«Cosmos» au firmament

Scène du sketch «L’individu», dans le film «Cosmos»
Photo: Les Films Séville Scène du sketch «L’individu», dans le film «Cosmos»

C’était en 1996. Ce printemps-là débarquait sur la Croisette cannoise une délégation de jeunes cinéastes québécois, on le découvrit alors, pleins de promesses. Réunis par le producteur Roger Frappier, les Denis Villeneuve, Jennifer Alleyn, Manon Briand, Marie-Julie Dallaire, Arto Paragamian et André Turpin, réalisèrent ainsi chacun un segment de Cosmos, film collectif dont le Centre Phi célèbre ce mardi soir les 20 ans.

Pour mémoire, Cosmos conte six histoires démarrant toutes dans le taxi dudit Cosmos, un chauffeur immigré qui voit ainsi défiler une variété de personnages diversement troublés.

Une avocate renoue avec un ancien amant, Cosmos poursuit un voleur de voiture, un cinéaste torturé vit un calvaire devant la caméra d’une émission à la mode, une jeune amoureuse meurtrie sympathise avec un vieux monsieur romantique, une femme réconforte son ami qui se croit séropositif, un tueur en série part en chasse…

Tour à tour drôles, touchants et angoissants, les récits ont tous pour toile de fond un coin différent de Montréal.

Une place particulière

C’est Danny Lennon, programmateur du Centre Phi, qui a décidé de marquer le coup en organisant un cinéma-cabaret en l’honneur de Cosmos. De rappeler le fondateur de Prends ça court !, ce film occupe une place particulière dans l’histoire du cinéma québécois.

« J’ai tripé en voyant Cosmos à l’époque. J’ai tripé sur tout : le noir et blanc, les variations de réalisation, la manière, selon moi, innovante de présenter Montréal… Plus jeune, plus variée ? C’était pas grunge, mais en tout cas rock’n’roll le fun. C’est un film qui a eu un impact déterminant sur moi. Ce film constitue une des raisons qui m’ont poussé à oeuvrer dans le court métrage — même s’il y a le taxi qui sert de liant, c’est comme une collection de courts métrages, au fond. Et puis ça ne ressemblait à rien de ce que j’avais vu jusque-là. Roger Frappier a eu un flair pas possible en réunissant cette gang-là », estime Danny Lennon.

Liberté et spontanéité

La plupart des artisans de Cosmos ont répondu « présent » à l’appel de Danny Lennon. C’est le cas d’André Turpin, qui outre sa fonction de coréalisateur, a signé la superbe direction photo noir et blanc du collectif entier.

« Les autres coréalisateurs étaient souvent, eux aussi, présents sur le plateau. Lorsque, pour mon propre segment, j’ai tourné une scène avec 90 figurants sourds, ce sont mes coréalisateurs qui ont agi en tant qu’assistants-réalisateurs sur mon plateau, chacun dirigeant leur groupe de figurants. Il y avait donc une camaraderie créative très vivante dans l’équipe », se souvient André Turpin qui a depuis réalisé Un crabe dans la tête et Endorphine, en plus de collaborer comme directeur photo sur tous les films de Xavier Dolan depuis Tom à la ferme.

« Le cinéma coûte cher et se finance lentement », poursuit-il. Dans le cas de Cosmos, six ou huit mois seulement ont séparé la première réunion du groupe du premier jour de tournage. « C’est extrêmement rapide et forcément stimulant. Il y avait donc une énergie et une volonté puissantes qui nous unissaient et nous motivaient. C’était un trip de gang, un laboratoire qui rappelait la Nouvelle Vague ou les belles années de l’ONF [peut-être ?] dans sa liberté et sa spontanéité encore une fois, mais aussi dans le désir de produire un film en dehors des structures de production lourdes du cinéma québécois de l’époque qui, il me semble, était sclérosé par les gros budgets et la tentation de faire du grand cinéma de qualité. »

Une nouvelle génération

Manon Briand aussi sera de la fête, autant pour le film que pour saluer son producteur. Pour elle, Cosmos marqua en effet le début d’une relation professionnelle de 20 ans avec Roger Frappier. Sont ainsi nés 2 secondes et La turbulence des fluides, entre autres.

« Je pourrais parler de plusieurs choses, parler notamment des beaux souvenirs de collégialité et du plaisir de travailler en gang », a-t-elle confié au Devoir en amont de la présentation.

« Les innombrables lunchs, les visionnements de films dans le bureau de Roger, les échanges de points de vue, les doutes, les rires, l’exaltation collective lors de la présentation du film à Cannes… Mais ce qui me vient en premier de toute cette aventure, c’est d’abord le guts d’un producteur, Roger Frappier. Cosmos, c’était d’abord SON idée, son projet. Il nous avait tous repérés les uns et les autres individuellement, et il est venu nous chercher avec le but avoué de nous mettre au monde. De mettre au monde une nouvelle génération de cinéastes. Et c’est précisément ce qu’il a fait. »

À noter que le Centre Phi projettera une copie de Cosmos restaurée par les soins d’Éléphant – mémoire du cinéma québécois.

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