Le garçon et la mort

Afin d’apaiser les tourments du jeune Conor, un géant sylvestre lui racontera trois contes et exigera, le moment venu, que ce dernier lui raconte en retour le cauchemar qui hante ses nuits.
Photo: Universal Afin d’apaiser les tourments du jeune Conor, un géant sylvestre lui racontera trois contes et exigera, le moment venu, que ce dernier lui raconte en retour le cauchemar qui hante ses nuits.

Le cinéaste espagnol J. A. Bayona (L’orphelinat, L’impossible) n’a pas son pareil pour traiter des angoisses de l’enfance en mâtinant le tout d’horreur tour à tour réaliste et fantastique. Qu’on lui ait confié l’adaptation du roman de Patrick Ness, Quelques minutes après minuit, inspiré par l’histoire de l’auteure Siobhan Dowd, décédée d’un cancer en 2017, ne pouvait certes mieux tomber.

Évoquant Peter et Elliott le dragon de David Lowery et Le bon gros géant de Steven Spielberg, tous deux sortis l’an dernier, ce drame fantastique d’une charmante esthétique gothique va plus loin dans l’émotion et dans la gravité. Par moments éprouvant et cruel, l’ensemble rappelle davantage l’univers de Charles Dickens et de Hans Christian Andersen.

Campé dans un village industriel anglais semblant avoir été oublié par le temps, Quelques minutes après minuit met en scène le jeune Conor (prodigieux Lewis MacDougall) qui, angoissé par la maladie de sa mère (émouvante Felicity Jones), par l’intimidation dont il est victime à l’école et par l’idée d’aller vivre chez sa grand-mère qu’il n’aime pas (sobre et touchante Sigourney Weaver), reçoit la visite d’un monstre issu d’un arbre centenaire (imposante et enveloppante voix de Liam Neeson). Afin d’apaiser les tourments du gamin, le géant sylvestre lui racontera trois contes et exigera, le moment venu, que ce dernier lui raconte en retour le cauchemar qui hante ses nuits.

Si on peut reprocher au film de verser au dernier acte dans le mélo larmoyant, force est d’admettre que J. A. Bayona signe une adaptation sensible et spectaculaire du roman de Patrick Ness. Traitant avec finesse du deuil, de filiation et du pouvoir de l’imagination, le doué réalisateur tire profit tant des douces scènes intimistes entre Conor et sa mère, des scènes sans pitié où il est persécuté à l’école, que des scènes cauchemardesques exprimant la violence de ses émotions. Mieux encore, il parvient à rendre crédible la créature géante, alter ego tantôt effroyable, tantôt attachant, du jeune héros, tout en traçant le portrait délicat d’un artiste en herbe. En résulte un récit d’apprentissage plus subtil qu’il n’y paraît.

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Quelques minutes après minuit (V.F. d’A Monster Calls)

★★★ 1/2

Royaume-Uni–États-Unis– Espagne–Canada, 2016, 109 minutes. Drame fantastique de J. A. Bayona. Avec Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones et la voix de Liam Neeson.