«Gulîstan, terre de roses» — L’arme à la main pour défendre le Kurdistan

Deux combattantes kurdes transportant des armes dans «Gulîstan», terre de roses
Photo: ONF Deux combattantes kurdes transportant des armes dans «Gulîstan», terre de roses

Zaynê Akyol avait cinq ans et fréquentait un centre communautaire kurde, à Montréal, lorsqu’elle a connu Gulîstan. De 15 ans son aînée, Gulîstan venait du même village qu’elle en Turquie, Kirkisrak. Un jour, Gulîstan a disparu. Elle était partie rejoindre les combattantes du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan. C’est en prenant les armes pour ce parti qu’elle est décédée, lors de combats internes entre Kurdes, en 2000.
 

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Zaynê Akyol

Devenue cinéaste, Zaynê Akyol, qui est elle aussi d’origine kurde, a voulu retrouver sa trace. C’est ainsi qu’est née l’idée du documentaire Gulîstan, terre de roses, qui sortira en salle le 20 janvier. Mais lorsqu’elle se rend au Kurdistan pour tourner son film en 2014, la guerre a éclaté contre le groupe armé État islamique (Daech). Les femmes qui ont côtoyé de près Gulîstan au front sont mortes ou ont disparu. Zaynê Akyol, qui a aujourd’hui 30 ans, décide donc de tourner son documentaire sur d’autres femmes qui, comme Gulîstan, combattent au nom du Parti des travailleurs du Kurdistan.

Nous voici donc au front, aux côtés des combattantes kurdes du PKK, faisant face à l’ennemi, Daech.

Le PKK est un parti laïque qui prône l’égalité entre les hommes et les femmes. Et les femmes y ont fondé leur propre branche armée, où elles prennent elles-mêmes les décisions. En entrevue, Zaynê Akyol explique que le parti défend un « confédéralisme » inspiré du penseur américain Murray Bookchin, qui prône une décentralisation de l’État et un réseautage allant du local au central. « C’est une idéologie féministe, socialiste, démocratique et écologiste. C’est très idéaliste », dit la cinéaste, qui affirme cependant ne pas être affiliée à ce parti. « Je suis une cinéaste », dit-elle.

Reste que, selon elle, la communauté kurde de Rojava, en Syrie, fonctionnerait en vertu de ce modèle. « Le confédéralisme indépendant qu’ils prônent ne vise pas la création d’un pays, le Kurdistan, mais plutôt une façon de vivre dans les pays où ils sont », dit-elle. On sait que des communautés kurdes sont disséminées en Iran, en Irak, en Syrie et en Turquie. « Avec 40 millions de Kurdes, c’est le plus grand peuple sans pays, pourtant moins connu que la Palestine, qui compte 10 millions d’habitants ».

En Turquie, jusque dans les années 2000, on interdisait aux Kurdes de parler leur langue, de revendiquer une culture. D’où l’exode des parents de Zaynê Akyol, ainsi que de son amie Gulîstan, au Canada.

Gulîstan veut dire en kurde « terre de roses », et c’est un nom qu’on donne parfois au Kurdistan, précise-t-elle. Gulîstan, terre de roses est loin du traditionnel documentaire géopolitique. Et les néophytes auraient peut-être profité d’une certaine mise en contexte sur les enjeux captés à l’écran. Il se veut plutôt un film intimiste qui tente de percer le secret de ces femmes qui s’engagent à combattre pour le PKK. On rencontre par exemple Rojen, 23 ans, qui raconte avoir le coeur brisé d’avoir laissé sa mère derrière elle. On rencontre aussi Sozdar, la doyenne du groupe, qui se confie à la caméra. Sozdar croit à l’instauration d’un régime démocratique au Kurdistan et est prête à sacrifier sa vie pour cela.

Gulîstan, terre de roses

Canada, 2016, 86 min. Documentaire de Zaynê Akyol.