«Le jour des patriotes» — En manque de cinéma

François Lévesque Collaboration spéciale
Filmé à la caméra à l’épaule et contenant des images d’archives, «Le jour des patriotes» présente une facture visuelle tirant plus vers le téléfilm que vers la réelle œuvre de cinéma.
Photo: Les Films Séville Filmé à la caméra à l’épaule et contenant des images d’archives, «Le jour des patriotes» présente une facture visuelle tirant plus vers le téléfilm que vers la réelle œuvre de cinéma.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 15 avril 2013, des pelotons épars de coureurs continuaient d’affluer à la ligne d’arrivée du marathon de Boston lorsque, soudain, une explosion a retenti. Il était alors 14 h 50. Dès après, une seconde déflagration est venue ajouter à la confusion. En provenance d’un nuage de fumée très dense : des cris, des pleurs. Chargés de la surveillance de l’événement, les policiers présents ont réagi sur-le-champ. C’est leur travail, au premier chef, que célèbre le drame Le jour des patriotes. Hélas, le film manque cruellement de… cinéma.

Et encore, si la reconstitution est authentique, le rapport à la vérité n’en est pas moins subordonné à un flou artistique, en cela que le principal héros du récit, le sergent Tommy Saunders qu’incarne Mark Whalberg, est fictif.

Cette histoire-là valait certainement d’être racontée, là n’est pas le problème. L’absence de recul et le manichéisme du scénario, en revanche, compromettent sérieusement le film. L’approche simpliste et bassement manipulatrice, également.

Ces défauts, une mise en scène audacieuse ou, à tout le moins, dénotant un minimum d’inspiration aurait néanmoins pu les atténuer. Or, comme on l’a laissé entendre d’entrée de jeu, il n’y a guère matière à s’enthousiasmer de ce côté-là.

Techniques convenues

On doit au réalisateur Peter Berg, de triste mémoire, Hancock et Bataille navale, mais aussi les supérieurs Le seul survivant et Crise à Deepwater Horizon (tous deux avec Mark Whalberg). Un coup d’oeil à sa filmographie révèle des affinités avec le fait vécu héroïque et le genre guerrier, toujours avec une forte connotation patriotique. En l’occurrence, le titre Le jour des patriotes désigne la date à laquelle se tient le marathon de Boston autant qu’il caractérise les différents intervenants qui ont permis de mettre un terme à la cavale de Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev.

Si le film a été bien reçu aux États-Unis, on peut légitimement se demander si ce n’est pas d’abord à cause du sujet. En effet, l’ensemble s’apparente plus à une docufiction télévisuelle qu’à une oeuvre cinématographique. Les choix techniques, de l’utilisation de la caméra à l’épaule style guérilla aux extraits réels et récréés d’images d’archives, sont désespérément convenus.

Trent Raznor, collaborateur assidu de David Fincher et excellent compositeur au demeurant, voit en outre sa musique utilisée de manière complètement primaire. Un exemple parmi d’autres : cette scène de souper bricolé mais romantique chez un jeune couple la veille du jour fatidique, sur laquelle on plaque, très fort, des notes inquiétantes en un rappel aussi peu subtil qu’inutile de l’horreur qui les attend.

Procédés faciles

Et l’horreur, on la voit en abondance, ce qui se défend, quoique, là encore, Berg recoure à des procédés faciles, limite grossiers, pour émouvoir. On en veut pour preuve ce retour constant au policier qui monte la garde à côté de la dépouille d’un enfant gisant sous un drap, et ce, après que Whalberg eut dûment pleuré son impuissance à prévenir cette mort particulièrement crève-coeur. On le rappelle, vouloir raconter cette histoire était en soi légitime. Sauf qu’ici, la ligne entre respect et exploitation est parfois bien mince.

En amont, le film utilise la connaissance qu’a le spectateur de l’inéluctable à des fins de suspense assez efficace. De chicanes de juridictions entre la police locale et le FBI en concours de mâle alpha, les choses se déroulent ensuite comme dans un zillion de fictions similaires, tout « véridique » que soit le sujet de ce film-ci. Point d’orgue dramatique, le siège des deux frères dans une rue résidentielle devient presque un film autonome, un rappel criant du manque de cohésion narrative.

Occasion manquée

Un épisode fascinant mais trop bref survient sur le tard lorsque la conjointe d’un des terroristes est interrogée par une mystérieuse agente dont personne ne sait rien, mais qui, elle, paraît tout savoir. Ce personnage-là constituerait une formidable héroïne, la nature délicate et secrète de son travail offrant un angle inédit pour renouveler la formule. Mais non : une scène et la voilà partie.

D’ailleurs, ce qui étonne le plus dans Le jour des patriotes, c’est que, hormis les frères Tsarnaev, le personnage inventé est le seul qu’on s’est vraiment donné la peine d’étoffer. Relégués au second plan, ceux basés sur les vrais policiers, qu’il s’agisse du commissaire Ed Davis (John Goodman), du sergent Jeffrey Pugliese (J. K. Simmons) ou de l’officier Sean Collier (Jake Picking), n’ont pas droit aux mêmes égards.

Curieuse façon de leur rendre hommage, non ?

Le jour des patriotes (V.F. de Patriots Day)

★★

États-Unis, 2016, 133 min. Drame de Peter Berg. Avec Mark Whalberg, John Goodman, J. K. Simmons, Alex Wolff, Themo Melikidze, Kevin Bacon, Michelle Monaghan.