se dévouer corps et âme pour ses hautes fonctions.

Candidat malheureux à la Palme d’or, qu’il aurait grandement mérité mais qui lui fit faux bond, le cinéaste espagnol est un habitué de la noce cannoise. Sa mine sensible et écorchée fait partie du portrait de famille. Également ses films, où le sang, l’amour et le courage participent à sa corrida artistique, sur cadres exceptionnels, rouge et femmes en majesté.

Originaire de la Mancha comme le Don Quichotte de Cervantes, il avait combattu ses propres moulins à vent, autodidacte passionné de théâtre et de cinéma dans une Espagne qui secouait le joug franquiste, devenu figure de proue de la Movida, ce courant artistique et libertaire madrilène, qui cassa bien des moules.

Depuis son premier long métrage en 1980, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, son kitsch, sa fougue, son humour, ses références aux maîtres du cinéma mondial et sa force de transgression avaient fait souffler un vent d’air libre sur sa patrie. En 1988, le délirant Femmes au bord de la crise de nerfs lui ouvrait les portes d’une audience internationale.

Cannes «forever»

Cinq de ses films avaient été projetés en compétition à Cannes. Avec le remarquable Tout sur ma mère en 1999, oeuvre de compassion et de rédemption, bien des voix lui prédisaient la récompense suprême, mais Almodóvar avait dû se contenter du prix de la mise en scène, perçu et reçu comme un prix de consolation. Son Volver,en 2006, avec Penélope Cruz et Carmen Maura, deux de ses égéries, remporta un prix d’interprétation féminine pour l’ensemble des actrices, et un laurier de scénario. Étreintes brisées (Los abrazos rotos), en 2009, sous la figure du dédoublement, La piel que habito (hommage aux Yeux sans visage de Georges Franju en 2011) et le très sobre et beau Julieta (2016) étaient repartis bredouilles des divers palmarès. De son côté, La mauvaise éducation (La mala educación) avait assuré en 2004 l’ouverture du Festival de Cannes, en remontant la source de scandales pédophiles chez les religieux.

Le cinéaste, déçu par cette Palme en défection, avait ici et là annoncé qu’il ne retournerait plus sur la Croisette, mais se laissait convaincre et revenait toujours. Mardi, Thierry Frémaux, le délégué général du festival, affirmait qu’Almodóvar n’avait aucun ressentiment par rapport à ça. Et peut-être a-t-il dépassé la peine qu’il en éprouva, ou la cache-t-il mieux.

Almodóvar avait été membre du jury de Cannes sous la présidence de Gérard Depardieu en 1992. C’est donc 25 ans plus tard qu’il dirigera le peloton du jury en une cuvée anniversaire prestigieuse, dans un festival qui lui devait bien ça.

À voir en vidéo