De la «Panthère rose» à «L’exorciste»

William Peter Blatty (à gauche) en 2010, accompagné de Linda Blair et de William Friedkin, respectivement comédienne et réalisateur de <em>L'exorciste</em>.
Photo: Dave Allocca/ Archives Starpix via Associated Press William Peter Blatty (à gauche) en 2010, accompagné de Linda Blair et de William Friedkin, respectivement comédienne et réalisateur de L'exorciste.

La comédie l’a fait connaître, mais c’est l’horreur qui lui a assuré l’immortalité. Décédé dans la nuit du 12 au 13 janvier à l’âge de 89 ans, William Peter Blatty, écrivain et scénariste célèbre, aura en effet été à l’origine de l’une des créations les plus terrifiantes de la littérature et du cinéma : L’exorciste. D’abord un défi personnel visant à casser une réputation d’auteur comique, le roman, puis son adaptation subséquente, en vint à définir l’ensemble de la carrière de William Peter Blatty.

Fils unique d’un couple d’immigrants libanais, William Peter Blatty vint au monde à New York le 7 janvier 1928. Son père les abandonna, sa mère et lui, alors qu’il n’avait que trois ans. À l’issue d’études à l’École préparatoire de Brooklyn, tenue par des jésuites, il décrocha une bourse et entra à l’Université de Georgetown, après quoi il réalisa une maîtrise en littérature à l’Université George Washington.

C’est une victoire à un jeu télévisé animé par Groucho Marx, assortie d’une somme de 10 000 $, qui lui permit d’écrire à temps plein. Son premier roman, Which Way to Mecca, Jack ? (jamais traduit), parut en 1959. La même année, il écrivit de manière anonyme le livre de conseils Dear Teen-Ager pour la populaire chroniqueuse Abigail Van Buren, qui fut saluée pour la « vivacité » et la « sagesse » de ses propos, au plus grand amusement du véritable auteur.

Succès hollywoodien

Deux autres romans suivirent entre 1963 et 1965, dont L’encombrant monsieur John, qui devint un film avec un scénario de Blatty et Shirley MacLaine en tête d’affiche.

C’est d’ailleurs d’Hollywood que lui vint son premier succès retentissant, en 1964, alors que la première de ses quatre collaborations avec le réalisateur Blake Edwards, Quand l’inspecteur s’emmêle, ravit public et critique. Cette suite de la comédie policière La panthère rose reste le meilleur film de la série contant les frasques de l’inénarrable inspecteur Clouseau (Peter Sellers).

En 1966 fut publié Twinkle, Twinkle, « Killer » Kane, sur les aventures insolites d’un colonel promu à la direction d’un asile fort particulier. Passé à la réalisation en 1980, Blatty en réalisa lui-même une fascinante adaptation, La neuvième configuration, devenu film culte.

Dans l’intervalle, toutefois, survint ce qu’il convient d’appeler « l’électrochoc de L’exorciste », paru en 1970, puis porté à l’écran en 1973 par William Friedkin, sur un scénario de l’auteur.

Du jamais vu

S’inspirant en partie d’un exorcisme véritable qui aurait été pratiqué dans le Maryland en 1949, Blatty campa son intrigue en un lieu qui lui était cher, Georgetown, et fit des jésuites de son enfance des acteurs privilégiés de l’action. Le résultat entremêle le cauchemar d’une comédienne (personnage basé sur son amie et voisine Shirley MacLaine), dont la fille adolescente souffre de possession démoniaque, celui du jeune prêtre en pleine crise spirituelle à qui la première demande de l’aide, et enfin, celui du vieux prêtre venu régler ses comptes avec le Malin.

Photo: Warner Bros Une image du film «L'exorciste»dont le scénario valut un Oscar à William Peter Blatty.

Condensé pour les besoins du film, le roman abonné à la liste des « best-sellers » du New York Times pendant 57 semaines consécutives ne perdit rien de son impact. Il s’agit en outre de l’un de ces cas, rares, où le pouvoir d’évocation de l’image accentue ledit impact.

À sa sortie en salles, L’exorciste s’imposa comme un phénomène de société. De files d’attente interminables en spectateurs rendus hystériques par le spectacle d’effets spéciaux inédits et traumatisants, telle la tête de la jeune possédée qui effectue une rotation de 180 degrés, le film passa d’office à l’histoire.

Pas moins de dix nominations aux Oscar, du jamais vu pour un film d’horreur, lui furent décernées. Le film remporta deux statuettes, pour le travail sonore, brillant, et pour le scénario de Blatty, exemplaire.

Un legs assumé

Le triomphe sans précédent de L’exorciste réorienta sa carrière. En 1983, il publia une — excellente — suite intitulée Légion, qui fait fi du film L’exorciste 2 : l’hérétique et qui a cette fois pour héros un policier perspicace rencontré en personnage de second plan dans le premier opus.

Malgré l’expérience difficile que constitua la réalisation de La neuvième configuration, dont l’un des personnages principaux apparaît également à l’arrière-scène dans L’exorciste, Blatty remit le couvert et réalisa l’adaptation de Légion sous le titre L’exorciste III, en 1990. Remonté contre son gré, le film est inégal, mais intéressant, et donne un rôle de choix à George C. Scott. À noter qu’un Blu-ray contenant une version proche de l’originale est désormais offert.

En 2016, William Peter Blatty a conçu pour Fox la série The Exorcist, une resucée décevante.

Ironiquement, celui qui avait écrit L’exorciste pour prouver qu’il pouvait faire autre chose que de la comédie se désola a posteriori d’avoir été catalogué dans l’épouvante. Pour autant, il ne regretta jamais d’avoir écrit son roman phare, affirmant : « Les recherches que j’ai effectuées m’ont affecté. Et le roman a vraiment renforcé ma foi. »