Les Invasions barbares, meilleur film en langue étrangère - Un Oscar pour nos «barbares»

Denise Robert et son com-pagnon, Denys Arcand, ont reçu hier soir à Hollywood l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.
Photo: Agence Reuters Denise Robert et son com-pagnon, Denys Arcand, ont reçu hier soir à Hollywood l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Un vieil adage prétend que la troisième fois est la bonne. Denys Arcand, concurrent défait aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère pour Le Déclin de l’empire américain puis Jésus de Montréal, a raflé enfin hier à Hollywood, en cette 76e édition des Oscars, la statuette convoitée grâce à ses Invasions barbares. L’Oscar du meilleur scénario lui a quand même échappé aux mains de Sofia Coppola et de sa lancinante dérive nippone Lost in Translation. Après trois Césars, deux lauriers cannois, quatre Jutra et autres trophées divers, cet Oscar rutilant survient quand même comme le sacre suprême, côté grosse vitrine internationale, pour des Invasions à propulsion planétaire.

«On est si reconnaissant que The Lord of the Rings ne concourt pas dans cette catégorie» a ironisé la productrice des Invasions barbares, Denise Robert, devant le raz-de-marée causé par le film de Peter Jackson hier soir, grand vainqueur de la soirée. Arcand s’est contenté de remerciements laconiques sur scène. C’est la première fois qu’une oeuvre québécoise remporte à Hollywood la statuette du meilleur film en langue étrangère.
Benoît Charest fut coiffé au poteau pour l’Oscar de la meilleure chanson par le Canadien Howard Shore qui concourait avec Le Retour du roi, l’oeuvre tornade qui dévasta tout sur son passage. Mais le délicieux et pétillant thème des Triplettes de Belleville que Charest a joué en anglais sur la scène du Kodak Theatre avec sa compagne Betty Bonifassi et plusieurs musiciens et choristes a été le clou musical de la soirée, chaudement applaudi. Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet ont dû s’incliner aussi devant l’univers aquatique de Finding Nemo de Andrew Stanton et Lee Unkrich au rayon du meilleur long métrage d’animation.
Chris Hinton, le réalisateur montréalais de Nibbles, un court métrage d’animation aussi rigolo que carnassier, n’a pas remporté non plus sa mise mais s’est incliné devant Adam Elliott pour Harvie Krumpet. Chris Hinton avait déjà été en nomination aux Oscars en 1991 avec son animation Black Fly.
Le grand vainqueur de la soirée fut Peter Jackson et son Retour du roi, dernier volet du Seigneur des anneaux, que la rumeur avait couronné bien avant le début de la cérémonie et qui écrasa la concurrence à gros pieds de mammouths. Le cinéaste néo-zélandais, à la mine de gros ours mal domestiqué et au talent fou, récolte pas moins de onze statuettes sur onze nominations. La totale.
À lui, les lauriers du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario adapté, de la meilleure direction artistique, de la meilleure musique et de la meilleure chanson (pour le Canadien Howard Shore), du meilleur montage, des meilleurs costumes, des meilleurs effets visuels, des meilleurs maquillages et du meilleur son. Les deux premiers films tirés par Jackson du roman de Tolkien lui avaient valu uniquement des prix techniques. Cette fois, l’Académie a clôturé en beauté et à foison l’admirable aventure en Terre du Milieu, qui accomplissait, dans son triptyque, l’exploit d’avoir su adapter l’inadaptable avec un brio stupéfiant.
Du côté de la meilleure actrice, Charlize Theron, éblouissante en tueuse à gages dans Monster, a gagné la mise haut la main, laissant derrière Diane Keaton, Samanta Morton, Naomi Watts et la petite Keisha Castle-Hughes. Ses larmes de joie apportèrent la seule touche d’émotion de la soirée.
Sean Penn, lauréat pour la première fois d’un Oscar, a remporté le prix du meilleur acteur pour son rôle de père blessé dans Mystic River de Clint Eastwood. Dans cette section, la concurrence était grande avec Ben Kingsley pour House of Sand and Fog et Bill Murray pour Lost in Translation. Mystic River a valu aussi à Tim Robbins, pour la première fois en nomination comme interprète, la statuette du meilleur acteur de soutien grâce à son rôle de survivant d’un viol d’enfance.
Autre statuette pronostiquée et accordée, celle de Renée Zellweger pour sa performance de fille franche et débrouillarde dans Cold Mountain d’Anthony Minghella. C’est d’ailleurs l’unique statuette que rafla le film, il est vrai, en partie raté.
Master and Commander : The Far Side of the World de Peter Weir, grande fresque navale en nomination dans dix catégories, dut se contenter des statuettes de la meilleure image et du meilleur montage sonore. Minces consolations, on en conviendra.
L’ineffable Billy Crystal a animé la cérémonie avec son entrain habituel à défaut de génie particulier. Parmi les décors hideux et criards, dont l’ahurissant montage en coeur pour la chanson Kiss at the End of the Rainbow issue de Mighty Wind, les robes à l’avenant et les remerciements de circonstance, courts en plus, aucun vent de contestation n’a soufflé sur le gala des paillettes cette année. Nul discours anti-militariste, pas de Michael Moore pour jeter la honte au nez du président Bush; bref, le calme plat. Blake Edwards, le vieil acteur vétéran, recevait son Oscar d’honneur avec la mine débonnaire et le gag aux lèvres, finalement rattrapé par l’émotion. Signe particulier de cette 76e édition, côté atmosphère: néant.
L’Oscar du meilleur court métrage de fiction est allé à Two Soldiers de Aaron Schneider et Andrew J. Sacks. La palme du meilleur documentaire revint à The Fog of War d’Errol Morris, un plaidoyer anti-guerre. Le laurier du meilleur court métrage documentaire couronna de son côté Chernobyl Heart de Maryann Deleo.
Les grands perdants de la course furent Les Pirates des Caraïbes, Seabiscuit, 21 grammes, The Last Samouraï, et hélas! City of God du Brésilien Fernando Meirelles si puissant ainsi que le bouleversant House of Sand and Fog de Vadim Perelman. En fait, tous les gros concurrents du Seigneur des anneaux: Le Retour du roi ont mordu plus ou moins la poussière aux pieds du colosse triomphant.

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2 commentaires
  • Louis Frégeau - Inscrit 1 mars 2004 09 h 31

    S'il-vous-plait ne soyez pas: petit village québécois!

    Quand vous écrivez: "C'est la première fois qu'une oeuvre québécoise remporte à Hollywood la statuette du meilleur film en langue étrangère":
    S'il-vous-plait, que vous soyez nationaliste ou pas, écrivez et rendez hommage à Denis Arcand en écrivant que c'est...la première québécoise et canadienne...

    La fierté québécoise commune (des complissement réels) n'existe pas au Québec, à part, les démontrations futiles et hilarantes et etc... des fins de spectacles de la Fête de la St-Jean. Une fois le 24 juin passé, les québécois retourne à leur attitude modérée.

    Les angloxones, en contre partie, sont fier de tout: de leur fallus vertical torontoi (la tour de CN) de leur maison à 3 et 4 portes de garage, le fait qu'ils prennent leur café chez Tim Horton tous les matins, le fait que leur belle-mère s'est fait teindre les cheveux en blond pour les recevoir sur son patio pour leur servir des "Hamburger"... et j'en passe.
    En résumé, ils sont fier de n'importe quoi...et même de leur mauvais goût.

    Alors, faisons comme les anglos font: Ils gueulent envers les québécois pour toutes sortes de raisons, mais ils s'attribuent les Dions, le Cirque du Soleil, Denis Arcand etc, écrivant dans leur journaux respectifs que tout ces gens sont des canadiens...
    Alors, nous aussi possédons le Canada!

  • Sylvain Daignault - Inscrit 1 mars 2004 14 h 47

    CTV et Les Invasions barbares

    La Soirée des Oscars a toujours été pour moi le signe avant-coureur du printemps. Comme cette année la cérémonie se tenait trois semaines plus tôt, j'ose espérer que le printemps sera lui aussi au rendez-vous plus tôt.

    Cette année, Les Invasions barbares, le dernier film de Denys Arcand, a remporté l'Oscar du meilleur film étranger. Tout de suite après la retransmission des Oscars, alors que je me brossais les dents, je m'attendais à ce que le bulletin de nouvelles de CTV parle de cette victoire en ouverture. Bien sûr, la situation en Haïti, avec le départ de Jean-Bertrand Aristide, monopolisait à juste titre une bonne partie du bulletin de nouvelles. Mais après ? Bon, ça y est ! Ils vont en parler !

    Non, pas tout de suite. Avant, un topo sur un traversier coincé dans les glaces entre l'Ile-du-Prince-Édouard et la Nouvelle-Écosse. Bon. Ok, C'est correct. On parle des Oscars après, c'est tout.

    Ah ! Non. Avant toute chose, un topo sur les heures de fermeture des bars à Vancouver. Hum. je me questionne un peu sur l'ordre de présentation des nouvelles. Mais ils vont sûre-ment parler des Invasions barbares tout de suite après.

    Et non ! Tiens, voilà un topo sur le "recreational fishing" et les pêcheurs qui perdent des plombs dans nos lacs et nos cours d'eau, ce qui contribue à augmenter la pollution.
    Avouez qu'il y a de quoi sauter les plombs !

    Non mais ce n'est pas comme si un film canadien remportait un Oscar chaque année quand même ! De fait, c'est la première fois qu'un film canadien remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère ! Nul doute que si le film de Denys Arcand avait été écrit et produit par un bon Ontarien, Torontois de surcroît, il aurait ouvert le bulletin de nouvelles de CTV, un diffuseur canadien que ne retransmet par ailleurs que des émissions américaines aux heures de grande écoute

    Pis y viennent nous dire qu'ils nous aiment quand on organise un référendum !